
PDCI-RDA: le Réseau d’entraide des militants met Tidjane Thiam sous pression
La création du Réseau d’entraide des militants du PDCI-RDA (REM-PDCI-RDA), portée par l’investiture de Kouakou Marchal Balou à Yamoussoukro, dépasse le simple lancement d’un mouvement de soutien. Elle met en lumière les profondes fractures qui traversent aujourd’hui le plus vieux parti politique de Côte d’Ivoire, avec en filigrane, une crise de confiance grandissante autour de Tidjane Thiam.
Officiellement, le REM se présente comme une structure dédiée à la solidarité entre militants. Mais le discours prononcé par le président élu a rapidement dépassé le cadre social pour dresser un constat sévère de l’état du PDCI-RDA. Élu à l’unanimité par les 700 délégués présents lors de l’Assemblée générale constitutive du 10 juillet à Yamoussoukro, Marchal Ballou, membre du Bureau politique, n’a pas remis en cause la légitimité du président du parti.
En revanche, il a ouvertement pointé les conséquences de son absence prolongée, estimant que celle-ci pèse désormais sur le fonctionnement de l’organisation. « Une grande formation politique ne peut rester paralysée par les circonstances », a-t-il déclaré, dans une allusion à peine voilée à Tidjane Thiam, absent de Côte d’Ivoire depuis la fin du mois de mars 2025. Le président du REM n’a, d’ailleurs, pas manqué de souligner que l’absence prolongé du président « a freiné le fonctionnement du PDCI-RDA ».
Une direction jugée éloignée de la base
Au-delà de la question de l’absence physique de Tidjane Thiam, c’est le mode de gouvernance du PDCI qui est désormais ouvertement interrogé à l’aune de ce réseau naissant. Dans son intervention, Marchal Balou décrit un parti où les militants de base, les secrétaires de section, les délégués, les jeunes, les femmes et même certains cadres ne se sentent plus suffisamment associés aux grandes décisions. Selon lui, la parole militante s’est progressivement effacée au profit d’une gouvernance centralisée, créant un sentiment de frustration dans plusieurs fédérations.
Son diagnostic est particulièrement sévère lorsqu’il évoque des militants devenus « des soldats sans solde », confrontés à la précarité et au manque de solidarité interne. Ces critiques rejoignent les nombreuses interrogations qui agitent le parti depuis plusieurs mois sur la perte de proximité entre la direction nationale et les structures locales. Pour les promoteurs du REM, cette crise interne ne relève plus seulement de questions organisationnelles. Ils l’associent directement aux difficultés électorales enregistrées par le PDCI-RDA dans plusieurs de ses bastions historiques. Pour preuve, le PDCI perd progressivement du terrain dans le Gbêkê et n’a récolté que 35 députés aux dernières législatives.
Marchal Balou estime que le parti ne pourra retrouver son influence qu’en rétablissant un dialogue permanent avec sa base. Aussi, sans réclamer explicitement une alternance à la tête du parti, son discours laisse apparaître une volonté de voir émerger de nouveaux visages capables de préparer l’avenir. Autrement dit, préparer l’après Thiam.
Crise de confiance
La cérémonie de Yamoussoukro intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs signes de tension interne. Ces derniers mois, le PDCI-RDA a été confronté à une succession de contestations, de départs de responsables, de restructurations et de débats sur sa gouvernance. Valérie Yapo, membre du Bureau politique, a lancé le 04 mai « Héritiers pour la démocratie et la légalité – PDCI-RDA » (HDL – PDCI-RDA). Exigeant le respect des textes, elle a remis en cause l’élection di présidence en exercice.
Par ailleurs, l’absence prolongée de Tidjane Thiam apparaît désormais comme un sujet de plus en plus assumé publiquement. Jusqu’ici évoquée avec prudence dans les cercles internes, elle est désormais présentée comme un facteur ayant ralenti la vie du parti. Le fait que cette critique émane d’un membre du Bureau politique traduit une réalité implacable, celle de l’ouverture de réflexion sur le fonctionnement du PDCI-RDA.
Certes, les initiateurs du Réseau d’entraide des militants prennent soin d’écarter toute volonté de confrontation avec la direction nationale. Ils affirment vouloir renforcer le parti à travers la solidarité, le dialogue et la consultation.
Cependant, en mettant au centre de leur discours les dysfonctionnements internes, le déficit de dialogue et la nécessité de faire émerger de nouveaux leaders, ils installent de fait un nouvel espace de débat au sein du PDCI-RDA. Enfin, même si depuis Paris, le Secrétaire exécutif, Calice Yapo, a présenté le REM comme s’inscrivant dans la politique de rassemblement du parti doyen, il faudra attendre de voir la réalité derrière ce mouvement.
Martial Galé






