Port sec de Ferké : Hien Sié mise sur un hub logistique stratégique pour décongestionner Abidjan et dynamiser le Nord
Le Port sec de Ferkessédougou se dessine progressivement comme l’un des futurs pôles logistiques majeurs de la Côte d’Ivoire. En visite, vendredi 28 août, sur le chantier, le ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier, Hien Sié, a salué l’état d’avancement des travaux et insisté sur l’importance stratégique de cette infrastructure pour l’économie nationale, le développement du Nord et le renforcement des échanges avec les pays de l’hinterland.
Cette visite s’inscrivait dans le cadre de la tournée du ministre dans les infrastructures majeures du Nord du pays, entamée mercredi 26 août. Après la région du Bounkani, la délégation ministérielle a poursuivi son périple dans le Tchologo, avec notamment une étape, jeudi, sur le site des travaux de l’aéroport de Kong, avant de se rendre vendredi sur le chantier du Port sec de Ferkessédougou.
Un maillon essentiel du schéma logistique ivoirien
Pour Hien Sié, le Port sec de Ferkessédougou constitue bien plus qu’une simple infrastructure de stockage ou de transit. Il s’agit d’un projet appelé à transformer durablement le schéma logistique de la Côte d’Ivoire.

« C’est un projet très important pour le schéma logistique de notre pays », a relevé le ministre, soulignant que cette infrastructure doit contribuer à créer un pôle logistique majeur dans le Nord, capable de rayonner sur Korhogo et d’autres localités, tout en établissant des connexions avec Odienné et les pays de l’hinterland, notamment le Burkina Faso et le Mali.
À terme, le Port sec devrait permettre de rapprocher une partie des activités logistiques du Nord et de l’hinterland, en s’appuyant notamment sur le transport ferroviaire depuis le Port autonome d’Abidjan.
L’objectif est également de transférer vers Ferkessédougou une partie des opérations actuellement concentrées dans la zone portuaire d’Abidjan. Une évolution qui devrait contribuer à réduire la pression exercée sur les infrastructures routières et portuaires de la capitale économique.
Décongestionner Abidjan et fluidifier le transport

Le ministre a particulièrement insisté sur l’impact attendu du projet sur la décongestion d’Abidjan. Selon lui, la saturation du port ne se limite pas aux installations portuaires : elle affecte également la circulation et l’économie du transport dans toute la ville.
Le Port sec de Ferkessédougou devrait ainsi favoriser un transfert progressif de certaines opérations logistiques vers le Nord, créant un circuit plus court pour les acteurs économiques de la région.
Pour les produits concernés, le chemin de fer jouera un rôle central. Le transport des hydrocarbures devrait, quant à lui, s’appuyer à terme sur le rail et sur un pipeline.
« Décongestionner la ville d’Abidjan aujourd’hui par une zone logistique aussi importante que le Port sec de Ferké, c’est un atout majeur pour l’économie ivoirienne », a déclaré Hien Sié.

Un projet intégré sur 732 ha
Le Port sec de Ferkessédougou est un projet intégré qui s’étend sur une superficie de 732 hectares. Inscrit parmi les projets prioritaires du Gouvernement ivoirien dans sa vision de l’émergence et dans les Plans nationaux de développement (PND), il est conçu autour de trois grandes composantes.
La première porte sur la construction de plateformes multimodales et de terminaux spécialisés. La deuxième concerne la réalisation d’un dépôt d’hydrocarbures d’une capacité de 61 000 m³, destiné au gasoil et au super. La troisième prévoit la construction d’un marché à bétail et d’un abattoir régional.
Le projet a été réparti en deux lots selon les modes de financement. Le premier lot, qui comprend la plateforme multimodale et le dépôt d’hydrocarbures, est réalisé en maîtrise d’ouvrage publique. Le second, consacré au marché à bétail et à l’abattoir régional, doit être réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé.
Le Lot 1, attribué à l’entreprise chinoise COMPLANT LTD, représente un coût global de 254,171 milliards de FCFA. Son financement est assuré à hauteur de 15 % par l’État de Côte d’Ivoire, soit 38,126 milliards de FCFA, et à 85 % par un pool de banques chinoises conduit par l’ICBC, pour un montant de 216,046 milliards de FCFA.
Des travaux à plus de 30 % d’exécution
Sur le chantier, les travaux connaissent une évolution jugée satisfaisante par les responsables du projet. Le coordonnateur de l’Unité de gestion du projet Port sec de Ferké (UGP-PSF), Abdoulaye Alliagui, a indiqué que le taux d’exécution se situe actuellement à plus de 30 %.
Les travaux de terrassement sont bien avancés et la construction des bâtiments se poursuit. Les entrepôts sont notamment en phase de finalisation, tandis que les fondations destinées aux dépôts d’hydrocarbures ont déjà démarré.
Le chantier dispose par ailleurs d’importantes ressources humaines et matérielles. Selon le coordonnateur de l’UGP-PSF, le premier paiement du prêteur à l’entreprise devrait permettre une accélération des travaux dans les prochains mois et une montée en cadence du chantier.
L’objectif affiché est une livraison du projet à la fin de l’année 2028, afin de permettre sa mise en service conformément aux orientations du Gouvernement.
Un projet à fort impact social et industriel
Au-delà des infrastructures physiques, le Port sec de Ferkessédougou est appelé à devenir un véritable pôle d’activités économiques.
Une partie du domaine est notamment destinée à accueillir des unités industrielles, particulièrement dans les secteurs de l’agroalimentaire, du textile et des matériaux de construction. Le site pourra ainsi accueillir différentes activités industrielles et logistiques, renforçant son rôle dans la transformation économique du Nord.
Le projet devrait également contribuer à la création d’emplois et à l’émergence d’un nouvel écosystème économique autour de Ferkessédougou.
Sur le volet social, l’État a déjà engagé d’importantes ressources. Plus de 14 milliards de FCFA ont été déboursés pour régler les questions liées aux purges des droits coutumiers et à la réinstallation des populations concernées par le projet, notamment à travers la construction de logements.
Préparer le Port sec au long terme
Au terme de sa visite, Hien Sié a appelé à maintenir le rythme d’exécution et à veiller au respect des délais. Le ministre a également insisté sur la nécessité d’une réalisation du projet en étroite collaboration avec l’ensemble des parties prenantes.
L’enjeu est aussi d’anticiper les besoins futurs. Le Gouvernement souhaite notamment que le périmètre du Port sec puisse être suffisamment étendu afin d’éviter, à terme, que l’urbanisation ne vienne encercler l’infrastructure et limiter ses possibilités d’expansion. Cette vision à long terme traduit l’ambition de faire du Port sec de Ferkessédougou une infrastructure durablement intégrée au paysage logistique ivoirien. « Il ne faut pas que, dans les années à venir, on soit restreint, pour que le Port sec soit encerclé ou mêlé à la ville », a expliqué le ministre.
Vers un nouveau pôle logistique régional
Avec sa plateforme multimodale, ses terminaux spécialisés, son dépôt d’hydrocarbures et ses futures activités industrielles, le Port sec de Ferkessédougou ambitionne de devenir un point nodal entre le Sud et le Nord de la Côte d’Ivoire, mais également entre le Port d’Abidjan et les pays de l’hinterland. Pour le Gouvernement, l’enjeu dépasse donc largement le seul développement de Ferkessédougou. Il s’agit de réorganiser progressivement les flux de marchandises, de rapprocher les services logistiques des zones de production et de consommation, de fluidifier les échanges régionaux et de réduire la pression sur Abidjan.
Avec un chantier désormais lancé à pleine capacité et une échéance fixée à 2028, Ferkessédougou pourrait ainsi devenir, dans les prochaines années, l’un des principaux carrefours logistiques de la Côte d’Ivoire et un levier majeur de développement économique pour tout le Nord du pays.
Mathias Kouamé (Envoyé spécial)






