Lemandatexpress – À quelques jours de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Türkiye, la Côte d’Ivoire entend défendre ses priorités climatiques et obtenir des financements pour concrétiser ses projets. Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a présenté les grandes orientations de la participation ivoirienne, lundi 2 novembre, à l’auditorium de la Primature, lors de la cérémonie d’avant-départ de la délégation nationale.
La Côte d’Ivoire veut faire de sa participation à la 31e Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP31) un rendez-vous d’action et de résultats. À l’auditorium de la Primature, le lundi 2 novembre 2026, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a décliné les ambitions du pays pour cette rencontre internationale, qui se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Türkiye. La délégation ivoirienne sera conduite par le vice-président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, représentant le chef de l’État, Alassane Ouattara.

Au cœur de cette participation figure le lancement du Pacte africain sur le climat et la transition écologique (PACTE), présenté comme l’initiative phare de la diplomatie environnementale ivoirienne à Antalya. Ce mécanisme vise à rapprocher les priorités des territoires des possibilités de financement, en associant les États, les collectivités territoriales, le secteur privé, les institutions de recherche et la société civile.
Pour sa phase pilote, le PACTE ambitionne de mobiliser 443 millions de dollars sur cinq ans dans quatre à sept pays, avec pour objectif qu’au moins 78 % des fonds bénéficient aux communautés. Selon Abou Bamba, cette initiative devra contribuer à la restauration des terres, à la préservation des forêts, à la résilience rurale, à la sécurité alimentaire, au développement des énergies propres et à la protection des écosystèmes.
Le ministre a insisté sur la nécessité de faire converger les positions africaines afin de renforcer la capacité du continent à obtenir des réponses adaptées à ses priorités. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des initiatives portées par la Côte d’Ivoire lors des précédentes conférences internationales consacrées à la désertification et à la biodiversité.
Le financement climatique au cœur des attentes
Au-delà du lancement du PACTE, Abou Bamba a rappelé que la participation ivoirienne devait être étroitement articulée au Plan national de développement (PND) 2026-2030 et à la Contribution déterminée au niveau national de troisième génération (CDN 3.0). Cette dernière prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 33,07 % à l’horizon 2035 par rapport au scénario de référence, un objectif susceptible d’atteindre 74,29 % avec un soutien international renforcé.

La stratégie climatique nationale vise également à porter la part des énergies renouvelables à 46,3 % du mix électrique d’ici 2035, à favoriser l’adoption de pratiques climato-intelligentes par 80 % des exploitants agricoles vulnérables et à placer 80 % de la superficie forestière nationale sous gestion durable.
Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement entend plaider en faveur d’un financement climatique plus accessible et prévisible, notamment à travers des dons et des ressources concessionnelles destinés à l’adaptation. L’accès aux ressources du Fonds pour les pertes et préjudices, la reconnaissance des efforts de préservation des forêts et la promotion d’une transition écologique créatrice d’emplois figurent également parmi les priorités annoncées.
La diplomatie ivoirienne entend, par ailleurs, multiplier les rencontres bilatérales, les échanges avec les institutions financières et les rendez-vous d’affaires entre porteurs de projets et investisseurs. Le pavillon ivoirien de 100 m² servira notamment de cadre à la présentation du plan d’investissement de la CDN 3.0, de projets prioritaires, dont la centrale à biomasse d’Ayébo, ainsi que des perspectives d’émission d’obligations vertes avec Poro Power.
Des discussions sont également prévues pour faire avancer plusieurs dossiers de coopération, notamment avec la Suède sur les marchés du carbone, la Guinée sur les évaluations environnementales et la Banque ouest-africaine de développement autour du mécanisme d’adaptation local.
Plus de 59 milliards de dollars à mobiliser
Représentant la représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Côte d’Ivoire, le représentant résident adjoint a souligné l’importance du plan d’investissement associé à la CDN 3.0. Celui-ci prévoit la mobilisation de plus de 59 milliards de dollars d’ici 2035, dont 80 % dépendraient de financements extérieurs.
Le plan repose sur un travail national ayant permis d’identifier plus de 500 projets et de consulter environ 130 institutions nationales. Toutefois, le défi reste celui de leur maturation. Plus de la moitié des projets du portefeuille se trouveraient encore au stade d’idée ou de note conceptuelle.

Pour répondre à cette difficulté, le gouvernement prévoit le lancement, le 12 novembre à Antalya, d’une facilité de préparation de projets portée par le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD). Ce dispositif doit contribuer au financement des études de faisabilité nécessaires pour transformer les idées en projets susceptibles d’attirer les bailleurs et les investisseurs. Le plan d’investissement de la CDN 3.0 doit, quant à lui, être officiellement présenté le 14 novembre au pavillon ivoirien.
Le représentant du PNUD a réaffirmé l’engagement des partenaires techniques et financiers à accompagner la délégation ivoirienne dans les négociations, la mobilisation de capitaux publics et privés ainsi que le suivi des engagements après la conférence. Il a également rappelé que la réussite de cette stratégie dépendrait de l’implication des collectivités territoriales, du secteur privé et de la société civile.
La Türkiye réaffirme son engagement climatique
Prenant la parole avant le ministre, l’ambassadrice de la Türkiye en Côte d’Ivoire, Deniz Erdogan, a souligné la solidité des relations entre les deux pays, fondées sur le dialogue, l’entente et le partage. Elle a salué le partenariat avec la Côte d’Ivoire, qu’elle considère comme un acteur incontournable dans la région, et évoqué les possibilités de coopération dans les domaines de l’environnement et de l’économie.
La diplomate a rappelé que la Türkiye, chargée de la présidence de la COP31, entend faire de cette rencontre une étape décisive dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Elle a insisté sur la nécessité de transformer les ambitions climatiques en résultats tangibles, tout en tenant compte des réalités nationales et des capacités propres à chaque pays.

La présidence turque travaille en collaboration avec l’Australie, qui assure la conduite des négociations. Parmi les priorités mises en avant figurent la transition énergétique, l’électrification, la réduction des déchets, les villes résilientes, l’industrialisation verte, la jeunesse, l’éducation, la sécurité alimentaire, la protection des océans et le renforcement des systèmes de santé face aux effets du changement climatique.
Une délégation appelée à des résultats concrets
Pour Abou Bamba, la réussite de la mission ivoirienne à Antalya se mesurera à la capacité de la délégation à obtenir des avancées vérifiables. Il a ainsi recommandé à ses membres de défendre une position nationale cohérente, de présenter des projets suffisamment mûrs, de rechercher des engagements précis et de communiquer uniquement sur des données validées.
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’organiser le suivi des résultats après la conférence, avec un rapport consolidé dans les quinze jours suivant sa clôture, une restitution nationale et un suivi des engagements à 30, 60 et 90 jours.
La cérémonie a enregistré la participation de plusieurs organisations, notamment la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) et l’Assemblée des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI), ainsi que d’autres acteurs institutionnels, économiques et de la société civile.
Elle a également été marquée par la distinction d’entreprises et d’acteurs engagés dans la protection de l’environnement, à travers la remise de prix récompensant leurs initiatives écocitoyennes.
À travers cette mobilisation, la Côte d’Ivoire entend faire de la COP31 une occasion de renforcer sa coopération internationale, d’accélérer le financement de sa transition écologique et de porter une ambition africaine fondée sur des projets concrets et des résultats au bénéfice des populations.
Abran Saliho



