
Investissements, commerce : Comment la France redéfinit sa place en Afrique
Lemandatexpress – Alors que le sommet Afrique-France prévu mi-mai se tiendra pour la première fois au Kenya, pays anglophone, un symbole fort s’impose : l’influence économique française sur le continent évolue profondément.
Longtemps dominante dans son « pré carré » francophone, la France fait désormais face à une concurrence accrue et à un repositionnement stratégique de ses entreprises.
L’acquisition du groupe sud-africain MultiChoice par Canal+ en septembre 2025, pour environ 1,4 milliard d’euros, illustre cette nouvelle dynamique. Il s’agit de la plus importante opération française récente en Afrique, marquant une volonté claire d’expansion vers les marchés anglophones.
Les investissements français se concentrent désormais en dehors des zones traditionnelles. Le Maroc reste en tête avec 8,4 milliards d’euros de stocks d’IDE, suivi de l’Angola (3,9 milliards) et du Nigeria (3,6 milliards), principalement dans le secteur des hydrocarbures. Des projets majeurs, notamment ceux de TotalEnergies en Afrique de l’Est et australe, confirment cette orientation.
Selon les données de 2024, le Nigeria est devenu le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, avec près de 5 milliards d’euros d’échanges, devant l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, près de 45 % des investissements français sont aujourd’hui dirigés vers des pays non francophones. Cette évolution est encouragée par les autorités françaises, qui multiplient les initiatives diplomatiques vers de nouveaux partenaires africains.
L’objectif selon jeune Afrique est de dépasser les anciennes sphères d’influence et de bâtir des relations plus pragmatiques, moins marquées par l’histoire coloniale.
Une concurrence de plus en plus forte
Sur le continent, les entreprises françaises doivent désormais rivaliser avec des acteurs venus de Turquie, de Chine, du Maroc ou encore du Portugal, souvent plus compétitifs en termes de coûts. Parallèlement, les entreprises africaines montent en puissance et concurrencent directement les groupes étrangers, y compris en Afrique de l’Ouest.
L’époque des relations privilégiées semble révolue. L’Afrique s’inscrit désormais dans une logique multilatérale où la France n’occupe plus une position dominante.
Les tensions politiques et sécuritaires ont également fragilisé la présence française. Les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont entraîné un recul diplomatique et économique. Certaines entreprises ont été directement impactées, à l’image d’Air France, contrainte de suspendre ses liaisons dans la région.
Le cas du Niger est particulièrement emblématique : la perte du gisement d’uranium d’Imouraren par Orano constitue un revers stratégique majeur pour la France.
Des repositionnements sectoriels
Face à ces défis, certaines entreprises françaises ont choisi de se retirer de secteurs clés comme la banque ou l’automobile. D’autres misent sur de nouveaux domaines porteurs tels que la logistique, les villes intelligentes, la santé ou encore l’agroalimentaire.
Malgré ces ajustements, les grandes entreprises françaises restent bien implantées. TotalEnergies conserve une forte présence dans la distribution de carburants, Orange demeure un acteur majeur des télécommunications, tandis que Castel domine le marché des boissons dans plusieurs pays africains.
Si la part de marché française recule, cela s’explique aussi par la croissance rapide des économies africaines. Le volume global des échanges a fortement augmenté, diluant mécaniquement la position française.
Aujourd’hui, la stratégie repose davantage sur des entreprises plus petites et agiles, notamment des start-up. À travers des initiatives comme l’index « Up40 », la France cherche à accompagner ces nouveaux acteurs et à renforcer leur présence sur le continent.
Par ailleurs, cette orientation s’inscrit dans une politique plus large visant à soutenir le secteur privé, encourager l’innovation et impliquer davantage les diasporas africaines.
Abran Saliho avec jeune Afrique







