
Crise au sommet de l’État sénégalais: Le divorce entre Faye et Sonko semble inéluctable
Le Sénégal retient son souffle. Deux ans après leur accession au pouvoir, la complicité affichée entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko semble avoir laissé place à une guerre froide de palais. Dans l’entourage du chef de l’État, le remplacement du “Patriote en chef” n’est plus un tabou, mais un projet sérieusement documenté.
L’urgence d’un nouveau souffle économique
La priorité du président Faye semble désormais être la restauration de la crédibilité du Sénégal sur la scène internationale. Le scandale de la « dette cachée », révélé en début d’année, a jeté un froid polaire sur les relations avec le FMI.
Pour redresser la barre, le nom de Makhtar Diop circule avec insistance. Actuel directeur de la Société financière internationale (SFI) et ancien ministre de l’Économie, il possède le carnet d’adresses nécessaire pour rassurer les bailleurs de fonds de Bretton Woods et sortir le pays de l’impasse financière.
Le choix de la sécurité ou de l’expérience
Toutefois, évincer une figure aussi populaire qu’Ousmane Sonko n’est pas sans risque pour l’ordre public. C’est pourquoi une autre faction de la présidence plaide pour une « option à poigne ». Deux hauts gradés sont sur les rangs : le Général Mbaye Cissé, ancien patron des armées, et le Général Birame Diop, actuel ministre de la Défense. Leur nomination transformerait la Primature en un poste de commandement capable de contenir d’éventuels soubresauts populaires.
Entre ces deux mondes, une voie médiane émerge avec Mouhamadou Makhtar Cissé. Ce technocrate aguerri, qui a servi sous Macky Sall tout en gardant une image d’homme d’État intègre, pourrait offrir au président Faye une transition en douceur, mêlant rigueur budgétaire et maîtrise des rouages de l’administration.
Le piège législatif
Malgré cette liste de successeurs potentiels, Bassirou Diomaye Faye fait face à un obstacle de taille : la réalité des chiffres à l’Assemblée nationale. Ousmane Sonko, stratège politique hors pair, a déjà anticipé le coup. Par l’entremise de ses lieutenants Cheikh Bara Ndiaye et Guy Marius Sagna, il s’est assuré de la fidélité de la majorité des députés du Pastef.
Le président se retrouve donc face à un dilemme constitutionnel. S’il limoge son Premier ministre aujourd’hui, il risque de voir son nouveau gouvernement renversé par une motion de censure dans la foulée.
Vers un dénouement en automne ?
Tout porte à croire que le chef de l’État pourrait jouer la montre. En attendant le mois d’octobre 2026, date à laquelle il recouvrera son droit constitutionnel de dissoudre l’Assemblée nationale, il pourrait maintenir un statu quo fragile. Ce délai lui permettrait de préparer une nouvelle coalition et de solliciter un mandat clair auprès des Sénégalais, cette fois-ci sous sa propre bannière, affranchi de l’ombre tutélaire d’Ousmane Sonko.







