Bruno Koné Nabagné, depuis Yamoussoukro : « L’agriculture de demain ne se fera pas sans le numérique… »

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Koné Nabagné, a animé, le  samedi 31 octobre 2026  à Yamoussoukro, un panel de haut niveau sur le thème : «  La transformation de l’agriculture africaine par le numérique ». C’était à la faveur de la cérémonie d’inauguration de la Digital  Farming  School (DFS). Un centre de recherche, né d’une vision partagée entre le royaume chérifien et l’Etat de Côte d’Ivoire.

Au cours de son exposé, à la technopole de l’institut national polytechnique Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro, le membre du gouvernement a insisté sur la nécessité d’associer le numérique dans la pratique agricole.

Monsieur le ministre, vous êtes déterminé pour la transformation agricole de notre pays. Aujourd’hui, quelles sont les ambitions de la Côte d’Ivoire en matière agricole du numérique ?

Je voudrais d’abord remercier le royaume du Maroc et le Groupe OCP, qui ont investi dans ce projet important. Ils ont compris le besoin que nous avons de faire progresser notre agriculture.

On parle aujourd’hui d’agriculture, en nous trouvant sur la terre natale du président Houphouët-Boigny. Quel symbole pour cet événement ?

Ce n’est pas anodin et ce n’est pas un hasard. Parce qu’en réalité, le président Houphouët Boigny était d’abord un agriculteur, producteur  de café et de cacao et qui estimait à l’époque ; plus précisément avant 1946 que ses droits étaient lésés. C’est pourquoi il a créé par la suite, le syndicat agricole Africain. Et quand il est arrivé à la tête de la République de Côte d’Ivoire en 1960, ça été tout naturellement pour lui de donner cette orientation agricole au pays. Donc la Côte d’Ivoire est née agricole, elle a l’agriculture dans son ADN. L’agriculture ivoirienne a façonné la progression économique de notre pays et aussi la progression sociale. L’agriculture a toujours été le premier moteur de développement. C’est 40% de nos recettes d’exportations, c’est 25% du PIB quand on inclut l’agro-industrie. C’est 40% de la main-d’œuvre active dans le pays. Pendant plusieurs années, on a travaillé de façon artisanale ; on a utilisé la machette et la Daba. Avec cela, nous nous sommes hissés au premier rang mondial du cacao.

La Côte d’Ivoire c’est 2 millions de tonnes et c’est 40% de la production mondiale de cacao.  Notre pays est le premier producteur de noix de cajou au monde avec 1.500 000 tonnes. Et également premier producteur mondial de caoutchouc naturel. En continuant la liste des classements, la Côte d’Ivoire se retrouve parmi les cinq  premiers des productions agricoles.  Nous sommes donc, fondamentalement un pays agricole ; dont la construction de l’agriculture s’est faite sur les bases traditionnelles et artisanales.

Les choses ont-elles évolué ?

Aujourd’hui en 2026,  nous nous trouvons à un tournant, à une étape où il faut passer de cette agriculture traditionnelle à une agriculture plus moderne. Où il nous faut mécaniser notre agriculture. Un tracteur pour 1000 hectares. Quand on estime, c’est très faible. Nous avons très peu de terres irriguées. Notre agriculture est fragile, car elle dépend de la pluie. L’agriculteur se demande qu’est-ce qu’il faut semer aujourd’hui et qu’est-ce qu’il faut semer en une semaine en attendant la pluie. Tout cela nous met dans une situation de fragilité.

Nous pensons que, nous devons travailler sur certains aspects qui vont nous permettre de moderniser notre agriculture. Il nous faut travailler sur l’amélioration de la productivité de notre agriculture. Parce que,  sur certaines cultures nous sommes très haut en valeur nominale. Mais en réalité, quand on nous compare à d’autres pays concurrents, nous sommes relativement faibles en rendement et en productivité. 

Je prends l’exemple du cacao qui est notre produit phare ; nous sommes à 800 kilos en moyenne à l’hectare, mais il y a d’autres pays aussi qui sont forts dans ce domaine-là. Voilà les problématiques qui se posent à nous. Il nous faut basculer vers des solutions plus modernes qui vont nous faire avancer rapidement. Et dans ces solutions, il y a les solutions numériques. Ce qui se fait aujourd’hui, est une évolution naturelle et parfaite.

Cette révolution numérique pourrait-elle  apporter un plus, dans ce vaste chantier agricole ?

Nous sommes à une période de passage de générations.  Entre des générations qui ont travaillé d’une certaine façon et des jeunes, qui n’ont plus envie d’aller travailler dans les mêmes conditions que leurs grands-parents, avec une machette et une daba. Ce sont des jeunes qui savent qu’il y a des solutions. Ce sont des jeunes qui se sont frottés à l’outil informatique et numérique et qui vont travailler dans ce centre pour des recherches pointues .

L’innovation, quand elle arrive, prend du temps à être adoptée.  Par rapport à ce projet qui vient de naître, pensez que les technologies de drones, de capteurs vont résoudre concrètement les différents problèmes de l’agriculture ivoirienne ?

Je répondrai oui  sans aucun doute. Je suis rentré au gouvernement il y a quelque temps, via le ministère de l’économie numérique. Et à l’époque déjà (il y a 12 ans) les choses paraissent claires. On disait que,  d’ici 10 ans  voire 15 ans, soixante-quinze à quatre-vingt pourcent des métiers auraient besoin du numérique.  Et nous disions également qu’au moins 10% de ces métiers risquent de disparaître. Aujourd’hui nous ne sommes pas surpris de voir ce qui est en train de se passer.  Ce n’est même pas un choix que nous avons, ni une possibilité qui est offerte à notre pays. C’est une obligation. Nous n’avons pas d’autres choix que d’aller vers ces solutions modernes qui s’imposent à nous de façon très forte. Le digital heureusement est transversal et permet de travailler sur de grandes quantités et d’être mieux précis et rapide. Il y a des gains tellement importants qu’aujourd’hui, ce serait dommage que l’agriculture ne profite pas de ces opportunités-là. L’agriculture de demain ne se fera pas sans le numérique.  Nous avons en réalité déjà commencé à intégrer  un certain nombre d’actions qui sont déjà connectées avec le digital.  Plus d’un million de producteurs en Côte d’Ivoire ont leur carte de producteur. Et cette carte leur permet de les relier directement à leurs plantations. Ils sont géo-localisés, tous leurs mouvements se passent sur la puce qu’ils ont sur leurs cartes de producteurs. 

Panel transcrit par

Joseph Kouakou à Yamoussoukro

lemandatexpess.net

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