
Le Djidji Ayôkwè, tambour sacré du peuple Tchaman, bientôt de retour en Côte d’Ivoire après un siècle d’exil
Confisqué en 1916 par l’administration coloniale française, le Djidji Ayôkwè – tambour sacré et symbole identitaire du peuple Tchaman – va bientôt regagner sa terre d’origine. Le Parlement français a adopté à l’unanimité, le 8 juillet 2025, une loi autorisant sa restitution à la Côte d’Ivoire. Ce retour historique marque un tournant dans les relations culturelles entre les deux pays.

C’est une page de l’histoire ivoirienne qui s’apprête à être réécrite. Le Djidji Ayôkwè, tambour parleur sacré du peuple Tchaman, arraché à son territoire par les autorités coloniales françaises en 1916, va retrouver son foyer. Le 8 juillet 2025, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité une loi autorisant sa restitution à l’État ivoirien. Ce vote fait suite à l’approbation du Sénat français en avril dernier, concrétisant ainsi une volonté politique commune des deux pays dans le cadre d’un processus de réparation symbolique.
Utilisé dans les grandes cérémonies rituelles comme outil de communication traditionnelle et porteur d’une mémoire ancestrale, le Djidji Ayôkwè fut expédié en France en 1929. Il fut successivement exposé au musée du Trocadéro, avant de rejoindre les collections du musée du quai Branly – Jacques Chirac, où il était conservé jusqu’à ce jour.

Sa restitution ne relève pas du hasard. Elle est le fruit d’un long travail diplomatique et culturel mené par les autorités ivoiriennes, avec à leur tête le Président Alassane Ouattara. Dès 2019, ce dernier avait exprimé sa volonté de voir ce précieux symbole culturel regagner la Côte d’Ivoire. Des échanges ont alors été engagés avec son homologue français, Emmanuel Macron, qui s’était lui-même engagé en faveur du retour de biens culturels africains.
Ce processus a été conduit avec rigueur et détermination par la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Madame Françoise Remarck. C’est sous sa houlette qu’une cérémonie rituelle de désacralisation du tambour a été organisée à Paris en 2022, étape incontournable avant son transfert. En novembre 2024, une rencontre avec la ministre française de la Culture, Rachida Dati, a permis la signature d’une convention de dépôt, posant ainsi les bases juridiques de la restitution.
Au-delà de l’action du gouvernement, plusieurs personnalités ivoiriennes se sont illustrées dans cette mobilisation. Le président de l’Assemblée nationale, Adama Bictogo, a notamment plaidé la cause du retour du tambour auprès de ses homologues parlementaires français. Son implication active a largement contribué à l’adoption du texte de loi par les deux chambres du Parlement français. Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adom Kacou Léon, a également mené des démarches diplomatiques soutenues auprès du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

La restitution prochaine du Djidji Ayôkwè va bien au-delà d’un simple acte administratif ou patrimonial. Il s’agit d’une reconnaissance historique, d’une réparation culturelle et symbolique qui s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation de la mémoire africaine spoliée pendant la période coloniale. Pour le peuple Tchaman, ce retour est porteur d’émotion, de dignité retrouvée et de continuité spirituelle.
Avec ce geste fort, la France et la Côte d’Ivoire réaffirment leur engagement en faveur d’une coopération culturelle apaisée, fondée sur le respect mutuel, la restitution des mémoires et la valorisation du patrimoine africain.
HG







