Prévention et lutte contre la corruption : la Côte d’Ivoire consolide ses acquis et renforce son dispositif national
Les résultats de l’évaluation 2024 mettent en évidence des avancées au plan international, institutionnel, ainsi qu’en matière de prévention et de répression
La Haute Autorité pour la bonne gouvernance (HABG) a ouvert, lundi 31 août 2026, l’atelier de validation de l’avant-projet de rapport d’évaluation 2024 des activités liées à la prévention et à la lutte contre la corruption et les infractions assimilées en Côte d’Ivoire, à Grand -Bassam.
Prévu du 31 août au 2 septembre 2026, cet atelier constitue une étape importante dans l’appréciation des actions menées en matière de bonne gouvernance et d’intégrité.
À cette occasion, Yao Kouakou Daniel, membre du Conseil de la HABG, représentant Zoro Bi Ballo Épiphane, Président de ladite institution, a mis en lumière les principaux résultats issus de l’évaluation des activités conduites en 2024.
Son intervention a fait ressortir une performance globalement satisfaisante et en progression du dispositif national de prévention et de lutte contre la corruption, avec des avancées significatives à plusieurs niveaux.
Des progrès perceptibles au niveau des indicateurs internationaux de gouvernance
L’un des enseignements majeurs présentés au cours de cette cérémonie concerne l’évolution des indicateurs internationaux de gouvernance.
Selon Yao Kouakou Daniel, les efforts engagés par la Côte d’Ivoire au cours des dernières années ont contribué à renforcer la crédibilité de son dispositif de gouvernance et de lutte contre la corruption sur la scène internationale.
Des améliorations ont notamment été relevées dans les évaluations du Millennium Challenge Corporation (MCC) et dans les Indicateurs mondiaux de la gouvernance de la Banque mondiale, traduisant les évolutions positives observées dans le cadre de la gouvernance publique.
Le représentant du Président de la HABG a également rappelé les résultats enregistrés dans le cadre de l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International.
Selon les données présentées dans son allocution, le score de la Côte d’Ivoire est passé de 46 en 2023 à 45 en 2024, évolution que le discours rattache à la dynamique globale des efforts engagés par le pays en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption. Ces différents indicateurs constituent, au-delà des chiffres, des instruments permettant d’apprécier les progrès réalisés et d’identifier les domaines dans lesquels des efforts supplémentaires doivent être consentis.
Un cadre institutionnel renforcé
Au niveau institutionnel, l’année 2024 a été marquée par plusieurs réformes qualifiées de structurelles et structurantes.
Parmi les avancées majeures figure l’adoption, le 12 juin 2024, de la première Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2024-2028. Ce document constitue désormais le cadre de référence pour la planification et la coordination des interventions en matière de prévention et de lutte contre la corruption.
Cette stratégie traduit la volonté de renforcer la cohérence des actions engagées par les différentes parties prenantes et d’inscrire la lutte contre la corruption dans une démarche durable, coordonnée et fondée sur les résultats.
Le représentant du Président de la HABG a également souligné le renforcement du cadre juridique, notamment à travers les textes relatifs aux bénéficiaires effectifs, à l’entraide judiciaire et aux sanctions en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Ces évolutions participent au renforcement de l’environnement normatif et institutionnel nécessaire à une lutte plus efficace contre les pratiques corruptives et les infractions assimilées.
La prévention, un axe majeur des résultats enregistrés
L’évaluation 2024 fait également ressortir des performances importantes dans le domaine de la prévention.
Le résultat le plus significatif concerne le taux de déclaration de patrimoine, qui a atteint 99,9 % en 2024, contre 83,03 % en 2023. Cette progression traduit un renforcement de l’adhésion des assujettis aux exigences de transparence et de prévention des risques de conflits d’intérêts et d’enrichissement illicite.
La modernisation de l’administration constitue également un levier important de prévention. En 2024, 256 services publics ont été digitalisés, tandis que la signature électronique a été déployée dans plusieurs administrations.
La transformation numérique contribue ainsi à réduire les interactions physiques, à améliorer la traçabilité des procédures et à renforcer la transparence dans la délivrance des services publics. À ces mesures s’ajoutent les actions de sensibilisation, de formation et de promotion de l’éthique et de l’intégrité, destinées notamment aux agents publics, aux jeunes, aux professionnels des médias et aux organisations de la société civile.
Ces initiatives participent à l’émergence progressive d’une véritable culture de l’intégrité, considérée comme l’un des fondements d’une prévention durable de la corruption. Plus de transparence dans la gouvernance financière et la commande publique. Les résultats présentés ont également mis en évidence les efforts accomplis dans le domaine de la gouvernance financière et de la commande publique.
En 2024, 5 510 marchés publics, représentant un montant de 403 milliards de francs CFA, ont été contrôlés. Ces contrôles contribuent à renforcer la transparence dans la commande publique, à détecter les éventuelles irrégularités et à préserver les ressources de l’État. Dans le même temps, les mécanismes d’audit et de suivi des partenariats public-privé ont été renforcés.
Les actions de contrôle administratif et financier ont également permis de relever plusieurs irrégularités et d’engager des mesures correctives. Elles constituent, à ce titre, un instrument essentiel de prévention des mauvaises pratiques et d’amélioration de la gestion des ressources publiques.
Une dynamique répressive davantage affirmée Au-delà de la prévention, le dispositif national a également enregistré une activité soutenue en matière de répression.
Les mécanismes de dénonciation ont connu une forte sollicitation.
La Haute Autorité pour la bonne gouvernance a notamment procédé au traitement de 92 plaintes et dénonciations, tandis que plusieurs milliers de signalements ont été reçus par les institutions spécialisées. Ces données témoignent d’une mobilisation croissante des mécanismes de détection et de signalement des faits susceptibles de constituer des actes de corruption ou des infractions assimilées. Les investigations menées ainsi que les procédures disciplinaires et judiciaires engagées ont, par ailleurs, donné lieu à des sanctions administratives, financières et pénales.
Pour Yao Kouakou Daniel, ces résultats traduisent une amélioration progressive de la capacité du dispositif national à détecter, traiter et sanctionner les actes de corruption.
Des acquis à consolider et des défis à relever
Si les résultats présentés témoignent d’une dynamique encourageante, la lutte contre la corruption demeure un chantier permanent.
Plusieurs défis continuent de peser sur l’efficacité globale du dispositif national.
Il s’agit notamment de la coordination intersectorielle, de la protection des lanceurs d’alerte, de la digitalisation des processus, du renforcement des ressources humaines spécialisées et du financement pérenne de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2024-2028.
La consolidation des acquis apparaît dès lors comme une priorité. Il s’agit non seulement de maintenir les performances enregistrées, mais surtout d’accroître leur impact sur la réduction durable de la corruption.
L’évaluation, un outil d’amélioration continue de l’action publique
En mettant en lumière les résultats de l’année 2024, la HABG entend faire de l’évaluation un véritable outil d’aide à la décision.
Le rapport d’évaluation constitue en effet un instrument permettant de mesurer les progrès accomplis, d’identifier les insuffisances et de formuler les orientations nécessaires à l’amélioration du dispositif national.
L’atelier de validation ouvert le 31 août 2026 doit ainsi permettre aux représentants des institutions, des ministères, des structures techniques, du secteur privé et de la société civile d’examiner l’avant-projet de rapport, d’en améliorer le contenu et de formuler des recommandations pertinentes.
Les travaux serviront également de point de départ au processus d’élaboration du rapport d’évaluation 2025, avec l’objectif d’améliorer davantage la collecte, la qualité et la célérité dans la transmission des données.
Une dynamique à poursuivre
À travers les résultats présentés par Yao Kouakou Daniel, représentant le Président de la HABG, l’année 2024 apparaît comme une année marquée par des avancées importantes dans la prévention et la lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire.
Progrès des indicateurs de gouvernance, renforcement du cadre institutionnel, amélioration du taux de déclaration de patrimoine, digitalisation des services publics, contrôle accru de la commande publique, multiplication des actions de sensibilisation et activité répressive soutenue : autant d’éléments qui témoignent d’une dynamique de consolidation du dispositif national d’intégrité.
Ces acquis appellent toutefois à la poursuite des efforts. Car la lutte contre la corruption ne se mesure pas uniquement à l’adoption de textes ou au nombre d’actions réalisées. Elle se juge également à la capacité collective à transformer durablement les pratiques, à renforcer la confiance dans les institutions et à garantir une gestion toujours plus transparente et responsable des affaires publiques.
C’est dans cette perspective que la validation du rapport d’évaluation 2024 et le lancement du processus d’élaboration du rapport 2025 prennent tout leur sens à savoir, mesurer les progrès, corriger les insuffisances et renforcer continuellement l’efficacité de l’action publique contre la corruption. C’est ce qu’ a indiqué le secrétaire général de la HABG, dans son mot de bienvenu. “Nous sommes réunis ici autour d’un enjeu de grande importance qui est de porter un regard lucide sur l’action accomplie en matière de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées, mesurer les résultats obtenus, identifier les défis persistants et surtout en tirer les enseignements nécessaires pour mieux agir”, dira Diamouténé Oumar Doh.
Mathias Kouamé







