
Université Alassane Ouattara : Boga Sako répond à sa mise en demeure depuis son exil
Sommé par la présidence de l’Université de Bouaké de regagner son poste d’enseignant sous peine de radiation, le défenseur des droits de l’homme et universitaire, Dr Boga Sako Gervais, a décidé de réagir plus tôt que prévu. Dans une déclaration diffusée ce mercredi 14 janvier, à la veille de l’échéance fixée, il dénonce une « mise en scène politique » et réaffirme son statut de réfugié aux États-Unis.
L’affaire secoue le milieu universitaire et politique ivoirien en ce début d’année 2026. Alors que l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké l’accuse d’abandon de poste pour l’année académique 2024-2025, Dr Boga Sako Gervais a choisi la voie numérique pour livrer sa part de vérité. Entre amertume et défi, l’enseignant-chercheur ne mâche pas ses mots à l’égard des autorités académiques et gouvernementales.
D’entrée de jeu, Dr Boga Sako a tenu à clarifier sa situation administrative. S’il reconnaît avoir reçu le courrier du Président de l’Université, le Professeur Kouakou Koffi, agissant pour le compte du ministère de l’Enseignement supérieur, Adama Diawara, il récuse toute allégeance politique dans l’exercice de ses fonctions.
« Je suis un fonctionnaire de l’État de Côte d’Ivoire. J’ai un contrat qui me lie à mon pays et je suis fier de servir mon pays. Mais je ne sers pas un individu », a-t-il martelé, rappelant son long parcours au sein de l’institution de Bouaké, où il officie depuis 1998, avant son recrutement officiel en 2005.
Pour l’universitaire, la question de son absence n’est pas administrative, mais purement politique. Réfugié aux États-Unis depuis juin 2025, il lie directement son départ à ses prises de position contre un éventuel « quatrième mandat » du pouvoir actuel, qu’il qualifie de « mise en scène ».
Selon ses dires, sa sécurité était menacée en raison de ses opinions, l’obligeant à s’exiler pour la seconde fois de sa carrière. Il révèle par ailleurs que des mesures de rétorsion avaient déjà été prises à son encontre dès son départ : « Le juge d’instruction a tout de suite activé deux ordonnances, suspendant ma solde et gelant tous mes comptes bancaires. On ne peut pas être fonctionnaire et être privé de son salaire », déplore-t-il, qualifiant la mise en demeure de l’université de simple formalité destinée à acter une radiation déjà effective dans les faits.
L’enseignant a également exprimé sa tristesse de voir le « temple du savoir » s’inviter dans les joutes électorales. Il fustige une division du corps professoral née de la crise de 2002, opposant, selon lui, les intellectuels ayant soutenu la rébellion à ceux qui, comme lui, s’y sont toujours opposés.
Malgré la menace de radiation qui pèse sur lui, Dr Boga Sako se dit serein, prédisant une « fin de cycle » pour le régime en place. « Tout cela va passer », a-t-il conclu, affirmant sa détermination à poursuivre son combat pour les droits de l’homme et sa volonté de retrouver ses étudiants « très bientôt ».
Cette sortie médiatique semble fermer la porte à un retour immédiat de l’enseignant à Bouaké.
Hilaire Gueby







