
PDCI-RDA / Retour au pays de Tidjane Thiam : deal, compromis ou compromission ! (Tribune)
Le PDCI-RDA, la plus vielle formation sur l’échiquier politique ivoirien célèbre depuis le 9 avril dernier, date marquant l’anniversaire de sa création. Ces festivités auraient pu s’écrire comme les noces de chêne ou de velours de ce parti politique avec les Ivoiriens, eu égard à sa longévité exceptionnelle sur le continent africain. Mais, bien au contraire, elles interviennent plutôt dans un contexte différent où la masse des militants, toujours debout mais en majorité gagnés par le doute et le désenchantement, sont plongés dans un moment de profonde méditation, interrogeant les astres pour savoir ce que réserve chaque lendemain à leur famille politique.
La fronde judiciaire s’accentue
Chaque jour, en effet, révèle des faits, des surprises et des concepts inédits. Pis, les procédures de justice se suivent et se succèdent. Après le feuilleton judiciaire Valérie Yapo vs Tidjane Thiam, qui a défrayé la chronique durant toute l’année 2025 sur la légalité de l’élection de l’ancien patron de Crédit Suisse à la tête du PDCI-RDA, d’autres cadres viennent à nouveau de remettre le couvert. Fin mars 2026, Charles Abié Tchétché, membre du bureau politique a saisi à nouveau le tribunal pour contestation de la légalité de Tidjane Thiam à la présidence du parti, suite au 9ᵉ congrès extraordinaire tenu le 12 mai, de même que la constatation de la vacance de son poste depuis son élection en raison de son absence du territoire ivoirien. A cette affaire pendante devant la justice, et renvoyée au 21 mai 2026, vient de s’ajouter une nouvelle assignation à la même date. Celle d’un autre cadre, ex-Délégué de Man 2, également membre du Bureau politique, Antoine Siaba, reprenant les mêmes motifs et invitant le tribunal a constaté la vacance du poste de Président du PDCI-RDA et à nommer un président intérimaire en applications avec les stipulations de l’article 40 des statuts du parti.
Selon des indiscrétions d’autres cadres pourront rembrayer sur ces assignations pour enfoncer encore le clou. Tout ceci dans le contexte de la célébration des 80 ans où invoquant un exil forcé dont lui-seul détient encore les raisons, Tidjane Thiam se contente de visioconférence depuis sa résidence parisienne pour entretenir ses militants. Au sein de la famille PDCI-RDA, la situation suscite murmures et grincements de dents. Surtout au regard des résultats des élections législatives de décembre 2025 qui consacrent le recul jamais enregistré par le parti de feux Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié, désormais boiteux même dans ses bastions dit naturels. Des voix s’élèvent çà et là, et de plus en plus, pour se faire entendre. Dans un entretien à un confrère publié mardi, un autre militant, membre du bureau politique et cadre influent dans la grande commune de Yopougon, met le pied dans le plat. « Le PDCI-RDA donne l’impression d’être en ordre de bataille. La mauvaise organisation du congrès qui a vu le President Tidjane Thiam plébiscité à la tête du parti en décembre 2023 est à la base de la situation que traverse notre parti. Le comité de transition a organisé un calamiteux congrès extraordinaire qui a vu l’élection du Président Thiam. Les textes ont parlé. Ce n’est pas une crise, c’est une transition mal embarquée ». Un diagnostic que beaucoup partagent, mais toujours dans l’ombre.
Retour, axe de mobilisation et sujet de deal
Face aux clameurs qui enflent, à la fronde judiciaire notamment qui s’accentue, l’étau se resserre de plus en plus sur le président du PDCI. Comme dans un puzzle, les cartes s’assemblent et tendent progressivement vers son éviction. De plus en plus, l’impatience gagne les militants et sympathisants et les fissures s’agrandissent. Mais, Tidjane Thiam et ses lieutenants s’accrochent et feignent toujours de tenir la barre. Sur le fait, ils ne manquent pas d’ingéniosité pour accentuer le doute et maintenir les militants en haleine. La dernière trouvaille, c’est le retour au pays du leader, nouvel axe de communication et de remobilisation des bases en marge des festivités des 80 ans du parti. Depuis le lancement de ces festivités le 9 avril au siège du parti, le mot d’ordre devenu le catalyseur des militants est clair : l’exacerbation de ce « retour » pour galvaniser les troupes. Le ton est donné de façon cavalière par le député Blessy Chrysostome, président du groupe parlementaire, qui interpelle directement les dirigeants ivoiriens et les invite à favoriser et à garantir le retour sécurisé de Tidjane Thiam sur sa terre natale. La réponse ne se fera pas attendre trop longtemps. Comme du berger à la bergère, le Porte-parole du gouvernement réagit juste quelques jours après, profitant d’un compte-rendu du Conseil des ministres : « Tidjane Thiam est un citoyen ivoirien, libre comme tout autre. Il est libre d’aller et de revenir comme tous ceux qui sont hors du pays. », réplique le ministre Amadou Coulibaly, ajoutant n’avoir connaissance d’aucun problème de sécurité concernant le président du PDCI-RDA parti du pays sans qu’aucune menace l’y ait contraint. D’où procède donc cette campagne animée sur un retour qui devrait être considéré comme banal ? Juste une stratégie de communication pour jouer à nouveau sur les émotions de foule, ou capitaliser l’instant comme celui de l’allégorie de ‘’l’enfant prodigue’’ pour faire monter la fièvre de la mobilisation. Pendant ce temps, des voix se murmurent sous le pont. Car, des problèmes, il y en a, et il faut trouver le bon deal pour consacrer ce retour.
Rapprochement, résignation ou compromis
Les sorties depuis les bords de la Seine du patron de Crédit suisse ne rassurent pas tant que ça ses affidés. Ces derniers, comme le concerné, qui a revu le ton de ses discours désormais plus conciliants, redoutent une action dormante qui l’attend au pays. D’où les allusions sécuritaires au cœur de ce qui est considéré comme un deal, et non des moindres avec les tenants du pouvoir. A savoir, la diplomatie dans l’ombre pouvant conduire à une possible résignation et un probable rapprochement avec les dirigeants en place. Une option que lorgnent depuis longtemps des faucons prêts à en tirer des prébendes et qui continuent de s’échauffer dans l’ombre des Thiam. Compromis ou compromission ? La question se pose, des cadres s’interrogent et des militants s’épongent toujours le visage. Le PDCI-RDA va-t-il finalement se saborder au pouvoir après avoir dénoncé véhément sa gestion et manqué le rendez-vous de la présidentielle 2025 ? Les militants éloignés de la soupe du pouvoir depuis l’ère du président Bédié sont-ils prêts à passer par pertes et profits supplices et privations pour donner caution à ce rapprochement avec un RHDP prêts à les absorber ? Il est vrai, une idylle entre le PDCI et le RHDP est une enjambée aussi plausible que naturelle. Mais, que resterait-il des ambitions du PDCI-RDA pour 2030, l’expérience ayant démontré que ceux qui goutent aux délices du pouvoir n’en revenaient plus ? En tout cas, le RHDP au pouvoir ne boudera pas ce plaisir, et la posture du ministre-gouverneur de Yamoussoukro, Augustin Thiam haut cadre de cette formation politique, et frère aîné de Tidjane Thiam, en dit long, à propos d’actions souterraines en cours. « (…) Des actions sont menées en souterrain. (…). Nous avons bon espoir qu’un jour, cela finira par trouver une solution positive, que tous les enfants du président Houphouët-Boigny se retrouvent autour du président Alassane Ouattara, même ceux qui se déclarent opposants aujourd’hui… ». Pour un haut cadre du PDCI-RDA, ces propos n’engagent que son auteur et ceux qui veulent y croire. Est-ce que le RHDP est demandeur d’un tel compromis ? Pas évident. Pour ce qui est du PDCI-RDA, des réactions se font entendre. Notamment dans les rangs de ceux qui se réclament les ‘’vrais militants’’. Ceux-là, qui disent avoir œuvré avec le président BEDIE à éviter la disparition du PDCI en 2018, s’opposent ferment à toute fonte ou dilution dans aucun autre parti. Leur ligne : la ténacité, la résilience et la résistance à toute phagocytose. Pour eux donc, le PDCI RDA doit pouvoir trouver en son sein des hommes et des femmes capables de sursaut pour mener ce combat. Tidjane Thiam en est-il capable ? Bien malin qui saura le dire dans le contexte actuel que traverse le parti octogénaire.
Félix D.BONY
Chroniqueur – Editorialiste et Analyste politique







