Concept « Allons se reposer » : une ONG monte au créneau et interpelle les institutions
Le concept « Allons se reposer », devenu viral sur les réseaux sociaux après avoir été popularisé par le web humoristique, Rosemarck Marcel, n’en finit plus de susciter des réactions. Cette fois, c’est l’ONG Opinion Éclairée qui s’invite dans le débat.
L’organisation dénonce l’utilisation de cette tendance par certaines pages institutionnelles et s’inquiète de la portée du message véhiculé. Dans une déclaration publiée ce vendredi 4 septembre, l’ONG pointe notamment du doigt l’utilisation, par plusieurs pages officielles sur les réseaux sociaux, dont celle de la Police nationale, du concept « Allons se reposer », associé à un visuel de pagne. Ces institutions ont choisi de surfer sur une tendance populaire pour faire passer des messages d’intérêt général.
Mais pour Opinion Éclairée, qui travaille notamment sur les « narratifs inclusifs », la question n’est pas de juger l’intention des communicants « mais d’alerter sur l’impact de leur communication ».
Quand l’humour devient un sujet de société
Au cœur de la controverse se trouve la notion de « dette sexuelle ». L’ONG la présente comme un mécanisme de pression sociale faisant croire qu’une femme deviendrait redevable de son corps lorsqu’un homme l’invite à manger ou à dîner. Une conception que l’organisation considère comme une négation du consentement libre et éclairé.
Pour Opinion Éclairée, reprendre ce symbole, même sur le ton de l’humour, n’est donc pas anodin. Selon elle, cela contribue d’abord à banaliser une forme de violence morale et à rendre sympathique, voire virale, une oppression que certaines femmes disent subir au quotidien.
L’organisation relève également les réactions observées sur les réseaux sociaux depuis que le concept a été repris par des institutions. Elle dénonce notamment la vague de harcèlement visant des femmes défenseures des droits et des militantes féministes qui ont critiqué cette tendance.
Deuxième problème soulevé : la confusion autour du consentement. L’ONG estime que la popularisation du concept peut entretenir l’idée dangereuse selon laquelle une invitation à dîner constituerait, d’une manière ou d’une autre, un consentement sexuel.
Enfin, Opinion Éclairée juge l’utilisation de ce symbole particulièrement problématique lorsqu’elle vient d’institutions chargées de protéger les populations. « On ne peut pas lutter contre les Violences basées sur le genre (VBG) en utilisant l’étendard de la culture du viol, même pour faire du buzz », soutient-elle.
L’organisation affirme par ailleurs que sa présidente a été menacée d’agression physique par un cybermilitant après avoir dénoncé la dette sexuelle. Elle dit prendre la mesure de cette « vague de haine » et appelle l’opinion nationale et internationale à en être témoin.
L’ONG demande le retrait des visuels
Face à la polémique, Opinion Éclairée formule plusieurs recommandations. Elle appelle les militantes et organisations féministes à ne pas céder au découragement et demande aux institutions concernées de retirer les visuels controversés, malgré les intentions initiales de leurs auteurs.
L’ONG recommande également le renforcement des capacités des gestionnaires des pages digitales des institutions publiques sur la communication non sexiste. Elle souhaite aussi qu’une note de cadrage soit adressée aux cellules de communication de l’administration afin d’exclure de la communication publique les symboles associés au harcèlement, au viol ou à la dette sexuelle.
Enfin, elle invite l’État à rappeler publiquement sa doctrine en matière de consentement. Un principe, selon elle, ne devrait souffrir d’aucune ambiguïté : une invitation à dîner n’est pas un contrat sexuel, pas plus qu’elle ne crée une quelconque dette sexuelle.
À noter que Rosemarck Marcel s’est déjà défendu contre les critiques et interprétations visant son concept. Pour lui, il s’agit tout juste d’un contenu destiné à divertir. Il a même reçu le soutien de plusieurs créateurs de contenus.
Martial Galé







