Le paysage politique ivoirien actuel offre un spectacle où la rhétorique peine à masquer l’isolement. Aujourd’hui, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), formation fondée par l’ancien président Laurent Gbagbo, se retrouve confronté aux conséquences directes d’une ligne politique de la chaise vide.
Après avoir successivement renoncé à prendre part à la présidentielle d’octobre 2025 puis aux législatives de décembre dernier, le parti se voit contraint d’occuper le débat public à travers un ultime projet sociopolitique nommé le ”Pacte social”. Mais au-delà des déclarations d’intentions et des concepts ambitieux, la question de l’efficacité et de la survie politique de cette formation se pose avec une acuité nouvelle.
La stratégie du boycott, régulièrement réactivée par le PPA-CI, a montré ses limites fonctionnelles dans le jeu démocratique national. En maintenant la candidature de son chef de file en dépit d’une inéligibilité juridique connue de tous, la direction du parti a fait le choix de la confrontation plutôt que du réalisme électoral. Ce choix, prolongé par l’absence d’investiture aux élections législatives, prive la formation de toute représentation au sein de l’Assemblée nationale. Sans députés pour porter la voix de leurs électeurs, débattre des lois ou interpeller le gouvernement, les dirigeants du PPA-CI se sont eux-mêmes retirés des leviers légitimes du pouvoir et du contrôle de l’action publique.
Cette marginalisation institutionnelle intervient après une série de mouvements politiques restés sans lendemain. Des initiatives telles que l”’Appel de Bonoua”, les tentatives de création de ”Front commun” avec d’autres forces d’opposition ou des campagnes de protestation de rue comme ”Trop c’est trop” se sont éteintes sans parvenir à modifier le rapport de forces ni à créer une dynamique populaire durable. Ces actions, assimilables à des feux de paille, ont progressivement affaibli la capacité de mobilisation du parti et lassé une base militante en quête de résultats tangibles.
C’est dans ce contexte d’isolement que le ”Pacte social” émerge comme l’unique boussole politique de la formation. Présenté comme une feuille de route plaçant l’Ivoirien au cœur du développement et promettant une société plus inclusive, ce document tente de recadrer le discours du parti sur des thématiques socio-économiques et la cohésion nationale. Toutefois, la portée réelle d’un tel programme demeure incertaine. En l’absence d’élus nationaux ou locaux pour relayer ce projet dans les instances décisionnelles, le ”Pacte social” risque de se cantonner au statut d’exercice théorique ou d’outil de communication interne.
Pour le PPA-CI, le défi ne réside plus dans sa capacité à produire des manifestes idéologiques, mais dans sa faculté à sortir d’une posture de retrait systématique. Sans ancrage institutionnel direct et face à un espace politique qui continue d’évoluer sans lui, le parti de Laurent Gbagbo joue désormais sa pertinence future sur sa capacité à transformer un document d’orientation en une véritable force d’entraînement populaire, sous peine de voir son influence s’effriter irrémédiablement.
Zéphirin Gohia


