Côte d’Ivoire : un ancien partisan de Laurent Gbagbo prend la défense de Blé Goudé
Alors que Charles Blé Goudé est régulièrement accusé de proximité avec le pouvoir, Jean Bonin Kouadio prend sa défense. L’ancien vice-président du FPI dénonce un « traitement à géométrie variable » et appelle à juger le président du COJEP sur ses actes plutôt que sur son passé.
Charles Blé Goudé se trouve comme très souvent au cœur des débats politiques. Depuis son retour en Côte d’Ivoire, le président du COJEP est régulièrement critiqué par une partie de l’opinion pour son discours jugé trop conciliant à l’égard du pouvoir. Une lecture que ne partage pas Jean Bonin Kouadio. L’ancien vice-président du Front populaire ivoirien (FPI), chargé de la communication, monte au créneau pour lui prendre sa défense. Pour lui, Blé Goudé fait l’objet d’un traitement à géométrie variable.
« Blé Goudé est grillé comme gnomi »
Jean Bonin estime que le président du COJEP se trouve dans une situation où chacun de ses gestes peut être interprété à charge. En jargon ivoirien, il considère que l’ancien leader des jeunes patriotes de Gbagbo est « grillé comme gnomi ». Autrement dit, quoi qu’il fasse, il semble condamné à avoir tort.
« Lorsqu’il rencontre, à titre personnel, occasionnel ou politique, un responsable ou un militant du RHDP, certains s’empressent de le traiter de “traître”. Traître à qui ? Et surtout, traître à quelle cause ? », s’interroge-t-il.
L’ancien responsable du FPI, qui fut un fervent partisan de Laurent Gbagbo, appelle à davantage de cohérence dans le traitement réservé aux acteurs politiques ivoiriens. Il rappelle que les leaders, « des plus radicaux aux plus conciliants », ont tous, à un moment ou à un autre, rencontré des responsables ou des représentants du pouvoir. Selon lui, certains ont même bénéficié de gestes ou de privilèges de la part du pouvoir sans que leur qualité d’opposants soit remise en cause. «Alors pourquoi faudrait-il appliquer à Blé Goudé une règle différente ? Au nom de quel principe ? De quelle éthique politique ? », questionne-t-il.
De la confrontation à l’apaisement
Jean Bonin s’étonne également que certains anciens soutiens de Blé Goudé lui reprochent son évolution politique. Faut-il lui reprocher d’avoir changé ? D’avoir renoncé à la confrontation permanente ? D’appeler désormais à l’apaisement, à la réconciliation et à la décrispation ?, s’interroge-t-il.
Pour lui, le parcours de Blé Goudé mérite d’être regardé avec davantage de recul. Il invoque notamment cette formule attribuée à Félix Houphouët-Boigny : « Seuls les imbéciles ne changent pas. » Changer, estime-t-il, ne signifie pas nécessairement trahir. Cela peut aussi vouloir dire tirer les leçons de son histoire.
Le parcours de Charles Blé Goudé est, à cet égard, particulier. L’ancien leader des Jeunes Patriotes a passé près de dix années à la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre de la procédure liée à la crise postélectorale ivoirienne. Sa situation judiciaire et administrative demeure également sensible.
Jean Bonin rappelle notamment qu’il reste sous le coup d’une condamnation à 20 ans de prison prononcée en Côte d’Ivoire et qu’il n’a pas bénéficié d’une grâce présidentielle ou d’une amnistie.
Un opposant dans un entre-deux
C’est cette situation que Jean Bonin juge paradoxale. D’un côté, le pouvoir n’a pas accordé à Blé Goudé de grâce présidentielle ou d’amnistie et la situation administrative du COJEP demeure problématique. De l’autre, le président du parti et ses responsables sont régulièrement associés à des cadres de dialogue politique et à certaines cérémonies officielles.
Pour Jean Bonin, cette situation entretient un entre-deux qui nourrit la suspicion. « Si l’État considère que Charles Blé Goudé est suffisamment fréquentable pour être associé au dialogue politique national, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique ? », demande-t-il.
Il appelle ainsi à clarifier la situation. Si Blé Goudé est considéré comme un acteur de l’opposition, il doit pouvoir exercer ce rôle dans un cadre légal et transparent. Et si des obstacles juridiques ou administratifs empêchent la pleine reconnaissance du COJEP, ceux-ci doivent être clairement exposés.
Au-delà du cas de Charles Blé Goudé, Jean Bonin pose la question de la place accordée aux opposants dans une démocratie. « Je ne demande pas que l’on fasse de Charles Blé Goudé un homme du pouvoir. Je ne demande pas davantage qu’on lui fasse cadeau de son passé », précise-t-il. Il souhaite simplement que l’ancien pensionnaire de la CPI puisse « assumer pleinement et légalement sa place dans le jeu politique ivoirien », celle d’un responsable de l’opposition.
Pour lui, une démocratie mature ne se mesure pas seulement à la manière dont elle traite ses alliés, mais aussi à la façon dont elle considère ceux qui lui sont opposés. Et si Charles Blé Goudé a réellement évolué, comme il l’affirme, Jean Bonin estime qu’il faut lui donner la possibilité de le démontrer par ses actes et ses propositions.
M. Galé







