Probo Koala, 20 ans après: Les victimes réclament justice, réparation et mémoire
Vingt ans après le drame du Probo Koala, la douleur demeure intacte et le combat des victimes se poursuit. À l’occasion du 20e anniversaire de cette catastrophe sanitaire et environnementale, les organisations de victimes des déchets toxiques ont réaffirmé leur détermination à obtenir justice, réparation et reconnaissance.
Dans une déclaration de presse faite mercredi 19 août 2026 à Abidjan, les victimes ont appelé au devoir de mémoire et à la prise en compte durable des conséquences humaines, sanitaires, environnementales et économiques de cette tragédie qui a profondément marqué la Côte d’Ivoire. La déclaration a été lue par Denis Yao Pipira, à la fois président de la Fédération nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (FENAVIDET-CI) et président de l’Union Nationale des Associations des Victimes des Déchets Toxiques de Côte d’Ivoire (UNAVDT-CI). Il s’est exprimé au nom des fédérations et organisations de victimes.
« Nous ne devons pas oublier »
Vingt ans après les événements, le devoir de mémoire demeure au cœur du message des victimes. Elles rappellent que le déversement des déchets toxiques du Probo Koala a provoqué une crise sanitaire et environnementale majeure, avec des décès, des intoxications et de nombreuses conséquences sur la vie des populations. << 20 ans plus tard, la douleur est toujours vive. 20 ans plus tard, les plaies ne sont toujours pas cicatrisées », souligne la déclaration. Pour les associations de victimes, derrière les chiffres se trouvent des familles endeuillées, des survivants confrontés aux séquelles de l’intoxication ainsi que des personnes dont la situation économique et sociale a été durablement affectée.
Le combat pour la justice et la réparation continue
À l’occasion de ce vingtième anniversaire, les organisations de victimes ont réaffirmé leur exigence d’une réparation juste, complète et définitive. Elles estiment qu’aucun accord ne saurait effacer les souffrances vécues et demandent que les responsabilités soient pleinement assumées. Elles réclament également des garanties afin qu’une catastrophe similaire ne puisse plus se reproduire, en Côte d’Ivoire comme ailleurs en Afrique et dans le monde. La déclaration évoque par ailleurs une avancée judiciaire aux Pays-Bas et le processus d’indemnisation
Concernant les victimes. Selon les organisations, la Stichting VDTCI, fondation créée dans le cadre de cette cause, travaille à la finalisation du processus d’indemnisation. Les responsables de victimes disent rester vigilants et souhaitent que ce processus aboutisse dans les meilleurs délais.
Quatre revendications majeures
À l’occasion de ces vingt années de combat, les organisations de victimes ont formulé quatre revendications principales à savoir, la mise en place d’un suivi médical gratuit et permanent pour les survivants et les ayants droit ; l’indemnisation complète de toutes les victimes dûment recensées, ainsi que la prise en compte de celles qui auraient été oubliées ; la certification de la dépollution totale des sites concernés, afin de garantir la sécurité des populations ; la création d’un mémorial national, destiné à préserver la mémoire de la catastrophe et à transmettre son histoire aux générations futures. Pour les victimes, ces revendications constituent non seulement des demandes de réparation, mais aussi une exigence de dignité et de prévention.
« Nous ne demandons pas la charité »
Au terme de leur déclaration, les organisations de victimes ont voulu rappeler le sens de leur combat après deux décennies : « Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons Justice, Dignité et Mémoire. » Un message qui traduit la volonté des victimes de voir leur histoire reconnue et leur combat aboutir à des réponses durables. Vingt ans après le drame, elles entendent ainsi maintenir la pression pour que la mémoire des disparus soit préservée, que les survivants bénéficient d’un accompagnement approprié et que toutes les victimes obtiennent réparation.
Rappel des faits
Le 19 août 2006, la Côte d’Ivoire a été confrontée au déversement à Abidjan de déchets issus du navire Probo Koala, affrété par la société Trafigura. Les déchets ont été déversés sur plusieurs sites, notamment dans le district d’Abidjan, provoquant une grave crise sanitaire et
environnementale. Les associations de victimes rappellent que 17 décès ont été officiellement enregistrés dans les premières 72 heures et que des dizaines de milliers de personnes ont été affectées par les émanations et les déchets toxiques. Le drame a également entraîné une importante crise politique, sanitaire, judiciaire et environnementale. Vingt ans après, la question de l’indemnisation, du suivi des victimes, de la dépollution et de la préservation de la mémoire de cette catastrophe demeure au centre des préoccupations des organisations de victimes.
Mathias Kouamé






