Réforme électorale : Le PDCI prend-il ses distances avec l’opposition ?

Lemandatexpress – À mesure que s’élabore le cadre d’un nouvel organe électoral en Côte d’Ivoire, deux visions de la stratégie d’opposition se degagent. D’un côté, une dynamique d’unité et de rassemblement portée par plusieurs plateformes politiques ; de l’autre, la démarche en solo et hautement ambiguë du PDCI-RDA.

Lundi 28 septembre 2026, au Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, le contraste est apparu au grand jour. En déposant officiellement ses recommandations auprès du général de corps d’armée Vagondo Diomandé, la délégation du PDCI-RDA conduite par Georges Philippe Ezaley n’a eu les yeux que pour sa propre chapelle politique. Pourtant, la dynamique d’ensemble lancée ces dernières semaines laissait espérer un bloc homogène.

Reçu à la ‘’Maison du parti’’ à Cocody par le PDCI après une séance de travail au siège du PPA-CI, la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) conduite par Simone Ehivet Gbagbo, Pascal Affi N’guessan et Aujourd’hui et demain, la Côte d’Ivoire (ADCI) d’Assalé Tiémoko, avait jeté les bases d’un dialogue inclusif.

Reçu par la tutelle ministérielle, ADCI n’a pas hésité à inscrire explicitement son action dans un cadre collectif. Le mouvement a ainsi informé le Ministre qu’il travaille, en synergie avec la CAP-CI dirigée par Pascal Affi N’guessan et les partis signataires du Haut Conseil Électoral (HCE) initié par Simone Ehivet Gbagbo, à la finalisation d’un document de proposition commune. Une démarche inclusive étendue au PPA-CI, qui a montré sa disposition à s’inscrire dans une réflexion commune.

Un discours centré sur l’appareil interne du PDCI
Face à cet effort de convergence réunissant la CAP-CI, le HCE, l’ADCI et le PPA-CI, le ton employé par le PDCI-RDA détonne. Associé de près aux consultations de la CAP-CI, le plus grand parti d’opposition au Parlement (32 sièges) a sciemment fait le choix de s’exprimer en son nom propre, ignorant publiquement la dynamique unitaire.

Les propos de Georges Philippe Ezaley à la sortie de son audience avec le ministre de l’Intérieur ne laissent planer aucun doute sur ce repli partisan : « Officiellement, le PDCI a remis dans les mains du ministre de l’Intérieur les propositions pour le nouvel organe électoral, dans un esprit donc de consensus par rapport à ce futur organe afin de permettre que la Côte d’Ivoire aille vers des élections paisibles dans le futur ».

L’évocation d’un « consensus » ne renvoie ici qu’à un dialogue direct entre le PDCI et le pouvoir. À aucun moment l’opposition n’est mentionné comme coauteur ou associée à ces travaux. La suite de la déclaration enfonce le clou : « Nous sommes en attente du retour du ministre de l’Intérieur, du gouvernement sur ses propositions qui, par ailleurs, ont été partagées au niveau du PDCI avec notre groupe parlementaire qui également en fera son affaire au niveau du Parlement ».

Cavalier seul ou simple pragmatisme ?
En précisant que le document n’a été partagé qu’« au niveau du PDCI avec son groupe parlementaire », la direction du parti confirme la mise à l’écart des alliés de circonstances. C’est l’appareil du PDCI, fort de ses relais à l’Assemblée nationale, qui entend mener les tractations et faire son « affaire » des futures lois électorales.

Le dépôt quasi simultané, le même lundi après-midi, des propositions de la CAP-CI met en lumière ce grand écart politique. En snobant la plateforme commune au profit d’un tête-à-tête avec l’exécutif, le PDCI se désolidarise-t-il de fait du reste de l’opposition ? S’il est encore trop tôt pour parler de rupture, cette posture risque de fragiliser l’initiative commune.

Zéphirin Gohia

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