
Révocation de Don Mello : quand Laurent Gbagbo, le « démocrate », donne l’image d’un partisan de la pensée unique
Lemandatexpress – Alors qu’il se revendique comme un démocrate accompli, Laurent Gbagbo ne semble plus tolérer la moindre pluralité d’opinions au sein de sa formation politique. Toute proposition contraire à sa ligne est désormais suivie de sanctions.
Depuis quelques semaines, les sanctions pleuvent contre les cadres qui osent défendre, même en interne, une option différente de celle qui consiste à s’accrocher à sa candidature – pourtant juridiquement compromise.
Ainsi, Ahilé Fernand et Dapa Donatien, deux figures favorables à la démarche d’Ahoua Don Mello, qui propose un plan de précaution en vue de la présidentielle (Gbagbo étant frappé d’inéligibilité), ont été récemment démis de leurs fonctions.
Hier jeudi 31 juillet, c’est Ahoua Don Mello lui-même, vice-président exécutif chargé des Lacs et de la Promotion du panafricanisme, qui a été écarté avec fracas, à la suite de sa déclaration officielle de candidature.
Cette éviction n’a rien de surprenant au regard de la réaction immédiate du PPA-CI à l’annonce de la candidature de celui que les médias surnomment « Monsieur BRICS ». Dans un communiqué signé par le président exécutif Sébastien Dano Djédjé, le parti de Gbagbo a pris ses distances avec l’initiative, rappelant son attachement à la ligne politique du parti et à son combat pour une « Côte d’Ivoire souveraine, unie, réconciliée et démocratique ». La candidature de Don Mello y est qualifiée d’initiative strictement personnelle.
Et pourtant, lors de sa conférence de presse, l’ancien directeur général du BNETD a fait preuve de lucidité et de pragmatisme, en soulignant la nécessité, pour le PPA-CI et l’opposition, d’apprécier objectivement les réalités du moment. Une posture visant à éviter une politique de la chaise vide ou un boycott, comme ce fut le cas dans le passé.
Espérant un écho favorable à ses propositions, Don Mello avait même salué avec insistance le parcours militant de Laurent Gbagbo, qu’il considère comme le plus emblématique leader de la gauche ivoirienne.
Mais cette ouverture d’esprit, doublée d’une marque de respect évidente, n’a pas suffi à apaiser ce que certains qualifient de narcissisme exacerbé chez le « Woody de Mama ». À croire qu’au PPA-CI, tout gravite désormais autour d’un seul homme. Un culte de la personnalité qui frise le nombrilisme.
Ce constat est d’autant plus préoccupant que Laurent Gbagbo n’a eu de cesse de clamer son attachement indéfectible à la démocratie. Un engagement qu’il considère comme non négociable, mais qui semble s’éroder face à son acharnement contre les partisans d’un débat interne.
Gbagbo offre aujourd’hui l’image d’un démocrate converti à la pensée unique. Le père du fameux slogan « Asseyons-nous et discutons » ne semble plus ni écouter ni dialoguer. S’il dit aspirer à la réhabilitation de ses droits civils, il ne s’est pourtant jamais engagé pour une transition politique plus inclusive – ce qu’il reproche pourtant au président en exercice.
Récemment, à Mama, son village natal, il affirmait avec insistance être le plan A, B, C et même Z du PPA-CI pour la présidentielle d’octobre. Une posture confortée par une base militante passionnée, plus portée sur l’idolâtrie de modèles surannés que sur l’analyse froide des réalités actuelles : les fameux « Gbagbo ou rien » (GOR).
Quoi qu’il en soit, sanction ou non, Ahoua Don Mello ne semble pas prêt à baisser les bras. L’ingénieur, fort d’un long parcours politique, reste droit dans ses bottes.
« Je me sens déjà bien dans ce que je fais à l’international, relativement à la souveraineté… Je me présente parce qu’ils n’ont pas accepté mes propositions… Je suis un homme, je sais dire non quand il le faut… Gbagbo est pris en otage », a-t-il déclaré sur Life TV.
Un nouveau chapitre s’ouvre ainsi pour celui qui, jadis, avait lancé le courant Renaissance au sein du FPI. Cette fois, ce sera en dehors de la tutelle de Laurent Gbagbo, aujourd’hui moins disposé à tolérer le moindre débat contradictoire – pourtant fondement même de toute démocratie véritable.
M. Galé







