Côte d’Ivoire: le PDCI-RDA fragilisé par le “Tout sauf Ouattara”
En perte de vitesse sur l’échiquier politique ivoirien, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) voit son influence électorale s’éroder au fil des scrutins.
Entre son opposition au RHDP, ses alliances politiques et les luttes de positionnement internes, le vieux parti peine désormais à retrouver la puissance parlementaire qui fut la sienne. Les résultats des élections législatives illustrent clairement cette évolution. De 89 députés en 2016, le PDCI-RDA est passé à 66 élus en 2021, avant de tomber à seulement 32 sièges à l’issue du scrutin de décembre 2025. En moins d’une décennie, le parti a ainsi perdu près des deux tiers de sa représentation à l’Assemblée nationale.
De 89 à 32 députés en moins de dix ans
La période 2016-2020 apparaît comme celle de la plus forte implantation parlementaire du PDCI-RDA sous la présidence d’Henri Konan Bédié. Avec 89 députés, le parti disposait alors d’un groupe parlementaire suffisamment important pour peser sur les débats législatifs et conserver une influence notable dans le jeu politique national.
Cette position s’est toutefois progressivement fragilisée. Les législatives de 2021 ont constitué une première alerte avec un recul à 66 sièges, soit une perte de 23 députés par rapport à la précédente législature. Malgré cette baisse, le PDCI-RDA demeurait l’une des principales forces de l’opposition, avec des bastions électoraux dans plusieurs régions du pays.
Le scrutin législatif de décembre 2025 a, en revanche, accentué cette tendance. Avec seulement 32 députés, le parti a perdu plus de la moitié de sa représentation parlementaire en une seule législature. Cette chute traduit une réduction significative de son poids institutionnel face à l’hégémonie du RHDP.
Le symbole est d’autant plus fort que Simon Doho, qui dirigeait le groupe parlementaire du PDCI-RDA, a lui-même été battu dans sa circonscription lors de ces élections. Cette défaite est venue illustrer les difficultés rencontrées par le parti dans plusieurs de ses anciens bastions électoraux.
L’après-Bédié et les tensions de leadership
Le décès d’Henri Konan Bédié, en 2023, a ouvert une nouvelle séquence dans l’histoire du PDCI-RDA. L’élection de Tidjane Thiam à la tête du parti avait suscité l’espoir d’un renouveau et d’une remobilisation de la base militante, mais cette transition s’est déroulée dans un contexte marqué par de fortes tensions internes.
Les contestations autour des investitures, les rivalités de leadership et les difficultés d’organisation ont progressivement fragilisé la cohésion du parti. À cela s’est ajoutée une perception, chez certains militants et cadres, d’une direction insuffisamment présente sur le terrain, alors que la bataille électorale exigeait une forte mobilisation de l’appareil politique.
La dégradation de la situation électorale ne saurait toutefois être attribuée à un seul facteur. Elle résulte également des choix stratégiques opérés par le PDCI-RDA ces dernières années, notamment sa volonté de construire des alliances avec plusieurs formations de l’opposition, dont le PPA-CI. Ces rapprochements n’ont pas toujours produit les résultats escomptés dans les urnes.
Le bras de fer avec le RHDP en question
Au-delà des querelles internes et des alliances, le positionnement du PDCI-RDA face au RHDP constitue l’un des éléments majeurs de son évolution politique récente. Une partie des cadres du parti a privilégié une opposition frontale au parti présidentiel, alors même que les rapports de force électoraux semblaient évoluer en faveur du RHDP.
Cette stratégie a contribué à maintenir une forte polarisation entre les deux formations issues de la tradition houphouëtiste. Mais elle a également réduit les marges de manœuvre du PDCI-RDA dans un environnement politique où les alliances et les recompositions jouent un rôle déterminant dans la conquête du pouvoir.
Le contraste avec la progression du RHDP est désormais manifeste. Alors que le parti présidentiel consolide son implantation nationale autour d’Alassane Ouattara, le PDCI-RDA peine à préserver ses positions historiques. Près de trois décennies après son départ du pouvoir, le vieux parti doit donc faire face à un défi majeur : enrayer l’érosion de son électorat et reconstruire une dynamique susceptible de le replacer au centre du jeu politique.
Pour le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny, l’enjeu dépasse désormais la seule conservation de ses bastions. Il s’agit de repenser sa stratégie, de renforcer son organisation et de restaurer la cohésion interne afin de reconquérir une partie de son influence perdue. À défaut, la baisse continue du nombre de ses élus pourrait durablement modifier son statut dans le paysage politique ivoirien.
Kouassi N’Goran
Source: Le Matin







