Côte d’Ivoire : AfricaRice affine sa stratégie pour imposer le riz local


lemandatexpress – Le riz africain, calibré pour les marchés locaux, joue désormais sa survie sur le terrain de la transformation et de la commercialisation. Réunis à Abidjan du 4 au 6 novembre 2026 dans le cadre de la 34e session ordinaire du Conseil des ministres du Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice), les délégués de 28 pays membres planchent sur la souveraineté alimentaire du continent, en s’appuyant sur la recherche scientifique pour moderniser l’ensemble de la filière.

L’urgence des réformes s’impose dès l’ouverture des travaux. Représentant le Premier ministre Robert Beugré Mambé, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le professeur Adama Diawara, a d’emblée recadré les priorités en soulignant qu’il ne suffit plus de maximiser les volumes récoltés. « Une chose est de produire du riz, même beaucoup de riz, mais une autre est de pouvoir vendre ce riz », a-t-il souligné. Selon l’émissaire du gouvernement, la réponse réside dans la diffusion de semences à haut rendement, capables de résister au dérèglement climatique ainsi qu’aux maladies, tout en répondant précisément aux exigences gustatives des consommateurs.

Cette ambition implique une synergie étroite entre AfricaRice, les universités, le Centre national de recherche agronomique et l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny afin d’aligner la recherche sur la réalité des marchés. La situation nationale illustre la sévérité du défi. Le ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini-Komoé, a rappelé les obstacles majeurs qui freinent l’essor agricole, allant de la pénurie d’intrants certifiés au manque d’aménagements hydroagricoles et de mécanisation.

La Côte d’Ivoire ne produit aujourd’hui que 47 % de sa consommation nationale, laissant plus de la moitié du marché aux importations étrangères. Face à ces vulnérabilités, l’organisation régionale entend consolider sa trajectoire institutionnelle et financière. Le directeur général d’AfricaRice, Babacar Mané, a rappelé la mission fondamentale de l’organisme international. « Notre objectif est d’accompagner les pays africains pour atteindre l’autosuffisance en riz », a-t-il indiqué. Il a par ailleurs précisé que l’assemblée étudierait l’adhésion du Soudan, ce qui porterait à 29 le nombre d’États engagés.

Cette dynamique s’appuie sur des voyants financiers au vert, le président du Conseil d’administration, Emmanuel Sackey, ayant salué un budget record dépassant les 35 millions de dollars destiné à financer le plan stratégique 2027-2035, tout en exhortant les pays membres à solder leurs cotisations.

L’invitation accordée au Zimbabwe met en lumière l’ampleur du marché à conquérir à l’échelle continentale. Le ministre zimbabwéen des Terres et du Développement rural, Vangelis Peter Haritatos, a dressé un constat sans détour sur la dépendance de son pays, où la production locale plafonne à 2 900 tonnes pour une consommation annuelle de 300 000 tonnes.

Pour l’émissaire zimbabwéen, ce déséquilibre flagrant démontre la nécessité vitale de structurer d’urgence des chaînes de valeur régionales intégrées. Les propositions attendues à l’issue de cette session d’Abidjan devront tracer la voie vers un riz africain accessible, rentable et compétitif sur ses propres terres.

Zéphirin Gohia

lemandatexpress.net

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