lemandatexpress – À l’occasion de la Journée mondiale « Une Seule Santé », célébrée le 3 novembre 2026, la Côte d’Ivoire a réaffirmé sa volonté de décloisonner la gestion des risques sanitaires. Lors d’une conférence de presse tenue au siège de la Plateforme nationale « Une Seule Santé » (PLUSS-CI) à Cocody 2-Plateaux Duncan, la coordinatrice nationale, Dr Djénéba Ouattara, a présenté le bilan et les perspectives d’un concept désormais central dans les politiques publiques : la santé des hommes ne peut être séparée de celle des animaux et de la préservation de l’environnement.
Pour la responsable, l’interdépendance des écosystèmes impose une réponse unifiée face aux épidémies comme la rage, la grippe aviaire, la fièvre de Lassa ou Ebola. « La santé des hommes, la santé des animaux et la santé de notre environnement, c’est une seule et même santé. Tout est lié », a soutenu Dr Djénéba Ouattara, en rappelant que la dégradation des milieux naturels et la circulation des virus entre les espèces accentuent la vulnérabilité globale.
Créée par décret le 3 avril 2019 et consolidée par un nouveau texte fin 2020, la PLUSS-CI agit sous l’autorité directe du Premier ministre. En réunissant les ministères de la Santé, des Ressources animales, de l’Agriculture et de l’Environnement, cette structure vise à fluidifier la surveillance épidémiologique et le partage d’informations d’urgence. Dr Ouattara insiste toutefois sur la vocation collaborative de l’organe. « La Plateforme ne remplace aucun ministère. Chaque secteur garde ses responsabilités. Son rôle, c’est d’aider tout le monde à travailler ensemble, de façon plus rapide, plus cohérente et plus efficace », a-t-elle déclaré.
Depuis sa création, la dynamique a permis de franchir plusieurs étapes décisives, notamment avec le lancement du Plan d’action national pour la sécurité sanitaire 2024-2028 et la conduite d’exercices de simulation intersectoriels. Évalué fin 2023 sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, le dispositif ivoirien a connu une accélération de ses activités courant 2026, marquée par la réactivation des groupes de travail sur l’anti-biorésistance et les laboratoires, la publication mensuelle d’un bulletin de veille, ainsi que la création d’un espace numérique dédié à la recherche locale.
Sur le terrain, cette coordination multisectorielle s’est illustrée lors de la riposte à la fièvre jaune déclarée le 31 juillet 2026 dans le Bounkani, particulièrement à Doropo et Téhini. La synergie d’action a également fait ses preuves lors des inondations d’Aboisso causées par la crue du fleuve Bia en juillet, ou encore lors des épisodes de mortalité de poissons enregistrés dans la lagune Ébrié à Songon en juin, où les équipes ont conjugué assainissement, analyses biologiques et sensibilisation des populations.
Le dispositif fait néanmoins face à des défis persistants, au premier rang desquels figurent la recherche de financements pérennes, le renforcement des capacités des laboratoires, la fluidité des transferts de données administratives et le déploiement effectif des antennes départementales. À ces enjeux techniques s’ajoute la nécessité de convaincre l’opinion publique, comme en témoigne la persistance d’un faible taux de vaccination canine contre la rage. « Nous devons continuer à expliquer, à écouter et à convaincre », a fait savoir la coordinatrice.
Pour consolider ces acquis, la PLUSS-CI mise sur la concrétisation de son plan 2024-2028 et sur le projet de création d’un centre de formation spécialisé « Une Seule Santé ». Au-delà de l’appareil institutionnel, la réussite de ce bouclier sanitaire reposera sur la responsabilisation de chaque citoyen.
Dr Djénéba Ouattara résume cette philosophie d’un mot d’ordre : « Quand je protège mon environnement et mes animaux, je protège ma famille ». Un engagement quotidien qui transfère le combat pour la sécurité sanitaire des hôpitaux vers les foyers, les champs et les quartiers.
W. DeBongo
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