Niger : l’AES a-t-elle contribué à l’échec de la mutinerie ?
Quarante-huit heures après la mutinerie survenue au Niger, certains observateurs s’interrogent sur la participation ou non des autres États membres de l’AES à l’échec de cette tentative de déstabilisation.
Lancée en décembre 2025 avec pour ambition de mutualiser les moyens militaires des trois pays, l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) devait, à terme, compter entre 5 000 et 6 000 soldats et constituer l’un des piliers de la lutte contre les groupes djihadistes, mais aussi contre toute menace visant la souveraineté des États membres.
Lors des attaques coordonnées du 25 avril 2026 au Mali, les autorités de l’AES avaient fait état, dans leur communiqué, d’opérations aériennes menées par la force unifiée. Quid de la mutinerie survenue samedi au Niger ? À ce stade, comme le souligne Reuters, les informations disponibles indiquent que cette attaque a été contenue par les forces nigériennes restées fidèles au général Abdourahamane Tiani, avec le soutien de militaires russes de l’Africa Corps, dont des éléments sont déployés sur la base aérienne 101 de la capitale nigérienne.
Cette base militaire accueille également des soldats de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Si l’engagement des paramilitaires de l’Africa Corps aux côtés des forces loyalistes semble avéré, aucun élément public ne permet, pour l’heure, d’affirmer que des troupes maliennes ou burkinabè ont participé directement aux opérations visant à reprendre le contrôle de la situation à Niamey.
En effet, le communiqué publié samedi 29 août par la Confédération des États du Sahel ne fait état d’aucune intervention militaire de ses membres. L’organisation y exprime son soutien au Niger et condamne ce qu’elle qualifie d’« entreprise de déstabilisation » contre l’un de ses États membres.
Une solidarité politique, mais encore peu de visibilité militaire
Cette séquence est intéressante à plus d’un titre. Elle place, en effet, l’AES face à une première épreuve qui ne relève pas directement de la lutte contre les groupes armés jihadistes : la protection d’un régime membre contre une tentative de déstabilisation interne.
Sur le plan politique, la réponse de la Confédération est claire : une attaque contre l’un de ses membres est présentée comme une menace contre l’ensemble du bloc. Mais sur le plan militaire, le silence entourant une éventuelle intervention malienne ou burkinabè entretient le doute sur le degré réel d’intégration de la force commune.
Cette nuance est importante. La présence de soldats de l’AES sur la base aérienne 101 ne signifie pas nécessairement qu’ils ont été engagés dans les opérations contre les mutins. De même, l’intervention de l’Africa Corps, si elle est confirmée, ne saurait à elle seule être assimilée à une opération de la force unifiée de l’AES.
La mutinerie de Niamey constitue ainsi un test grandeur nature pour l’ambition sécuritaire de la Confédération. Si l’échec de la tentative de déstabilisation démontre la capacité des autorités nigériennes et de leurs partenaires immédiats à réagir rapidement, il ne permet pas encore de mesurer la capacité de l’AES à projeter effectivement ses forces d’un État membre à un autre en cas de crise politique ou militaire.
À ce stade, l’enseignement est donc à double lecture : l’AES a affiché une solidarité politique rapide et sans ambiguïté avec le Niger, mais rien ne permet encore d’établir que sa force militaire commune a joué un rôle direct dans l’échec de la mutinerie. Pour une organisation qui entend faire de la défense collective de ses membres l’un de ses marqueurs, cette distinction est loin d’être anodine.
M. Galé, avec Reuters







