
Entretien/ Bagrou Goli, député PDCI-RDA : « Notre groupe parlementaire veut un débat franc, sans animosité »
Lemandatexpress – Nouveau député du PDCI-RDA, Bagrou Goli Jean Simon livre ses premières impressions sur l’Assemblée nationale issue des législatives de décembre 2025. Ambiance à l’hémicycle, score et posture du PDCI, dynamique militante dans le Goh-Djiboua et rumeurs de rapprochement avec le RHDP : le maire de Diégonéfla se confie sans détour.
Après la séance inaugurale du samedi dernier, vous venez d’assister à l’ouverture de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale pour l’année 2026, en qualité de député nouvellement élu. Quelles sont vos impressions ?
Samedi, j’ai constaté que les débats à l’hémicycle se déroulent dans un esprit convivial. Une fois qu’on y arrive, on est entre collègues. Il n’y a plus de députés de gauche ou de droite. J’ai beaucoup apprécié cette ambiance. Il y a de grands garçons qui se chahutent, et j’ai trouvé cela très intéressant. Et aujourd’hui, nous avons assisté au premier discours du président élu.
Qu’avez-vous pensé justement de ce discours ?
C’est un discours très instructif et complet. Il a pris des engagements forts. J’ai surtout retenu l’idée que les débats ne seront pas liés à l’appartenance politique, mais qu’ils seront constructifs et centrés sur les intérêts des populations. Il a clairement indiqué qu’il encouragera ce type de débats afin que toutes les décisions prises aillent dans le sens des attentes des citoyens qui nous ont élus. À ce niveau-là, j’ai beaucoup apprécié. Et le connaissant, je pense qu’il fera ce qu’il a dit.
Peut-on dire que l’Assemblée nationale entre dans une nouvelle dynamique ?
Je ne dirais pas une nouvelle dynamique, parce que cela donnerait l’impression qu’avant, ce n’était pas dynamique. Je dirais plutôt que nous arrivons, nous autres, avec l’ambition d’apporter notre grain de sel. Surtout, nous souhaitons que les votes et les résolutions tiennent compte de la qualité des débats. Qu’on puisse s’aligner sur la minorité lorsqu’elle défend des positions sensées et justes, au lieu de procéder à des votes mécaniques qui ne tiennent pas compte des aspirations profondes des populations. C’est cela que je souhaite.
Revenons à la séance inaugurale de samedi. Comment avez-vous accueilli le score du candidat du PDCI face au président élu ?
Pour nous, au PDCI, nous avons fait plus de 116 % de nos voix lors de ce vote. Notre objectif n’était pas de remporter l’élection. Nous savons que le président de la République, président du RHDP, avait donné des consignes. En bons militants, les députés de son parti ont voté à 100 % pour lui. De notre côté, nous avions 31 députés, donc nous espérions au moins 31 voix. Finalement, nous avons obtenu 36 voix. Cela signifie qu’en plus de nos 31 voix, cinq autres députés ont voté pour nous. Pour nous, c’est une grande victoire.
Est-ce que cela préfigure la posture du PDCI au cours de cette législature ? Verra-t-on un groupe parlementaire radical, un groupe de combat ?
Non, ce ne sera pas un groupe radical. Je dirais plutôt un groupe parlementaire PDCI qui vient apporter sa contribution à tout ce qui peut faire avancer le pays : un débat franc, sans animosité. Nous ne sommes pas là pour aller contre quelqu’un. Lorsqu’un sujet est mis sur la table, nous apportons notre analyse, nos idées, de manière constructive. Il s’agit d’une confrontation d’idées, et c’est de là que sortiront les meilleures solutions.
Lors des élections législatives du 27 décembre, le PDCI n’a remporté qu’une trentaine de sièges. C’est peu pour un parti de son calibre, non ?
Il ne faut pas faire la fine bouche. Ce n’est pas un score à notre honneur. Nous sommes passés de 66 députés à 31.
Qu’est-ce qui explique cette régression, selon vous ?
Il y a plusieurs facteurs. Si je me réfère à ce qui s’est passé chez moi, d’abord, les conditions de l’élection n’étaient pas totalement transparentes, il faut le reconnaître. Ensuite, nos militants nous ont votés à 100 %, certes, mais beaucoup ne sont pas sortis voter. Avec un faible taux de participation, quels que soient vos scores, vous n’aurez pas suffisamment de voix. Il y a eu aussi des difficultés internes que je ne souhaite pas exposer ici. L’ensemble de ces éléments a contribué à ce résultat.
Les choix de candidats ont-ils pesé dans la balance ?
Je suis Haut représentant du président au niveau district, donc solidaire des décisions du parti. Je ne dirai pas qu’il y a eu de mauvais choix. Le choix est ce qu’il est. Est-ce que cela a contribué ou non ? Je ne saurais le dire. Chacun, dans sa circonscription, a fait ce qu’il avait à faire. Ces choix ont été validés par le président du parti, et nous ne les contestons pas.
En tant que Haut représentant du président Tidjane Thiam, pouvez-vous nous donner une idée de la vitalité militante dans le Goh-Djiboua ?
Il faut rappeler que j’ai été nommé en remplacement de Me Zéhouri Bertin. À mon arrivée, il y avait beaucoup à faire. J’étais auparavant délégué à Oumé, où les militants étaient encadrés, écoutés, avec une bonne cohésion. En devenant HRD, j’ai fait l’état des lieux et constaté plusieurs dysfonctionnements. La priorité a été de restaurer la cohésion entre les militants, puis entre les délégués, parfois divisés en clans. Aujourd’hui, ces problèmes sont en grande partie réglés. Il faut maintenant se mettre au travail : redynamiser, restructurer, repositionner chacun à sa place. Les choses commencent à aller dans le bon sens.
Maire de Diégonéfla depuis trois mandats et désormais député : cela suscite beaucoup d’attentes. Mesurez-vous la portée de cette responsabilité ?
Bien sûr. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Toute ma carrière a été faite de responsabilités. Dès la fin de mes études, j’ai occupé des postes de directeur général dans le Grand Nord, le Grand Centre et le Grand Abidjan. J’ai été envoyé à l’extérieur pour mettre en place une structure de gestion de l’eau potable. De retour, j’ai été directeur des ressources humaines, avec toute la pression que cela implique : syndicats, personnel, négociations. J’ai été élu maire à trois reprises. Ce sont les populations, les chefs, les notables qui ont estimé que je devais être délégué, puis député, notamment après avoir été désigné meilleur maire de Côte d’Ivoire. Elles m’ont rendu la monnaie de mon engagement. Pour moi, tout est une question d’organisation. Le maire travaille au quotidien avec ses adjoints. Le député, lui, vote la loi, mais son rôle essentiel est de maintenir le lien avec la population, d’aller vers elle pour expliquer les lois votées. J’en ai fait un thème de campagne et je m’y tiendrai.
Le député doit-il aussi jouer un rôle dans le développement local, notamment pour les infrastructures ?
Oui, bien sûr. À l’Assemblée, nous sommes en contact avec les ministres qui viennent défendre leurs projets. Cela nous donne la possibilité de plaider pour nos localités. Il ne s’agit pas d’exiger, mais de proposer, de dire : « Monsieur le ministre, ne peut-on pas envisager ce projet-là ? » Il y a donc de vraies possibilités, et nous allons agir dans ce sens.
Pour finir, des rumeurs évoquent des tractations entre le PDCI et le RHDP en vue du nouveau gouvernement. Un rapprochement est-il d’actualité ?
Je ne peux pas me prononcer là-dessus.
Mais si cela devait arriver, quelle serait votre position?
Je suivrai la décision de mon président. Je suis le Haut représentant du président Tidjane Thiam dans le Goh-Djiboua. S’il me demande mon avis, je le donnerai. Mais s’il prend une décision différente, je m’alignerai. Je lui fais entièrement confiance. C’est un responsable de très haut niveau.
Réalisé par Martial Galé







