
Nations unies : profil des quatre candidats et processus de désignation à la tête d’une organisation « en crise »
Lemandatexpress – L’Organisation des Nations unies s’apprête à tourner une page importante. Après dix ans à sa tête, António Guterres quittera ses fonctions le 31 décembre prochain. Sa succession, loin d’être une formalité, cristallise déjà rivalités diplomatiques, équilibres géopolitiques et attentes de réforme.
Selon l’usage non écrit de rotation entre les continents, le poste de Secrétaire général devrait revenir cette fois à un représentant d’Amérique latine — une région absente à ce niveau depuis Javier Pérez de Cuéllar, dont le mandat s’est achevé en 1991. Trois des quatre candidats en lice viennent ainsi de cette zone, donnant à cette élection un accent particulièrement latino-américain.
Michelle Bachelet, l’expérience… et les résistances
Figure majeure, Michelle Bachelet avance avec un solide bagage politique et international. Ancienne cheffe d’État ( Chili) et ex-haute-commissaire aux droits de l’homme, elle incarne une ligne assumée en matière de libertés publiques.
Mais ce positionnement pourrait aussi lui coûter cher. Ses critiques sur les droits humains, notamment à l’égard de Pékin, et certaines de ses prises de position sociétales suscitent des réserves chez plusieurs grandes puissances. Dans une élection où le moindre veto est fatal, ce type d’opposition pèse lourd.
Rafael Grossi, le diplomate des équilibres
Face à elle, l’Argentin Rafael Grossi mise sur son profil de négociateur aguerri. À la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, il a l’habitude de dialoguer avec les puissances nucléaires, dans des contextes souvent sensibles.
Soutenu par Washington, il défend un retour à une ONU recentrée sur sa mission première : prévenir les conflits. Dans un monde marqué par les tensions stratégiques, ce positionnement peut séduire, mais il l’expose aussi à être perçu comme trop aligné.
Rebecca Grynspan, la carte du consensus
Moins médiatisée, Rebecca Grynspan (Costa Rica) avance discrètement mais sûrement. Économiste et diplomate, elle s’est illustrée dans des négociations complexes, notamment autour des exportations de céréales en mer Noire.
L’ancienne deuxième Vice-présidente du Costa Rica a pour principal atout, sa capacité à bâtir des compromis et à évoluer dans les cercles diplomatiques sans cliver. Dans une organisation en quête de cohésion, ce profil pourrait créer la surprise.
Macky Sall, une candidature isolée
Seul candidat africain, Macky Sall apparaît en retrait. Sans soutien affirmé de son propre pays, le Sénégal, ni de l’ensemble du continent, sa candidature reste fragile.
Les critiques liées à sa gestion des contestations internes au Sénégal affaiblissent encore ses chances dans une compétition où l’image internationale est déterminante.
Une procédure verrouillée
Le processus de désignation du secrétaire général reste strict. Après des auditions devant les 193 États membres, le choix revient au Conseil de sécurité. Pour être retenu, un candidat doit obtenir au moins neuf voix sur quinze, sans subir de veto de l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni).
Une fois ce cap franchi, l’Assemblée générale entérine officiellement la nomination.
Une ONU en quête de crédibilité
Au-delà des profils, l’enjeu est clair : redonner du poids à une organisation fragilisée. Conflits persistants, remise en cause du droit international, divisions entre grandes puissances… le futur secrétaire général devra naviguer dans un environnement plus instable que jamais.
L’ombre de Donald Trump, critique envers l’ONU et favorable à des alternatives, illustre cette défiance croissante.
Dans ce contexte, la question centrale, au-delà des candidatures, est: qui pourra réellement réconcilier les États membres avec une institution censée incarner l’équilibre mondial ? Réponse attendue en décembre.
M. Galé, avec plusieurs sources.







