
Politique: À quatre ans de 2030, la gauche ivoirienne toujours en ordre dispersé
Lemandatexpress – Réélu à la tête du PPA-CI lors du premier congrès de son parti, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo demeure une figure incontournable de la gauche ivoirienne. Cependant, à quatre ans de l’élection présidentielle de 2030, les divisions entre les principales figures de ce courant politique apparaissent plus profondes que jamais.
Lors de son intervention du 16 mai dernier, Laurent Gbagbo a laissé entendre qu’il préparait progressivement sa succession. « Je vais déléguer le pouvoir pour que le parti puisse continuer à fonctionner. Au bout de quelques années, on va voir si les choses marchent bien », a-t-il déclaré devant les militants du PPA-CI.
Malgré la présence de plusieurs partis d’opposition invités à cette rencontre, notamment le FPI de Pascal Affi N’Guessan et le MGC de Simone Ehivet Gbagbo, les tensions demeurent vives entre les différentes composantes de la gauche.
Les récents rapprochements de Simone Gbagbo avec le pouvoir, notamment sa participation à des activités aux côtés de la Première dame Dominique Ouattara, ont alimenté les spéculations sur une possible évolution de ses alliances politiques. Une situation qui confirme la rupture politique avec son ex-époux Laurent Gbagbo.
Selon Pascal Affi N’Guessan, l’ancien Front populaire ivoirien s’est aujourd’hui fragmenté en plusieurs blocs distincts. Dans cette perspective, l’ancien Premier ministre tente de relancer la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), qu’il considère comme un instrument de préparation des prochaines échéances électorales.
« On prépare l’après-2025, pour ne pas dire l’avant 2030 », explique-t-il.
Pour le président du FPI, seule une opposition unie pourra espérer rivaliser avec le RHDP, qui a renforcé son emprise sur la scène politique après ses succès électoraux récents.
De son côté, Charles Blé Goudé plaide également pour un rapprochement des forces progressistes. « Je rêve d’une union de gauche qui dépasse les querelles », indique-t-il. Pour lui, « 2025, c’est l’échec d’une gauche incapable de se réinventer et de réunir ses forces. »
Toutefois, les divergences stratégiques restent nombreuses. Alors que certains privilégient la reconstruction de leurs formations politiques avant toute alliance, d’autres travaillent déjà à la mise en place de nouvelles coalitions. Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé multiplient ainsi les discussions avec plusieurs acteurs de l’opposition, dont Ahoua Don Mello et Mamadou Koulibaly.
Dans les différents camps, les critiques se multiplient. Un responsable du MGC estime ainsi qu’« Affi N’Guessan fait partie de ceux qui ont trahi la CAP-CI en croyant à la bagarre de Gbagbo » et qu’« Il essaie d’exister politiquement car son parti est mort ! ».
À l’inverse, certains cadres du PPA-CI accusent Simone Gbagbo et Ahoua Don Mello de se rapprocher du pouvoir. « Simone Gbagbo et Ahoua Don Mello ne sont plus à gauche, mais avec le RHDP », affirme l’un d’eux.
Malgré ces antagonismes, plusieurs responsables reconnaissent qu’une union de l’opposition sera nécessaire pour espérer concurrencer le parti présidentiel lors de la prochaine présidentielle. « On est condamnés à espérer que tous reviennent. Le RHDP a étendu son influence partout, quel parti peut espérer aujourd’hui évoluer tout seul ? », souligne Pascal Affi N’Guessan.
Pour de nombreux observateurs, Laurent Gbagbo reste aujourd’hui le seul dirigeant capable de rassembler les différentes sensibilités de la gauche ivoirienne. « Avant qu’il envisage de quitter la scène politique, lui qui est au-dessus des clans, doit regrouper la gauche pour pérenniser sa vision », juge Charles Blé Goudé.
À l’approche de 2030, l’avenir de la gauche ivoirienne dépendra donc largement de sa capacité à dépasser ses rivalités internes et à construire une alternative crédible face à un RHDP solidement installé au pouvoir.
Source : Jeune Afrique.







