« 99 % étaient originaires du Nord » : Amani N’Guessan Michel révèle les dessous de l’intégration des 9 000 ex-rebelles

Ancien ministre de la Défense sous Laurent Gbagbo, Amani N’Guessan Michel revient sur l’une des séquences les plus sensibles du processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Dans un entretien accordé au quotidien Le Temps, le cadre du PPA-CI évoque notamment l’application de l’Accord politique de Ouagadougou et l’intégration annoncée de milliers d’éléments issus de l’ex-rébellion dans les forces de défense et de sécurité.

Amani N’Guessan Michel a occupé le portefeuille de la Défense entre 2007 et 2010, dans une période marquée par les efforts de réunification du pays et la perspective de la création d’une armée nationale. Avec le recul, il considère que l’application des dispositions de l’Accord politique de Ouagadougou constituait l’une des décisions les plus difficiles auxquelles il a été confronté.

« La décision la plus difficile que j’ai eu à prendre en tant que ministre de la Défense (…) a été, au moment où nous essayions de créer une armée nationale, d’appliquer l’Accord politique de Ouagadougou », explique-t-il.

Selon l’ancien ministre, cet accord prévoyait l’intégration de 9 000 personnes issues de la rébellion au sein des forces de défense et de sécurité ivoiriennes. Il détaille une répartition de 5 000 militaires, 2 000 policiers et 2 000 gendarmes.

« Cela déséquilibrait tous les comptes »

Amani N’Guessan Michel affirme avoir été directement chargé de mettre en œuvre cette disposition. Une fois la liste des personnes concernées établie, il dit avoir constaté une forte concentration géographique des recrues.

« Lorsque les 9 000 noms ont été établis, et j’ai encore la liste, j’ai constaté que 99 % d’entre eux étaient originaires du Nord », affirme-t-il.

Pour l’ancien ministre, cette situation soulevait alors une difficulté majeure : comment construire une armée présentée comme nationale tout en intégrant, dans des proportions qu’il jugeait déséquilibrées, des éléments issus d’une partie du territoire ?

« Comment concilier notre volonté de mettre en place une armée véritablement nationale avec l’intégration de 9 000 personnes dans ces conditions ? », s’interroge-t-il.

Malgré ses réserves, Amani N’Guessan Michel affirme avoir appliqué la décision conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Accord politique de Ouagadougou. « Cela déséquilibrait tous les comptes, mais j’ai été obligé de le faire », conclut-il.

Cette sortie remet ainsi en lumière les enjeux liés à la réforme du secteur de la sécurité et à la réunification des forces ivoiriennes après la crise politico-militaire.

Martial Galé

Lemandatexpress.net

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