Réparation des victimes : la COVICI interpelle le gouvernement sur les lenteurs du processus
Près de dix ans après la remise du rapport de la CONARIV, la Confédération des organisations de victimes des crises ivoiriennes (COVICI) s’inquiète du faible niveau d’exécution du processus de réparation et appelle les autorités à relancer le dialogue institutionnel.
La Confédération des organisations de victimes des crises ivoiriennes (COVICI) est montée au créneau pour dénoncer le ralentissement du processus de réparation des victimes des crises ivoiriennes. Elle s’est exprimée lundi 24 août 2026, lors d’un point de presse organisé à son siège à Cocody. La déclaration a été lue par la vice-présidente Dagnogo Ahoua, en présence du président du conseil d’administration, Seydou Toé.
Pour la COVICI, près de dix ans après la remise du rapport final de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV) au Président de la République, le 19 avril 2016, le bilan demeure largement insuffisant. Ce rapport avait permis de retenir 316 954 demandes de réparation sur 874 056 dossiers étudiés, soit un taux de rejet de 64 %.
Les dossiers validés concernaient principalement la destruction de biens, qui représentait 84,78 % des cas. Les blessures graves comptaient pour 8,45 %, les meurtres et disparitions pour 6 %, tandis que les violences sexuelles et basées sur le genre représentaient 0,77 %.
3500 victimes décédées
Une première phase de compassion, menée entre août 2015 et octobre 2017, avait permis à 4 500 victimes, dont 3 500 familles de personnes décédées et 1 000 blessés, de recevoir un appui financier d’un million de francs CFA. La phase de réparation lancée le 30 octobre 2017 devait ensuite permettre d’assurer la prise en charge médicale et scolaire, de financer des activités génératrices de revenus et de réaliser des réparations communautaires.
Mais selon les données avancées par la COVICI, la mise en œuvre reste très limitée. Sur 19 018 familles éligibles à l’aide destinée aux ayants droit des personnes décédées, seules 4 442 auraient été prises en charge, soit 23,4 %. Pour les blessés graves, 1 905 personnes sur 26 783 éligibles auraient bénéficié d’une prise en charge médicale, correspondant à 7,1 %.
La situation est encore plus faible concernant les victimes de violences sexuelles et basées sur le genre : 150 cas seulement auraient été pris en charge sur 2 969 éligibles, soit 5,1 %. Pour le financement des activités génératrices de revenus et l’insertion économique, seuls 126 bénéficiaires auraient été enregistrés.
Au regard de ces chiffres, la COVICI estime à environ 5 % le taux global d’exécution du processus de réparation. Elle affirme par ailleurs que le mécanisme connaît un blocage quasi-total depuis 2021, laissant de nombreuses victimes dans une situation de précarité et d’attente.
L’organisation estime que la réparation des victimes ne doit pas être assimilée à une simple action sociale ou à un acte de charité. Elle rappelle que cette question relève, selon elle, des obligations de l’État et s’appuie notamment sur la résolution 60/147 de l’Assemblée générale des Nations unies et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Reprise du dialogue institutionnel
Pour sortir de cette situation, la COVICI demande en priorité la reprise du dialogue institutionnel. Elle souhaite qu’une suite favorable soit donnée à la demande d’audience adressée le 6 juillet 2026 à la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté. Elle propose également la création d’un cadre permanent de concertation réunissant le ministère et le PNCS, le CNDH, la COVICI et les autres associations de victimes.
La confédération réclame également l’adoption d’une loi portant statut des victimes des crises et fixant un cadre indemnitaire. Elle souhaite que ce dispositif prévoie notamment une pension viagère au taux du SMIG pour les veuves, les orphelins et les personnes rendues invalides du fait des crises.
La COVICI appelle en outre à la publication de la liste consolidée des victimes et à l’ouverture d’une procédure de contentieux permettant le réexamen des 557 102 dossiers non validés. Elle demande que chaque victime soit informée individuellement de la suite réservée à son dossier.
Sur le plan social, l’organisation plaide pour la gratuité des actes d’état civil nécessaires aux familles de victimes, ainsi que pour une prise en charge médicale intégrale des blessés enregistrés. Celle-ci devrait couvrir notamment les interventions chirurgicales, les prothèses, la rééducation et l’accompagnement psychosocial. Elle souhaite également l’extension des bourses et de la prise en charge scolaire aux enfants et orphelins de victimes.
Protectiondes responsables et des sièges
La COVICI demande enfin la poursuite des réparations communautaires dans les localités les plus affectées. Elle insiste sur le fait que les stèles déjà réalisées et le mémorial annoncé doivent compléter les réparations matérielles, financières et médicales, et non s’y substituer.
L’organisation sollicite également la protection des responsables et des sièges des associations de victimes, après le cambriolage perpétré à son siège de Cocody dans la nuit du 22 au 23 novembre 2025. Elle souhaite, de manière plus générale, être associée avec les autres organisations de victimes à l’évaluation régulière de la mise en œuvre du processus.
En clair, la COVICI entend remettre la question de la réparation au centre du dialogue avec les pouvoirs publics et appelle à des mesures concrètes pour permettre aux victimes des crises ivoiriennes de bénéficier effectivement des réparations auxquelles elles estiment avoir droit.
M.Galé







