
Politique : Pourquoi Assalé Tiémoko jette l’éponge à Tiassalé.
En annonçant son retrait de la course municipale de 2028 à Tiassalé, le député-maire Assalé Tiémoko tente d’imposer le récit d’un départ volontaire et par le haut. Pourtant, l’analyse des chiffres et de la dynamique locale suggère une réalité plus nuancée : celle d’un homme politique face à l’érosion de son bastion.
Le discours politique a beau être habile, il se heurte souvent à la froideur des statistiques. Si Assalé Tiémoko affiche une sérénité de façade, les derniers scrutins législatifs racontent une autre histoire. Dans la commune de Tiassalé, cœur de son pouvoir, le rapport de force a basculé au profit du RHDP.
Sur les 9 618 votants de la commune (pour plus de 21 000 inscrits),
Alpha Sanogo a récolté 5 874 voix (52,42%) contre seulement 3 427 pour le maire sortant. Un écart de 2 447 voix qui témoigne d’un essoufflement électoral. Cette percée du pouvoir en place s’explique notamment par une présence sociale constante et des investissements de proximité qui ont fini par déplacer les lignes de fracture.
En politique, on ne quitte rarement une place forte que l’on domine encore. En affirmant que le RHDP ne peut le battre « sans fraude », Assalé Tiémoko active un levier classique, celle de la victimisation préventive. Ce dispositif discursif permet de transformer une éventuelle défaite électorale en une défaite morale du système.
Ainsi, en annonçant son départ trois ans à l’avance, il transforme ce qui ressemble à une contrainte de terrain en un choix souverain.
L’autre pilier du récit « Assaléiste » repose sur les transformations de la ville. S’il s’en attribue la paternité exclusive, la réalité du développement local est plus complexe. Infrastructures routières, investissements publics et dynamiques économiques s’inscrivent dans un cadre national. Revendiquer ces avancées comme des prouesses purement individuelles occulte les leviers étatiques qui structurent la croissance de tout territoire.
Le déplacement annoncé vers la capitale économique n’est pas un simple changement de circonscription. C’est une mutation profonde de sa stratégie.
À Tiassalé, il affrontait une réalité de terrain, concrète et mesurable.
À Abidjan, il s’aventure sur un terrain plus médiatique, mais aussi plus fragmenté et hautement concurrentiel.
Si ce choix permet de transformer une influence locale en capital politique national, il comporte un risque majeur : celui de perdre en ancrage ce que l’on gagne en visibilité. Abidjan n’est pas un sanctuaire. C’est une arène où les machines électorales (les partis) et la crédibilité des solutions l’emportent souvent sur le seul charisme médiatique.
En quittant Tiassalé, Assalé Tiémoko prend acte que les conditions de son succès passé ne sont plus réunies. Le registre de l’opposition permanente et de la contestation institutionnelle s’épuise lorsqu’il ne débouche plus sur des victoires électorales nettes.
Désormais, c’est face à l’électorat exigeant d’Abidjan qu’il devra prouver que son projet dépasse le stade du récit personnel pour devenir une alternative politique solide. Car, au bout du compte, ce n’est pas le récit qui fait l’élu, mais la capacité à convaincre durablement les populations.
KLD







