
Politique : Après sa libération, Ibrahim Zigui règle ses comptes avec le PPA-CI
Lemandatexpress – Remis en liberté provisoire le 6 juillet, le cyberactiviste Ibrahim Zigui prend ses distances avec le PPA-CI. Dans une sortie remarquée, il dénonce les critiques visant son avocat, affirme avoir été manipulé et lance : « Les gens parlent, mais ils ne savent pas. »
Il s’offusque. Le 6 juillet, Ibrahim Zigui a été remis en liberté provisoire, sur décision de la Cour d’appel d’Abidjan. L’annonce avait été faite par son avocat, Me Ange Rodrigue Dadjé, qui, dans la foulée, a remercié les autorités ivoiriennes et la justice pour leur « clémence ». Il avait été condamné en mai à cinq ans de prison ferme pour « provocation à l’insurrection » et « troubles à l’ordre public », ainsi qu’à une amende de 20 millions de F CFA.
Cet élargissement n’a pas fait que des heureux. De fait, au sein du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), dont est proche le cyberactiviste, des voix soupçonnent un deal opéré par son conseil. Des proches de Laurent Gbagbo soutiennent à demi-mot que Me Rodrigue Dadjé se serait aplati devant les autorités pour obtenir la mise en liberté de son client.
Riposte de l’avocat sur sa page Facebook, samedi 11 juillet :
« Je suis un ancien prisonnier politique. J’ai fait la prison en isolement à la DST puis à la MACA. Je connais le poids de la prison sur les détenus et leurs familles. Les bavardages des experts en droit sur les réseaux sociaux me font ni chaud ni froid. Moi, s’il faut me coucher pour aider à faire sortir un détenu et le ramener près de sa famille, je le ferai tant que je ne viole pas la loi et la déontologie de ma profession d’avocat. »
Dans la foulée, Zigui Ibrahim a volé au secours de son avocat, prenant le contre-pied des pro-Gbagbo qui vouent celui-ci aux gémonies.
« Maître, franchement merci beaucoup. Ceux qui étaient auprès de l’affaire savent qu’on nous a fatigués. Les gens parlent, mais ils ne savent pas. Me, il ne faut pas les écouter, je te demande pardon », a situé le jeune cyberactiviste, tout hilare, avant des embrassades complices.

Zigui clame ainsi son ras-le-bol contre le PPA-CI qui a fait de son incarcération un fonds de commerce politique. De toute évidence, il entend prendre désormais ses distances avec ceux qui, estime-t-il, l’ont manipulé.
«On t’avait prévenu …»
Fin août 2025, le jeune homme avait appelé les Ivoiriens à sortir vêtus du maillot de l’équipe nationale pour se rassembler dans les lieux publics le 8 septembre, date de la publication par le Conseil constitutionnel de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle d’octobre. Une liste dont on savait déjà qu’elle n’inclurait ni l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo ni le président du PDCI, Tidjane Thiam, tous deux radiés des registres électoraux.
Il a été interpellé, placé sous mandat de dépôt avant d’être jugé et condamné. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Parents et amis ont notamment fustigé l’appel à la libération du cyberactiviste lancé par Laurent Gbagbo à Songon, le 16 mai dernier.
La posture de l’ancien président avait fait sortir de leur réserve d’autres influenceurs proches de Zigui et du PPA-CI, notamment Dimitri, Benito et plusieurs personnes de son entourage.
« On t’avait prévenu de faire attention à tes sorties, à tes dires, à tes vidéos et publications. On avait dit que quand ça allait se gâter pour toi, ni Gbagbo, ni Nady Bamba ne pourraient rien faire pour toi. Mais tu avais cru que ton “derrière” était trop soudé. Aujourd’hui, te voilà seul face à ton destin », ont-ils lancé.
Ils poursuivent :
« Où sont passés ceux qui t’encourageaient, tes followers qui partageaient et commentaient tes vidéos ? Où sont passées tes vieilles mères ? En gros, tu as été le poulet de sacrifice du PPA-CI et des pro-Gbagbo, parce que Laurent Gbagbo ne connaît que ça : sacrifier les enfants d’autrui pour son pouvoir. Depuis 1990, il manipule et endoctrine les esprits faibles pour ses intérêts égoïstes. »
Ils estiment également que « dans l’affaire Zigui, il y a eu beaucoup de manipulations ».
Un autre cyberactiviste proche du dossier a déclaré :
« Je suis choqué, parce qu’on était en train de mettre tout en œuvre pour que notre camarade puisse sortir avec sursis. L’approche que nous avons n’est pas la même concernant les partis politiques, surtout le PPA-CI. »
Selon lui, la condamnation à cinq ans de prison répondait aux exigences formulées à Songon.
« Le pouvoir d’en face est fort, il faut alors procéder par des négociations pour obtenir la libération des gens. Quand ton adversaire est fort, il faut apprendre à négocier ; la négociation n’est pas humiliante. »
Source : Le Matin
NB: Le titre et le chapeau sont de la rédaction Lemandatexpress






