
Cinq ans après son retour en Côte d’Ivoire : Gbagbo déçoit toutes les attentes placées en sa personne
Depuis qu’il est revenu en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo ne fait que de la figuration sur la scène politique.
Le 17 juin 2021, Laurent Gbagbo, ancien Président de la République de Côte d’Ivoire, rentrait au pays après un procès à La Haye, au bout duquel il est sorti libre et pleinement acquitté.
Homme politique de haut plan, beaucoup d’observateurs plaçaient en lui une confiance béate pour résoudre certaines équations politiques qui pendaient dans sa famille politique. Premier gros défi, Laurent Gbagbo devait ravauder le tissu érodé, voire déchiré, du Front populaire ivoirien (FPI), qui était en proie à une dyarchie et à plusieurs années d’instabilité et de crise.
Alors que l’on espérait de lui qu’il rabiboche, en tant que figure tutélaire et garant moral, cette formation politique qui a longtemps été la locomotive de la gauche ivoirienne, l’ancien chef de l’État choisit la rupture et l’amplification des blessures et antagonismes. Il rompt les amarres avec le FPI et, avec une alacrité mêlée de cynisme, il déclare avoir laissé « une enveloppe vide » à Pascal Affi N’Guessan. Une scission dans laquelle la gauche perd en vigueur et Laurent Gbagbo en puissance.
À la tête du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), qu’il fonde en novembre 2021 dans la foulée, Laurent Gbagbo a sabordé tout l’ancrage de la gauche ivoirienne dans la quasi-totalité des circonscriptions électorales. Esseulé quasiment à gauche et sur la scène politique, les résultats électoraux du PPA-CI lors des élections locales (municipales, régionales, sénatoriales) ont été des plus catastrophiques. Le PPA-CI ne compte même pas un seul président de conseil régional. C’est un échec de Laurent Gbagbo.
À la présidentielle de 2025, son obstination à vouloir être candidat vaille que vaille alors qu’il n’est ni éligible ni électeur a parasité tout le processus préélectoral. Résultat des courses : violence électorale et surenchères. La Côte d’Ivoire, qui est inexorablement lancée sur la voie du développement, devrait faire l’économie de ce genre de troubles politiques.
Passée la présidentielle à laquelle il a voulu, forcément, participer, Laurent Gbagbo ordonne aux cadres de son parti de boycotter les législatives. Une incongruité qui lui vaut d’être désobéi par nombre de cadres de son parti. La pluie de lourdes sanctions qui s’est abattue sur ces cadres « rebelles » montre bien que Laurent Gbagbo, depuis son retour de La Haye, n’est plus dans une logique de construction et de stratégie politique, mais plutôt de destruction et de « terre brûlée ».
Qui plus est, il ne veut pas se projeter dans l’avenir en proposant un éventuel successeur, mais il continue, comme un démiurge, de faire la pluie et le beau temps. À tous ces revers politiques, il faut ajouter ses déboires de couple qui ont fortement déçu nombre de ses partisans et aficionados.
En clair, depuis cinq ans, c’est un Laurent Gbagbo déconnecté et décalé qui fait de la figuration sur la scène politique.
L’avenir du PPA-CI en pointillés
Comme il aime à dire qu’il fera de la politique jusqu’à sa mort, il ne faut pas s’attendre à ce que Laurent Gbagbo passe le témoin ou transmette les codes de gestion d’une formation politique maintenant.
Après la présidentielle et les législatives qui l’ont laissé à la traîne, le premier congrès ordinaire du parti, censé colmater les brèches et donner une orientation plus rassurante au parti, a accouché d’une souris.
Laurent Gbagbo continue de naviguer à vue à la tête de cette formation politique pour cinq années encore. Et le parti est bien lancé pour baigner dans une sorte d’immobilisme et de position statique pendant longtemps.
À mesure que l’on approche les élections intermédiaires de 2028, aucun indice ne montre le PPA-CI à l’abordage sur le terrain. La tenue des meetings est le dernier des soucis des cadres du parti, les militants sont laissés pour compte et la formation politique qui fait le charme des partis de gauche demeure une vue de l’esprit au PPA-CI.
La politique étant le reflet de la vérité du terrain, le PPA-CI a du souci à se faire. Car, ces dernières années, à cause de l’avalanche des boycotts, le PPA-CI ne sait plus où avoir de certitudes.
Le RHDP et le PDCI, qui depuis 2010 sont sur le terrain sans discontinuer, ont des ancrages certains. Le mérite venant de la difficulté vaincue, l’on attend toujours Laurent Gbagbo relancer la machine du PPA-CI sur le terrain. Pour l’instant, Laurent Gbagbo semble ne pas avoir la solution. Ni sa longue expérience politique ni son aura ne peuvent faire infléchir la donne.
Se défaire des oripeaux
Le salut de Laurent Gbagbo, aujourd’hui, réside dans sa capacité à se défaire de vieux oripeaux. Comme un athlète de haut niveau en fin de carrière, l’ancien chef de l’État doit reconnaître ses limites et se mettre au diapason des réalités implacables.
Le président du PPA-CI, pour son parcours historique, a l’obligation, pour la survie et la vigueur de son parti, de faire front avec tous les partis de gauche pour espérer titiller le parti au pouvoir ou donner du fil à retordre dans la hiérarchie au PDCI-RDA.
Laurent Gbagbo doit prendre de la hauteur et ne pas se laisser rabâcher les oreilles par les paroles mielleuses et flatteuses des flagorneurs qui continuent de le faire passer pour ce qu’il n’est plus.
Les années en prison et les cinq ans de déconnexion depuis son retour en Côte d’Ivoire font qu’il n’est plus l’homme de la situation. Bien au contraire, il est le problème et gagnerait à passer la main pour un jeu démocratique qui repose sur des principes simples, clairs et efficaces.
Source: Le Mandat







