
Côte d’Ivoire : PDCI-RHDP, l’inévitable retour aux anciennes amours ?
Lemandatexpress – Le 80e anniversaire du PDCI-RDA, célébré à Abidjan et à travers tout le territoire national, a mis en lumière les hésitations d’un parti partagé entre quête du pouvoir et crise de gouvernance. Une situation qui pourrait, in fine, trouver son issue dans une nouvelle alliance des Houphouëtistes.
Fondé en 1946, le PDCI-RDA a franchi, le 9 avril dernier, le cap symbolique des 80 ans. Un âge que le parti a tenu à célébrer avec faste. Après le lancement officiel des festivités à la Maison du parti, à Cocody, Yamoussoukro a accueilli, le 18 avril, une cérémonie de recueillement à la basilique, suivie du dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe de Félix Houphouët-Boigny, président fondateur du parti.
Les célébrations se sont achevées par un grand meeting à la fondation qui porte son nom. Le temps de ces festivités, cadres, militants et sympathisants ont semblé renouer avec la ferveur des grandes heures, du moins en apparence. Mais, au-delà de cette mobilisation, la commémoration des 80 ans du PDCI-RDA reste marquée par des éléments factuels et discursifs qui traduisent un changement de ton et une possible réorientation de la lutte politique.

Le 9 avril, à la Maison du parti à Cocody, le PDCI-RDA a surpris en lançant un plaidoyer en direction du chef de l’État. « J’interpelle l’État, le pouvoir, afin qu’il puisse mettre en place les conditions idoines et sécurisées du retour de notre président Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire », déclarait Blessy Chrysostome, président du groupe parlementaire.
Présence remarquée du RHDP
Autre fait notable : la présence remarquée du RHDP, parti au pouvoir, pourtant en rupture avec le PDCI-RDA, en tant qu’invité d’honneur. Un détail qui n’a pas manqué d’alimenter les spéculations. Deux semaines plus tard, Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP et chef de délégation du parti, a levé un coin de voile sur cette participation.
« Ouattara est le chef de famille des Houphouëtistes, au pouvoir comme dans l’opposition. Le Président veut une Côte d’Ivoire rassemblée », a-t-il confié, jeudi 23 avril, lors d’une rencontre avec des médias et communicants proches du RHDP, à la rue Lepic.

Retour de Thiam en Côte d’Ivoire
Ces propos font écho à ceux tenus par Augustin Thiam, le 18 avril à Yamoussoukro. Gouverneur du district autonome de la capitale politique et aîné de Tidjane Thiam, il conduisait la délégation du RHDP aux festivités. « Le président du PDCI-RDA, monsieur Cheick Tidjane Thiam, a adressé une invitation au président du RHDP, son excellence le président Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire. Le haut représentant de Cheick Tidjane Thiam, le sénateur Gnrangbé Jean, m’a remis cette invitation que j’ai transmise à ma hiérarchie. Après avoir eu l’accord du secrétaire exécutif du RHDP et du président du directoire, le président Alassane Ouattara m’a fait l’honneur de me recevoir et m’a confirmé son intention de nous demander de répondre favorablement à cette invitation et de le représenter », a-t-il expliqué. Il a également évoqué « des actions menées en souterrain » en faveur du retour de Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire, avec un brin d’optimisme.
Les fils du président Houphouët-Boigny
« Nous avons bon espoir qu’un jour, cela finira par trouver une solution positive, que tous les fils du président Houphouët-Boigny se retrouvent autour du président Alassane Ouattara, même ceux qui se déclarent opposants. »

Dans la même dynamique, Gnrangbé Jean a réitéré l’appel au retour du président du PDCI-RDA en ces termes : « Notre souhait à nous tous est que le président Alassane Ouattara facilite le retour de son frère cadet, le président du PDCI-RDA, Cheick Tidjane Thiam, petit-fils du président Félix Houphouët-Boigny, en qui nous nous reconnaissons.» Une déclaration lourde de sens, qui rappelle les années de cohabitation entre le PDCI-RDA et le RHDP. Aussi, malgré les divergences qui ont mis fin à cette alliance en 2018, la succession d’événements observée lors de ces célébrations laisse entrevoir un possible retour à une configuration, similaire à celle des années 2010, qui avait conduit à la victoire d’Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle. Mais à quel prix ? La question reste posée.
« Est-ce que le RHDP est demandeur d’un tel compromis ? Pas évident. Pour ce qui est du PDCI-RDA, des réactions se font entendre, notamment dans les rangs de ceux qui se réclament les “vrais militants” », analyse le journaliste et éditorialiste Félix Bony.
« Ceux-là, poursuit-il, qui disent avoir œuvré avec le président Bédié pour éviter la disparition du PDCI en 2018, s’opposent fermement à toute fusion ou dilution dans un autre parti. Leur ligne : la ténacité, la résilience et la résistance à toute phagocytose. Pour eux, le PDCI-RDA doit pouvoir trouver en son sein des hommes et des femmes capables de porter ce combat. »
Quoi qu’il en soit, Tidjane Thiam, dont les récentes déclarations apparaissent conciliantes à l’égard du président Ouattara, semble s’éloigner de la posture de défiance adoptée par le passé. Une évolution qui laisse entrevoir, en filigrane, la perspective d’une « paix des braves » entre Houphouëtistes.
Thiam joue gros
Après la célébration des 80 ans, la vie au PDCI-RDA reprend son cours habituel. Un quotidien marqué par l’absence du président élu qui, depuis fin mars 2025, dirige le parti par délégation et à distance. À cela s’ajoute la frénésie des assignations en justice. En clair, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est l’espoir diffus d’un retour de l’ancien directeur général du Crédit Suisse en Côte d’Ivoire.

En effet, le plaidoyer public des cadres du PDCI-RDA, conjugué aux confidences du RHDP (voir L’ombre d’un retour à la case départ), laisse entrevoir la fin de son « exil forcé ». Un retour qui pourrait s’inscrire dans un cadre plus large de rapprochement avec le président de la République, SEM Alassane Ouattara, chef de la grande famille houphouëtiste.
Cependant, si cette hypothèse venait à se confirmer, Tidjane Thiam, déjà confronté à une fronde interne depuis sa double élection à la tête du PDCI-RDA, pourrait nourrir des inquiétudes quant à la suite de son leadership. En interne, il peut certes compter sur des inconditionnels, des thuriféraires prêts à le soutenir à tous les niveaux. Mais l’éventualité d’une fracture aggravée n’est pas à exclure.
« Il est vrai, une idylle entre le PDCI et le RHDP est une enjambée aussi plausible que naturelle. Mais que resterait-il des ambitions du PDCI-RDA pour 2030 ? L’expérience a montré que ceux qui goûtent aux délices du pouvoir n’en reviennent guère », s’interroge le journaliste Félix Bony.
De fait, pour l’aile dure du PDCI, l’option d’un retour aux anciennes alliances avec le RHDP demeure impensable. Dans ce contexte, la conquête du pouvoir à l’horizon 2030 pourrait se dessiner en pointillé. En perte de popularité, après les péripéties liées à son retour au pays, Tidjane Thiam aurait alors fort à faire dès le premier tour face au candidat du RHDP. Reste à savoir si un accord du type de celui de 2010 pourrait lui permettre de sauver la face en soutenant un allié houphouëtiste au second tour.
Toujours est-il que la tournure des événements n’a rien de folichon pour le président du PDCI-RDA, qui joue gros entre compromis et compromission.







