Pacte social du PPA-CI : Le RHDP oppose les chiffres aux propositions de Gbagbo

La bataille politique entre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) se joue désormais sur le terrain du bilan et des statistiques.

 À travers un livre blanc présenté, le mercredi 21 octobre 2026 au Plateau-Abidjan, les jeunes cadres du RHDP entendent confronter les propositions du « Pacte social » du PPA-CI aux réalisations du gouvernement, aux textes de loi et aux données officielles.

La rencontre qui a planché sur le thème: «Pacte social ou pacte des illusions? Les jeunes cadres du RHDP apportent la réplique au PPA-CI», visait à déconstruire le projet de Laurent Gbagbo, tout en faisant la lumière des faits à partir de données chiffrées.

Le projet politique s’articule autour de sept piliers, dont la démocratie, la justice, l’emploi des jeunes, la protection sociale, l’éducation et la lutte contre la pauvreté et la vie chère. Lors de la cérémonie de présentation et de partage de leur document, présidée par Cissé Ibrahima Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP, en présence de plusieurs responsables, dont le ministre Mamadou Touré, les auteurs ont entrepris de démontrer que plusieurs mesures annoncées par l’opposition existent déjà ou sont déjà mises en œuvre.

Emploi des jeunes : le RHDP met en avant ses acquis

L’insertion professionnelle des jeunes constitue l’un des principaux axes de cette riposte. Les jeunes cadres du RHDP estiment que les propositions du PPA-CI ne tiennent pas suffisamment compte de l’évolution des politiques publiques depuis 2011. Ils rappellent notamment qu’en 2009, le fonds d’aide aux jeunes créé en décembre 2003 ne disposait que de deux milliards de FCFA sur les dix milliards initialement prévus. Ils soulignent également l’absence, en 2011, d’un ministère spécifiquement chargé de l’insertion des jeunes, d’une politique nationale de la jeunesse et d’un service civique opérationnel.

À l’appui de leur argumentaire, les auteurs du livre blanc mettent en avant la progression des dispositifs d’accompagnement. Le nombre de points de service public de l’emploi est ainsi passé de huit en 2011 à 265 en 2025. Sur la même période, les bénéficiaires de stages sont passés de 542 à 209 568, tandis que ceux des formations à visée d’insertion ont progressé de 907 à 78 704. Le service civique, le volontariat et le bénévolat, inexistants selon leur document en 2011, ont concerné 68 464 jeunes en 2025.

Le bilan présenté fait également état de 1 504 698 emplois formels créés entre 2011 et 2025, dont 1 266 594 dans le secteur privé et 238 104 dans le secteur public. À cela s’ajoutent 262 838 jeunes entrepreneurs financés ou accompagnés pour 183 162 projets, contre 108 projets recensés en 2011.

Le Programme Jeunesse, une ambition de plus de cinq millions de bénéficiaires

Pour prolonger cette dynamique, le RHDP met en avant le Programme Jeunesse du Gouvernement (PJG) 2026-2030, adopté en Conseil des ministres le 5 août dernier. Ce dispositif vise 5 266 421 jeunes, avec la participation de 25 ministères. Il prévoit notamment l’insertion professionnelle de 1 928 941 jeunes, l’octroi de bourses d’études ou de secours financiers à 906 822 bénéficiaires, ainsi que l’accompagnement de 617 459 jeunes dans l’entrepreneuriat et la formation de 344 824 autres en vue de leur insertion.

Le programme prévoit également des actions en faveur de 1 468 375 jeunes, notamment à travers les transferts monétaires aux jeunes chefs de ménage, le service civique, le volontariat, le sport scolaire et les dispositifs destinés aux jeunes en rupture sociale. Sur le plan des infrastructures, 644 structures de formation et de jeunesse sont annoncées en construction ou en réhabilitation. Il s’agit notamment de 304 collèges de proximité, 48 établissements techniques et professionnels, 14 établissements pour jeunes filles avec internat, sept universités et instituts universitaires et 29 centres de service civique.

Les auteurs rappellent, par ailleurs, que le Programme Jeunesse du Gouvernement 2023-2025 a touché 3 578 262 jeunes et permis la construction ou la réhabilitation de 261 structures dédiées à la formation et à la jeunesse.

Formation et protection sociale : des propositions déjà engagées

Sur la formation professionnelle et l’accès au financement, le livre blanc estime que certaines orientations du PPA-CI prolongent des dispositifs déjà en place. Alors que le parti de Laurent Gbagbo préconise un accompagnement de l’État permettant aux jeunes de se former avant de solliciter des financements bancaires, les jeunes cadres du RHDP avancent une hausse du nombre d’apprenants en formation professionnelle, passé de 46 495 en 2011 à 173 062. Le taux d’inclusion financière serait, quant à lui, passé de 32,3 % en 2011 à 84,7 % en 2023. La proportion de filles dans la formation professionnelle a également progressé de 20 % à 49 %.

Le document s’appuie aussi sur les estimations modélisées de l’Organisation internationale du travail, publiées par la Banque mondiale en juillet 2026. Selon ces données, la proportion des jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est passée de 23,2 % en 2011 à 19,1 % en 2025.

Au-delà de l’emploi, les jeunes cadres du RHDP contestent le caractère novateur de plusieurs propositions du PPA-CI en matière d’éducation, de santé et de gouvernance. Ils rappellent que l’obligation scolaire découle de la loi du 17 septembre 2015, que la Couverture maladie universelle (CMU) a été instituée par la loi du 24 mars 2014 et que la Haute Autorité pour la bonne gouvernance a été créée en 2013.

Le livre blanc relève également la progression du taux d’achèvement du premier cycle secondaire, passé de 33 % en 2011 à 81,14 % en 2024. Au 20 septembre 2026, 26 545 739 personnes étaient enrôlées à la CMU. En matière de lutte contre la corruption, les auteurs citent le classement de Transparency International, qui situe la Côte d’Ivoire au 69e rang mondial en 2024, contre le 154e en 2011. À l’horizon 2030, les objectifs annoncés portent notamment sur un taux d’achèvement du collège de 89 %, une couverture de 80 % de la population par la CMU et un accès à un centre de santé situé à moins de cinq kilomètres pour 90 % des habitants.

Dette, pouvoir d’achat et droits humains au cœur de la controverse

Sur la dette publique, le RHDP réfute le montant de 2 000 milliards de FCFA attribué à l’encours de fin 2010 par le projet du PPA-CI. Le livre blanc l’évalue plutôt à 7 542 milliards de FCFA et précise que l’allègement de 4 090 milliards obtenu dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) date de juin 2012.

Les auteurs soutiennent que l’endettement doit être apprécié au regard de la richesse nationale. Ils avancent ainsi un ratio dette publique/PIB de 57,1 % à fin 2025, contre 69 % en 2011, pour un plafond communautaire de 70 % dans l’espace UEMOA. Ils évoquent également une appréciation favorable du risque de surendettement par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale depuis juin 2026.

Le pouvoir d’achat figure également parmi les arguments avancés. Selon le document, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) a augmenté de 105 %, contre une hausse des prix de 32 %. En matière de droits humains et de sécurité, les jeunes cadres citent le statut A du Conseil national des droits de l’Homme depuis 2020, la loi de 2014 relative aux défenseurs des droits de l’Homme et la suppression de la peine de mort. Ils mettent enfin en avant la baisse de l’indice de sécurité, passé de 6,8 en 2011 à 1,2, ainsi que l’amélioration du ratio entre policiers et population en milieu urbain.

Bacongo appelle à un débat politique fondé sur les résultats

Au terme des présentations, un exemplaire a été remis à Cissé Ibrahima Bacongo. Dans sa prise de parole, il a expliqué que sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire a profondément évolué, avec des avancées visibles sur l’ensemble du territoire.

«Sous l’impulsion de son excellence Monsieur le Président Alassane Ouattara, notre pays a profondément changé. C’est tangible, du nord au sud, de l’est à l’ouest, en passant par le centre.

Ce changement se voit dans la vie de nos concitoyens. L’électricité presque partout dans toutes les localités de notre pays, des écoles et des centres de santé plus proches des familles, une couverture maladie qui s’étend, des jeunes mieux formés et mieux accompagnés.

Nous voulons aller plus loin et plus vite. C’est pourquoi le débat doit porter sur les solutions et sur les moyens de les mettre en œuvre», a-t-il déclaré.

Poursuivant, Cissé Bacongo a salué le travail réalisé par les jeunes cadres du RHDP, tout en soulignant la précision et la concision de leur document.

« Donc, l’esprit est encore de approprier ou du moins d’engager un débat sérieux. J’ai demandé donc aux jeunes cadres que vous êtes, de toutes les spécialités, de toutes les compétences avec l’expertise que vous avez tous et chacun dans son domaine, de préparer une réponse», a-t-il précisé.

Pour le secrétaire exécutif du parti, cet exercice ne se limite pas à une confrontation rhétorique : il permet de mettre en perspective les propositions du PPA-CI avec les lois en vigueur, les programmes publics et les statistiques disponibles.

Il a notamment relevé que plusieurs mesures présentées comme nouvelles existent déjà, citant la CMU, le soutien aux jeunes entrepreneurs et l’autonomisation économique des femmes. Il a également mis en avant les progrès réalisés dans l’accès à l’électricité, la construction d’écoles et de centres de santé ainsi que l’accompagnement des jeunes.

Reconnaissant néanmoins que des efforts restent à fournir, Cissé Ibrahima Bacongo a invité les jeunes cadres à privilégier un débat politique axé sur les solutions, leur faisabilité et leurs modalités d’application. Il les a également exhortés à transformer leur analyse technique en arguments politiques susceptibles de soutenir l’action du RHDP sur le terrain.

À travers ce livre blanc, le parti au pouvoir entend ainsi opposer au « Pacte social » du PPA-CI son propre bilan et les perspectives de développement annoncées à l’horizon 2030. Les jeunes cadres ont travaillé sous coordination de Thiékoro Doumbia.

Kouassi N’Goran

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