À quand de véritables échanges d’égal à égal entre l’Afrique et le reste du monde ? Pourquoi faut-il qu’un sommet réunisse les pays du continent face à un seul régime occidental, asiatique ou oriental ? C’est tout un symbole de ce grand écart, qu’il convient pourtant de réduire.
L’Afrique au rendez-vous du donner et du recevoir : c’est presque un truisme désormais. Dans le concert des nations, le continent essaie tant bien que mal de prendre toute sa place. Rares sont les sommets mondiaux qui se tiennent sans que les États africains y soient associés. Il existe même des tribunes dédiées au continent dans ses rapports avec certains pays, aux dénominations sans équivoque : Japon-Afrique, France-Afrique, Russie-Afrique ou encore Chine-Afrique. Et c’est là que le bât blesse. Car, vous l’aurez remarqué, c’est l’Afrique dans sa globalité, prise comme une seule entité, qui dialogue avec un seul État. Pourtant, les États-Unis d’Afrique prônés, il y a bien des années, par Kwame Nkrumah restent une vue de l’esprit.
Le 3e sommet Russie-Afrique, tenu les 28 et 29 octobre à Moscou, révèle cette triste réalité. En face de Vladimir Poutine et de son régime, on comptait au moins une quarantaine de représentants de nations issues du continent noir. Une équation totalement déséquilibrée, qui traduit le retard que le continent « berceau de l’humanité » accuse encore dans la géopolitique mondiale. À l’analyse, pris individuellement, les États africains pèsent si peu qu’ils doivent se fédérer pour dialoguer avec la Russie, le Japon, la France, etc. Le contraire est, pour l’heure, impensable. Personne n’ose imaginer un sommet Mali-Europe ou un sommet Cameroun-Asie.
Dans un contexte marqué par l’affirmation péremptoire de la souveraineté nationale dans certaines régions d’Afrique, ces tribunes taillées sur mesure rappellent la réalité des faits : la route qui mène au développement est encore longue. C’est peut-être caricatural. Mais tant qu’il y aura une Afrique multiple, aux intérêts particuliers et divergents, mise en balance avec un seul État européen, américain ou asiatique, cela signifiera, ni plus ni moins, que ses pays accusent encore un vrai retard de positionnement sur l’échiquier international.
Il faut inverser la tendance. Car les pays africains, à moins de continuer à se victimiser et de se fermer au souffle de l’innovation, ont tout le potentiel pour rivaliser avec leurs homologues des autres continents. Le Japon, la Corée du Sud et la Chine sont des exemples d’un essor économique bâti avec abnégation, au prix d’un capital humain placé au centre des priorités. Depuis des décennies, l’Afrique est présentée comme le continent du XXIe siècle. Dotée d’un sous-sol riche, elle est aussi un géant démographique : certaines projections tablent sur 2,5 milliards d’habitants en 2050 et 4,4 milliards en 2100, soit 40 % de la population mondiale. Encore faut-il savoir capitaliser sur ces atouts pour sortir de la sempiternelle dépendance, qui ne fait honneur ni au continent ni à chacun de ses pays.
M. Galé


