Côte d’Ivoire : Ouattara dissout la CEI et rebat les cartes du processus électoral ivoirien
Lemandatexpress – Accusée de partialité par l’opposition et source de tensions à répétition, la CEI disparaît sur décision du gouvernement. Une nouvelle architecture électorale, potentiellement sous supervision administrative, est en préparation.
L’organe chargé d’organiser les élections dans le pays, au cœur des tensions à chaque scrutin, a été dissous par le gouvernement. L’instance qui prendra sa place, dont les contours n’ont pas été dévoilés, devrait être placée sous l’égide directe de l’administration.
La Côte d’Ivoire n’a plus de Commission électorale indépendante (CEI).
« Le Conseil des ministres a décidé de la dissolution de la CEI », a annoncé le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, à l’issue du Conseil des ministres de ce mercredi 6 mai. « Cette décision ouvre la voie à l’avènement d’un nouveau mécanisme de gestion des élections à même de rassurer davantage les acteurs politiques et les Ivoiriens », a-t-il ajouté, sans donner de détails sur les contours de cette future instance. « Il n’y aura pas de CEI réformée », confie à Jeune Afrique une source gouvernementale au fait du dossier. « Une nouvelle entité verra le jour, c’est à l’étude », précise notre source.
Prononcée par le gouvernement, cette dissolution de l’organe chargé des élections dans le pays, mis en place à la fin de la décennie 2000 après les accords interivoiriens de paix de Ouagadougou, est le fruit d’une initiative d’Alassane Ouattara.
Le chef de l’État a confié en privé à plusieurs de ses visiteurs qu’il considérait que la CEI était devenue un trop grand foyer de tensions.
Une impartialité en questionDepuis plusieurs mois, des équipes dédiées travaillaient sur le projet de dissolution de la commission, dont la composition et le fonctionnement cristallisaient les tensions à chaque scrutin, tant dans les rangs du pouvoir qu’au sein de l’opposition.
L’impartialité de la CEI a été plusieurs fois remise en cause, certains acteurs politiques accusant le président de l’institution, Ibrahime Kuibiert Coulibaly, réputé proche du pouvoir, d’œuvrer à chaque élection pour favoriser le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Ce dernier, qui était en séminaire à Assinie avec ses équipes, avait été informé de la décision de dissoudre l’instance avec l’annonce.
Pour l’ex-président Laurent Gbagbo, la CEI était une « arme politique » au service du pouvoir.
Après sa radiation des listes électorales, Tidjane Thiam, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), avait également critiqué la CEI, qu’il accusait d’être partiale et d’avoir participé à son exclusion de la présidentielle de 2025.
En octobre 2025, quelques semaines avant le scrutin présidentiel, le PDCI et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI, de Laurent Gbagbo) avaient claqué la porte de l’instance en invoquant des « irrégularités » et une « incapacité avérée » de la CEI à « organiser des élections justes, inclusives, transparentes et crédibles ».
Un futur organe « indépendant », mais sous l’égide de l’administrationSelon nos informations, le gouvernement prévoit que le futur organe chargé d’organiser les élections ne comportera plus de représentants des différents partis politiques, comme c’est le cas pour la CEI qui vient d’être dissoute.
Il s’agira d’une instance indépendante, mais qui sera cependant placée sous l’égide de l’administration, selon les pistes actuellement à l’étude.Les partis politiques se verront cependant accorder une place au sein d’une autre structure, chargée de la supervision des opérations de vote. « Les Ivoiriens doivent apprendre à faire confiance à leur administration, comme c’est le cas dans d’autres pays, assure une source proche de la présidence. La belligérance et la crise, c’est terminé. »
Un précédent en 2010
Ce n’est pas la première fois que la CEI est dissoute par un président ivoirien : en 2010, quelques mois avant la présidentielle, Laurent Gbagbo avait dissous la commission électorale qui était alors, ironie de l’histoire, présidée par l’actuel Premier ministre, Robert Mambé Beugré.
Laurent Gbagbo le suspectait alors de fraude au profit de l’opposition incarnée alors par Alassane Ouattara.
Source Jeune Afrique
NB: Le titre et le chapeau sont de la rédaction lemandatexpress.net







