
Trafic de médicaments : 9 pharmaciens répondent devant le tribunal
Lemandatexpress – Poursuivis pour fourniture, stockage, distribution et vente de produits pharmaceutiques en dehors du circuit officiel, blanchiment de capitaux ainsi que faux et usage de faux dans les documents administratifs, neuf prévenus huit hommes et une femme ont comparu mercredi 28 janvier 2026, selon le confrère Fernand Dédeh, devant le tribunal, tous en liberté.
Au cœur de l’audience, le tribunal a entendu le Dr Okon Amany Landry, pharmacien et chef du service St Jean-Baptiste de Bodo à Tiassalé au moment des faits en mars 2023, ainsi que M. Diomandé Brahima, chef du département des affaires juridiques et du contentieux de la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique (NPSP), représentant la partie civile.
Le Dr Okon a expliqué les circonstances de son interpellation le 13 mars 2023. Chargé de la gestion des stocks et du suivi des approvisionnements, il avait passé une commande urgente destinée à renforcer les réserves en vue d’une campagne de lutte contre les fistules obstétricales.
Selon lui, un collègue de l’hôpital d’Aboisso l’avait sollicité pour un appui en médicaments.
Au lieu de transiter par Tiassalé comme le prévoit la procédure, le camion transportant les produits avait fait une escale à son domicile à Abidjan pour y déposer les médicaments destinés à Aboisso. À la barre, le prévenu s’est justifié : il soutenait simplement un collègue.
Interrogé par le parquet sur les raisons pour lesquelles ce collègue n’avait pas effectué lui-même une commande d’urgence, il a répondu :
« Parce qu’il n’était pas solvable. Nous, au niveau de l’hôpital de Tiassalé, nos factures sont entièrement payées. »
La NPSP tire la sonnette d’alarme
Face à ces explications, le représentant de la NPSP, M. Diomandé Brahima, a dénoncé une situation qu’il qualifie de très préoccupante pour la profession pharmaceutique.
« Des médicaments sortis de la NPSP Côte d’Ivoire se retrouvent ailleurs. Des pharmaciens ont commandé des médicaments et les produits ne sont pas arrivés à destination », a-t-il déclaré devant le tribunal.
Il a ajouté que la NPSP avait saisi la direction de la police des stupéfiants et des drogues afin de surveiller les personnes soupçonnées d’alimenter ce circuit parallèle.
Selon lui, « elle a découvert que les médicaments sortis de nos entrepôts n’arrivaient pas à destination. »
Débat juridique autour des échanges de stocks
Les avocats de la défense ont, pour leur part, insisté sur les pratiques courantes d’échanges de médicaments entre hôpitaux publics, souvent effectuées en cas d’urgence. Mais M. Diomandé Brahima a rappelé le cadre légal :
« C’est interdit de faire les échanges des produits. Mais cela peut se faire sous le contrôle de la NPSP Côte d’Ivoire. »
Une affirmation que l’un des avocats a remise en question, relevant une contradiction avec le manuel de procédure : « Le manuel de procédure indique que dans le cas des commandes d’urgence, les échanges sont possibles. La NPSP n’intervient pas », a-t-il souligné.
Toujours selon la défense, le directeur général de la NPSP aurait lui-même reconnu certaines irrégularités au cours de l’enquête préliminaire : « Il y a la faute de la NPSP qui, selon son directeur général, a livré des produits sans factures. 9000 flacons ont été livrés sans factures et 1000 autres sans traçabilité. »
En raison de l’absence des avocats de certains prévenus, le tribunal a finalement renvoyé le procès au lundi 23 février 2026 pour la poursuite des auditions, suivie le 24 février par les réquisitions du parquet et les plaidoiries.
Abran Saliho







