
Préparation Coupe du monde 2026/ Victoire des Éléphants sur la France (2-1): Un succès historique aux multiples implications politico-économiques
Lemandatexpress – En amical de préparation pour la Coupe du monde 2026, la Côte d’Ivoire s’est offert le scalp de la France (2-1), jeudi 4 juin, au stade de la Beaujoire à Nantes. Une première victoire historique des Éléphants face aux Bleus qui dépasse largement le simple cadre sportif. Ce succès porte en lui de multiples implications, tant sur le plan politique qu’économique.
« Les équipes africaines, quand elles jouent contre la France, elles sont hyper motivées ». Cette analyse du sélectionneur Didier Deschamps au terme de la rencontre amicale entre Ivoiriens et Français, n’est pas seulement un aveu d’échec. Elle met également en lumière toute la symbolique qui entoure ce genre de rencontre : le lien historique entre l’ancienne puissance coloniale et ses anciennes colonies (pour la plupart), les dynamiques géopolitiques en Afrique, avec en lame de fond le positionnement souvent controversé de la France etc.
Le 04 juin, il y avait donc plus qu’une opposition amicale au stade de la Beaujoire de Nantes. C’était avant une affiche aux élans politiques, et surtout déséquilibrée sur le papier, entre un vice-champion du monde et une sélection absente des deux précédentes éditions du Mondial. Face à la Côte d’Ivoire, se présentait une équipe de France, alors première nation au classement FIFA et son armada offensive emmenée par le virtuose Kylian Mbappé.
L’historique des rencontres était également à son avantage au moment des faits ( 2 victoires, 1 nul en trois matchs). En clair, les Éléphants se trouvaient dans la peau du challenger. Et pourtant, en dépit d’une première mi-temps poussive, Franck Kessié et ses coéquipiers ont fait le job. Deux buts de Guela Doué (53e) et d’Amad Diallo ( 84e) punissaient la France (2-1) dans la nuit printanière de Nantes. « La Côte d’Ivoire a fait des choses mieux que nous. Notamment en terme de vitesse et de percussion », a reconnu Didier Deschamps. Emerse faé, quant à lui, a déclaré : « Chaque victoire compte. Quand vous battez le numéro un mondial, qui n’est pas numéro un pour rien, c’est bon pour le moral. C’était un match particulier, face à un coach (Didier Deschamps) qui a un palmarès énorme, formé comme moi, à Nantes. » Il est certain que la Côte d’Ivoire sera une curiosité dans ce Mondial.
Une victoire dans un contexte diplomatique particulier
À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde en terre américaine, cette victoire, fût-elle en amical, prend un écho particulier dans un contexte où plusieurs pays de l’Afrique francophone traversent des périodes délicates entre crises diplomatiques et marasme économique. En Afrique de l’Ouest, trois pays (Mali, Burkina Faso, Niger) formant l’Alliance des États du Sahel (AES) sont en rupture de ban avec la France. Dans ces Nations, le terrorisme transfrontalier fait des ravages constants.
Au Mali, une attaque stratégique du camp militaire de Kati, près de Bamako, en avril dernier, a fait 23 morts. Un mois plus tôt, au moins 30 policiers burkinabé étaient tués dans une attaque armée visant un site de sécurité dans la région de Yamba, près de la ville de Fada N’Gourma, à l’est du pays. De son côté, la Guinée sort d’une transition militaire soldée par l’élection de Mamadi Doumbouya tandis que le Sénégal est secoué par une crise ouverte entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. De plus, les poussées souverainistes prennent de l’ampleur au fil du régime PATSEF.
Au centre du continent, la RD Congo subit de plein fouet la rébellion du M23, une faction soutenue par le Rwanda. Bref. Dans cette grisaille, la Côte d’Ivoire reste l’un des rares pays non seulement stables mais dont les liens diplomatiques avec la France n’ont pris aucune ride. De sorte que cette victoire sportive prend tout sens. En effet, tout en coopérant harmonieusement avec la France, la Côte d’Ivoire montre qu’elle peut lui tenir tête à quelques niveaux que ce soit dans une concurrence saine.
Croissance économique et développement tous azimuts
C’est un choix de gouvernance privilégiant l’ouverture et le partenariat, dans un monde où les nations se construisent davantage par la coopération que par le repli. Grâce à ce paradigme, la Côte d’Ivoire s’est imposée, depuis 2011, comme l’un des moteurs de la croissance africaine, affichant des performances économiques parmi les plus solides du continent. Selon le groupe de la Banque mondiale, son taux de croissance actuel est de 6,2%.
En clair, le pays a profondément changé de visage en une quinzaine d’années. Et cela à travers la construction d’infrastructures modernes ( autoroutes, ponts, immeubles etc.,) l’amélioration du climat des affaires, des investissements massifs dans les transports, l’énergie, l’éducation et la santé. Cette transformation n’est pas étrangère aux progrès enregistrés dans le domaine sportif. Le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses indicateurs macroéconomiques ; il se reflète aussi dans sa capacité à bâtir des institutions performantes, à former sa jeunesse et à promouvoir l’excellence dans tous les secteurs. Ainsi, la victoire historique des Éléphants face à la France s’inscrit dans une dynamique globale où la Côte d’Ivoire affirme progressivement son rang sur la scène internationale. L’organisation réussie de la Coupe d’Afrique des Nations 2023, remportée par les Éléphants en février 2024, a d’ailleurs constitué une démonstration éclatante du savoir-faire ivoirien.
À Abidjan, Bouaké, Yamoussoukro, San-Pedro, Korhogo, des infrastructures sportives aux normes internationales sont sorties de terre. Le pays a démontré qu’il était désormais en mesure de rivaliser avec les standards les plus élevés. Alors, face à la France, les hommes d’Emerse Faé ont donné une traduction sportive à cette montée en puissance nationale. Leur succès n’est pas seulement celui d’une génération talentueuse ; il est aussi le reflet d’un environnement qui favorise l’ambition, la confiance et la compétitivité. La Côte d’Ivoire a démontré qu’avec de la méthode, de la résilience et de la confiance, il est possible de renverser les pronostics.
Le fruit de la vision d’Alassane Ouattara
Derrière cette trajectoire ascendante se trouve une vision politique portée par le président Alassane Ouattara. Son pari a toujours consisté à faire de la stabilité institutionnelle, de l’ouverture économique et de la coopération internationale les piliers du développement ivoirien.
Dans une sous-région confrontée à des bouleversements sécuritaires et politiques majeurs, la Côte d’Ivoire a su préserver un cadre relativement stable, favorable à l’investissement et à la croissance. « Je suis candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent, dont la gestion exige de l’expérience », déclarait le chef de l’État dans la perspective de la présidentielle d’octobre 2025. « Sous sa présidence, la Côte d’Ivoire a fait d’excellents progrès en glanant aujourd’hui 17 places dans le Doing business. Avec lui, le pays se porte très bien. Ce pays est bancable. C’est un pays où il y a la stabilité politique et économique. », se félicitait déjà en 2019, Dr. Akinwumi Adesina, alors Président de la BAD.
Cette stabilité a permis l’émergence d’une nouvelle génération de talents dans de nombreux domaines, notamment dans le sport. Au football, deux sacres en Coupe d’Afrique des Nations (2015 et 2023) sont venus garnir la vitrine aux trophées. À la Coupe du monde, les Éléphants visent un parcours remarquable en adéquation à le postulat d’une Côte d’Ivoire qui gagne. En effet, sous Alassane Ouattara, le pays s’illustre par sa capacité à produire des résultats dans tous les domaines.
Silas dans le sillage de Mambé
À l’échelle gouvernementale, cette dynamique est relayée par une équipe engagée dans la mise en œuvre des grandes orientations du chef de l’État. Sous la conduite du Premier ministre Robert Beugré Mambé, l’action gouvernementale s’articule autour de l’accélération du développement économique, de la modernisation des infrastructures et de l’amélioration des conditions de vie des populations. Le sport tient une place de choix dans cet ensemble systémique.
Lors de la CAN domestique de 2023, le Premier ministre, ministre des Sports et du Cadre de vie, jouissant de toute la confiance du chef de l’État, avait donné l’impulsion nécessaire pour la réussite organisationnelle. Il confirmait ainsi son sens du devoir citoyen après avoir conduit brillamment, en 2017, l’organisation des 8e Jeux de la Francophonie.
Dans le dispositif gouvernemental, le portefeuille du Sport est désormais entièrement entre les mains de Adjé Silas Metch. Dans cette gouvernance de continuité, le natif de Dabou travaille à maintenir le cap. Lundi 1er juin, lors de la cérémonie d’hommage aux athlètes médaillés du premier semestre de 2026, il a insisté sur les valeurs du travail et la nécessité des résultats probants: « Vous devez vous accrocher en permanence à l’excellence et rechercher la première place ».
24 heures plus tard, le ministre remettait, à Paris, le drapeau national aux Éléphants à la veille du match contre la France et avant leur départ pour l’Amérique. S’en est suivie la victoire (2-1). Un signe avant-coureur ? En tout cas, comme le Premier ministre Mambé, Adjé Silas Metch tient une victoire de prestige qui pourrait en appeler une de plus retissant dans quelques semaines en terres américaines. Car, sur le terrain comme dans les grands défis du développement, la Côte d’Ivoire entend désormais jouer dans la cour des grands.
Martial Galé






