Gares routières à Yopougon : Adama Bictogo met les transporteurs sous pression

Le maire de Yopougon a donné une semaine aux transporteurs pour s’accorder sur une solution définitive à l’implantation anarchique des gares routières. Face aux exigences de la mairie, les compagnies rappellent le poids des fermetures sur leurs activités et leurs engagements financiers.

ÀYopougon, Adama Bictogo veut mettre fin aux gares routières installées au bord des routes et ne compte plus laisser traîner le dossier. Réunis lundi 12 octobre 2026 à la mairie, les responsables d’une quarantaine de compagnies de transport interurbain ont reçu un ultimatum : une semaine pour s’accorder sur une solution définitive.

Selon la note de presse consultée par Lemandatexpress, derrière cette échéance se joue un bras de fer entre une municipalité décidée à rétablir la fluidité de la circulation et des transporteurs soucieux de préserver leurs activités. Pour le maire, les embouteillages de Yopougon ne sont plus une simple affaire communale. Il affirme avoir été interpellé la semaine précédente par le ministre de l’Intérieur, puis par la Direction générale de la police, en raison des répercussions de la congestion sur le trafic national.

« Je ne peux pas accepter que, pour les problèmes du pays, ce soit Yopougon qui soit pointé du doigt », a-t-il lancé devant les transporteurs. Son exigence est sans ambiguïté : plus aucune gare ne devra gêner la circulation. « Ce que je veux, c’est une gare qui ne dérange plus la population, où l’on peut tourner à l’intérieur et ressortir. Je ne veux plus voir de gare au bord des routes », a-t-il martelé.

La mairie hausse le ton, les transporteurs plaident leur cause

Face à cette fermeté, les transporteurs ont rappelé les conséquences économiques des fermetures de leurs gares, qui durent, selon leurs représentants, depuis près de six mois. Abdul Wahab, président de CA Trans, a évoqué les centaines de personnes qui dépendent de cette activité, ainsi que les crédits bancaires que les entreprises doivent continuer à rembourser.

Si les compagnies ne veulent pas que la réorganisation se fasse au prix de leur fragilisation économique, Abdul Wahab assure toutefois que les transporteurs ne sont pas venus créer des troubles, mais souhaitent accompagner la vision du maire.

Adama Bictogo s’est voulu rassurant : « Je comprends vos engagements bancaires. Je ne suis pas là pour créer la faillite des sociétés, sinon on n’aurait pas eu cette réunion », a-t-il répondu.

La mairie propose de regrouper les compagnies sur une gare provisoire centralisée, conçue pour accueillir les cars et faciliter leurs manœuvres. Environ 43 gares ont été recensées dans la commune, tandis que le site envisagé pourrait accueillir quelque 45 grands cars.

Le maire attend désormais des transporteurs qu’ils s’accordent sur une proposition concrète, avec un site et un calendrier d’installation. Il estime qu’une solution doit être trouvée rapidement, même si le transfert effectif pourrait intervenir dans deux ou trois mois.

SBTA dans le viseur, la police municipale sous avertissement

La pression se traduit aussi par des décisions ciblées. La gare de SBTA, située à proximité du CHU de Yopougon, doit quitter son emplacement avant la fin du mois d’octobre. Adama Bictogo juge le site particulièrement mal choisi et affirme que le ministre de la Santé a fait de ce dossier une priorité. Le chef de gare, Traoré Souleymane, a assuré que les responsables avaient compris la demande.

Les compagnies disposant déjà de terrains à l’écart de la chaussée pourraient, en revanche, conserver leurs installations. UTB aménage notamment un site à Andokoi, dont une partie devrait être occupée dès décembre.

La police municipale sera chargée de faire appliquer le futur arrêté. Le maire a menacé de dissoudre ce service si les gares concernées ne sont pas dégagées dans les deux semaines suivant l’entrée en application de la mesure. Les responsables des gbakas seront ensuite reçus, avant le déguerpissement des commerçants installés sur les emprises concernées.

Un atelier technique le 14 octobre

Pour éviter d’imposer une gare inadaptée aux besoins, la mairie veut obtenir des chiffres précis sur les flottes et les rotations quotidiennes des compagnies. Le carrefour de Gabriel Gare, régulièrement bloqué vers 17 heures, illustre l’ampleur du problème. Selon un opérateur présent à la réunion, une seule compagnie peut y effectuer au moins 35 rotations par jour.

Un comité de travail doit recenser les compagnies et leurs mouvements. Un atelier technique est prévu mercredi 14 octobre, de 9 h à 12 h, afin de chiffrer les rotations et de produire un document final. Les transporteurs pourront également participer volontairement au financement de la gare provisoire, avec un remboursement prévu à travers leurs taxes. La mairie entend ensuite s’occuper des gbakas, ces minibus de transport intercommunal que le maire juge particulièrement dangereux, puis des commerçants installés sur les emprises concernées.

Adama Bictogo assure vouloir maintenir le dialogue avec les professionnels. Mais sa position ne laisse guère de place à l’ambiguïté : les transporteurs doivent participer à la réorganisation sans continuer à imposer leurs installations aux abords des routes.

M.Galé

Lemandatexpress.net

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