
Procès de l’attaque de Kafolo : 06 personnes condamnées à la prison à perpétuité, 17 à 20 ans ferme…
Lemandatexpress – La justice ivoirienne a rendu, lundi 27 avril, un verdict très attendu dans l’affaire de l’attaque de Kafolo. La section antiterroriste du tribunal d’Abidjan a condamné six accusés à la prison à vie pour actes de terrorisme, tandis que 17 autres écopent de peines de 20 ans de réclusion, rapporte RFI.
Ce jugement marque l’aboutissement de plusieurs années d’enquête et de procédure dans l’un des dossiers sécuritaires les plus sensibles de ces dernières années en Côte d’Ivoire, après le procès de l’attentat de Grand-Bassam en 2016, première attaque djihadiste d’ampleur sur le territoire ivoirien.
Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, une trentaine d’assaillants lourdement armés, venus du Burkina Faso voisin, attaquaient un poste mixte de l’armée ivoirienne à Kafolo, localité frontalière du nord-est du pays. Le bilan est lourd : 14 militaires ivoiriens tués et plusieurs blessés.
L’attaque avait été revendiquée par la Katiba Macina, groupe affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), actif dans la zone sahélienne. Elle marquait surtout une extension inquiétante de la menace terroriste vers les pays du golfe de Guinée, jusque-là relativement épargnés.
À la suite de cette attaque, les autorités ivoiriennes avaient renforcé leur dispositif sécuritaire dans le nord du pays, notamment à travers des opérations militaires et un déploiement accru des forces de défense et de sécurité le long des frontières.
Un procès complexe et hautement sécurisé
Au total, 45 accusés ont comparu dans ce procès, issus d’une centaine de personnes interpellées dans les semaines ayant suivi l’attaque. Ils étaient poursuivis pour des faits allant de la participation directe à l’attaque à des rôles de soutien logistique, tels que l’hébergement des assaillants, la fourniture d’informations ou de moyens de déplacement.
Deux accusés, Ali Sidibé, dit « Sofiane », et Hassane Diallo, ont reconnu les faits à la barre, apportant des éléments sur l’organisation et le déroulement de l’attaque.
Le procès, qui a duré plus d’un an, s’est tenu sous haute sécurité. Un important dispositif a été déployé, tant pour la sécurisation du tribunal que pour le transfert des accusés. La complexité du dossier a également nécessité la présence d’un interprète en langue peulh pour garantir la compréhension des débats.
Des peines différenciées selon les responsabilités
Dans son réquisitoire, le parquet avait distingué plusieurs profils parmi les accusés. Il a requis la prison à vie contre ceux considérés comme les auteurs directs de l’attaque, et des peines de 20 ans contre les personnes accusées d’avoir apporté un appui logistique. Il avait également demandé la relaxe pour certains prévenus, estimant leur implication non établie.
La décision rendue suit globalement cette logique, avec six condamnations à perpétuité et 17 peines de 20 ans.
De leur côté, les avocats de la défense ont contesté une partie des accusations, dénonçant un manque de preuves pour certains de leurs clients. Ils ont aussi plaidé des circonstances atténuantes pour plusieurs accusés, affirmant qu’ils auraient été manipulés ou enrôlés sous contrainte.
Un symbole pour l’État de droit
Pour le parquet, ce procès représente bien plus qu’un simple jugement pénal. Il incarne « la résilience de l’État de droit » face à la menace terroriste, ainsi que la volonté de rendre justice aux victimes, notamment aux 14 soldats ivoiriens tués lors de l’attaque.
Ce verdict intervient dans un contexte régional marqué par la persistance des groupes armés djihadistes au Sahel et leur pression croissante sur les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Les condamnés disposent désormais de 20 jours pour faire appel de cette décision, laissant encore ouverte une possible suite judiciaire à ce dossier emblématique.
M.Galé, avec RFI







