Réunis du 19 jusqu’au 22 octobre 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, les acteurs de la mobilité durable et de la lutte contre le changement climatique planchent sur l’avenir des villes africaines. À l’ouverture de la deuxième édition de la Conférence internationale de la mobilité durable et du climat (CIMDC), le Premier ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé, a donné le ton en mettant l’accent sur l’urgence de développer des transports collectifs performants, accessibles, moins polluants et financièrement soutenables.
Un appel à l’action auquel le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, a apporté une vision stratégique, avec l’ambition de faire de la mobilité un puissant levier de transformation des villes africaines.
Le message du Premier ministre Robert Beugré Mambé est sans équivoque, ‘avenir de la mobilité urbaine en Afrique dépendra de la capacité des États à proposer des solutions de transport de grande capacité, respectueuses de l’environnement et accessibles au plus grand nombre. Présidant la cérémonie officielle d’ouverture de la deuxième édition de la CIMDC, le chef du gouvernement ivoirien a placé les enjeux du financement, de la transition énergétique et de l’innovation au cœur des réflexions. Pour lui, la question des transports ne saurait être dissociée des défis de l’urbanisation rapide, de la pollution atmosphérique et du changement climatique auxquels sont confrontées les grandes agglomérations africaines.
« Le défi des transports, c’est de transporter des populations en grande masse, mais comment transporter les populations en grande masse et au moindre coût », a-t-il souligné, résumant ainsi l’équation majeure que doivent résoudre les pouvoirs publics. À travers cette interpellation, Robert Beugré Mambé a insisté sur la nécessité de dépasser les approches traditionnelles pour construire des systèmes de transport capables de répondre à la croissance démographique, sans aggraver les émissions de gaz à effet de serre ni alourdir les dépenses des ménages.
Des transports collectifs au cœur
S’appuyant sur les enseignements du plan climat du District autonome d’Abidjan, le Premier ministre a rappelé l’importance des émissions liées aux activités urbaines, notamment aux
bâtiments, aux industries et aux transports. Il a également évoqué les mesures de pollution atmosphérique observées dans la capitale économique, particulièrement aux heures de forte circulation du matin et du soir. Face à cette réalité, le gouvernement entend promouvoir une mobilité davantage structurée autour de transports collectifs performants et de modes de déplacement complémentaires. Métro, Bus Rapid Transit (BRT), autobus électriques, transport lagunaire, mobilités actives et téléphériques figurent parmi les solutions évoquées. Le chef du gouvernement a notamment remis en perspective les possibilités offertes par les téléphériques pour relier certains secteurs du Grand Abidjan, citant des liaisons envisageables entre Bingerville, Cocody, Adjamé et Yopougon. Il a révélé, à cet égard, qu’une étude consacrée à cette option avait été réalisée plusieurs années auparavant et demeurait disponible pour être réexaminée au moment opportun. << Demain Abidjan aura son métro, demain Abidjan aura son BRT, demain Abidjan aura son tramway », a affirmé Robert Beugré Mambé, exprimant sa confiance dans la transformation progressive du paysage des transports urbains. Au-delà des infrastructures, il a toutefois souligné que la réussite de cette ambition dépendra de la capacité à assurer leur complémentarité, leur sécurité et leur accessibilité. Le Premier ministre a également attiré l’attention sur les enjeux de sécurité routière, particulièrement ceux liés aux motos-taxis et à la protection des cyclistes. La mobilité durable, a-t-il laissé entendre, implique aussi une évolution des comportements et un meilleur encadrement des différents usagers de la route.
Le nerf de la guerre: des financements adaptés aux ambitions africaines
Si les solutions techniques existent, leur concrétisation reste étroitement liée à la disponibilité de ressources financières adaptées. C’est l’un des principaux messages défendus par Robert Beugré Mambé. Rappelant que le Plan national de développement (PND) 2026-2030 prévoit des besoins d’investissement de plus de 114 800 milliards de francs CFA, avec une contribution attendue du secteur privé à hauteur de 70%, il a appelé à une mobilisation accrue des investisseurs et des partenaires au développement. Le Premier ministre a surtout plaidé pour des financements climatiques concessionnels, assortis de taux avantageux et de durées de remboursement compatibles avec les capacités financières des États. Cette exigence s’explique notamment par la nature des investissements dans les transports collectifs, dont la rentabilité financière directe ne couvre pas toujours les coûts d’exploitation et d’infrastructure. L’exemple de la Société des transports abidjanais (SOTRA) illustre, selon lui, l’importance du soutien public pour assurer un service de transport accessible aux populations. L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre la viabilité économique des projets, la soutenabilité de la dette et le coût du transport pour les usagers. En appelant les opérateurs privés à s’engager dans des projets innovants, Robert Beugré Mambé a ainsi invité les participants à la conférence à formuler des propositions concrètes, adaptées aux réalités africaines et susceptibles d’être reproduites dans plusieurs grandes villes du continent.
Amadou Koné: bâtir un système de mobilité intégré et résilient
Dans son allocution d’ouverture, le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, a inscrit cette ambition dans une perspective plus large de développement territorial, de modernisation des infrastructures et de résilience climatique. Pour le ministre, la mobilité ne se résume plus à la seule question du déplacement. Elle conditionne l’accès à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé et aux services essentiels. Elle constitue également un facteur de compétitivité économique, de cohésion sociale et d’aménagement équilibré des territoires. Dans un contexte d’urbanisation accélérée, il a estimé que la transition vers une mobilité durable n’était plus une option, mais une nécessité stratégique pour les villes africaines. La Côte d’Ivoire entend, dans cette dynamique, poursuivre la modernisation de ses infrastructures et le développement des transports collectifs, aussi bien dans le Grand Abidjan qu’à l’intérieur du pays, notamment à San-Pédro, Yamoussoukro, Bouaké et Korhogo. Dans la capitale économique, les projets de métro, de BRT, le renforcement du transport collectif et le développement du transport lagunaire doivent progressivement former un ensemble cohérent. L’ambition affichée par Amadou Koné est claire: passer d’une simple juxtaposition des moyens de transport à un véritable réseau multimodal, intégré et interconnecté.bCette vision s’étend également à l’organisation urbaine. << Une infrastructure de transport ne doit plus seulement traverser la ville. Elle doit également contribuer à organiser la ville », a-t-il expliqué, en référence aux réflexions engagées sur le Grand Abidjan à l’horizon 2040. L’objectif est de favoriser une métropole plus multipolaire, mieux connectée et plus résiliente, dans laquelle les déplacements entre les zones d’habitation, les pôles d’emploi et les services essentiels seront mieux organisés.
Numérique, sécurité et adaptation climatique
Le ministre a également mis en avant plusieurs axes prioritaires: l’interconnexion des transports collectifs, une meilleure articulation entre mobilité et aménagement du territoire, le développement du transport lagunaire, l’utilisation des données numériques pour améliorer la gestion des déplacements et la promotion des mobilités actives. La sécurité des usagers et l’accessibilité universelle occupent également une place importante dans cette approche. Amadou Koné a par ailleurs insisté sur la nécessité d’intégrer les risques climatiques dans la conception et l’exploitation des infrastructures, notamment face aux inondations et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Cette transformation suppose, selon lui, une gouvernance renforcée et une coordination étroite entre l’État, les collectivités territoriales, les opérateurs de transport, le secteur privé et les citoyens. Dans le Grand Abidjan, l’Autorité de la mobilité urbaine dans le Grand Abidjan (AMUGA) est appelée à jouer un rôle central dans cette intégration. À l’image du Premier ministre, le ministre des Transports a enfin insisté sur la nécessité de mobiliser des financements publics, privés et climatiques pour transformer les ambitions en projets concrets.Un signal fort de l’UE pour le transport lagunaireLa cérémonie d’ouverture a également été marquée par l’annonce d’un appui financier européen en faveur du développement du transport lagunaire à Abidjan. Selon Amadou Koné, l’Union européenne (UE) a annoncé un don de 3 millions d’euros destiné à amorcer la dynamisation de ce mode de transport. Le programme envisagé prévoit notamment la construction de 13 gares lagunaires et l’acquisition de 25 bateaux-bus. Cette annonce constitue un signal encourageant pour la diversification des solutions de mobilité dans le Grand Abidjan, où le transport lagunaire représente un levier potentiel pour réduire la pression sur le réseau routier et améliorer les déplacements entre les différentes rives de la lagune Ébrié. Elle illustre également l’importance des partenariats internationaux dans le financement de la transition vers des systèmes de transport moins polluants. La CIMDC 2026 bénéficie par ailleurs du soutien de personnalités engagées dans les politiques de mobilité et la lutte contre le changement climatique. Le sénateur français Ronan Dantec, président de l’association Climate Chance, ainsi que François Durovray, ancien ministre français chargé des Transports et président de CODATU, ont apporté leur caution à cet événement international. Leur présence et leur engagement s’inscrivent dans une dynamique de coopération entre collectivités, institutions, experts et partenaires internationaux, autour de solutions adaptées aux défis des villes africaines. Les réseaux Climate Chance et CODATU contribuent à renforcer le dialogue entre les acteurs de l’action climatique, de la mobilité urbaine et du développement territorial. Cette coopération donne à la conférence une dimension internationale, en favorisant le partage d’expériences et la recherche de réponses concrètes aux difficultés rencontrées par les grandes agglomérations.
La Déclaration d’Abidjan attendue comme perspective
Au terme de la conférence, les travaux doivent contribuer à l’élaboration de la Déclaration d’Abidjan. Ce document est destiné à faire ressortir les principales orientations des acteurs non étatiques en matière de mobilité durable et d’action climatique, et à nourrir les discussions internationales. L’enjeu sera de traduire les échanges en priorités opérationnelles : renforcer la gouvernance, faciliter le financement des projets, promouvoir des solutions adaptées aux villes africaines et mieux prendre en compte les exigences d’inclusion et de résilience. Avant Abidjan, en 2022, c’est Dakar qui a abrité la première édition de la CIMDC.
Mathias Kouamé


