Mobilité électrique et finance climat : l’argent attend des dossiers solides et inclusifs

lemandatexpress – L’argent de la finance climatique existe et ne demande qu’à être capté, mais les projets soumis manquent trop souvent de maturité pour convaincre des bailleurs désormais inflexibles sur les enjeux d’égalité des sexes. Le constat est particulièrement marqué en Côte d’Ivoire, où le Fonds vert pour le climat n’a encore financé aucune initiative dans le secteur des transports, tandis que le guichet privé du Fonds pour l’environnement mondial demeure nettement sous-exploité.

Pour combler ce déficit stratégique, le ministère des Transports et des Affaires maritimes réunit cinquante acteurs clés lors d’un atelier d’apprentissage de deux jours, organisé les 3 et 4 novembre 2026 au Novotel d’Abidjan-Plateau. Cette initiative s’attaque à une difficulté très concrète du terrain. De Korhogo à Bouaké, de nombreuses coopératives féminines de transformation de produits vivriers souhaitent délaisser leurs vieux tricycles thermiques au profit de modèles électriques alimentés à l’énergie solaire. L’équation économique s’avère rentable avec moins de carburant, une réduction des pannes et des livraisons plus rapides. Cependant, le passage au guichet bancaire constitue souvent une impasse : faute de titres fonciers pour apporter des garanties financières, les crédits leur sont refusés. Sans propriété foncière, le financement s’effondre, bloquant ainsi la transition écologique à la base.

C’est précisément ce problème que vise à résoudre l’Unité de gestion du Projet FEM N°11042. Initialement prévue en août, cette rencontre repoussée de deux mois constitue le troisième et dernier atelier de l’année 2026. Pour relever ce défi, cinquante participants représentant quarante-sept structures ont été rassemblés. Le tour de table associe neuf ministères clés, des régulateurs sectoriels tels que l’ARTI et l’ANARE-CI, des entités publiques comme l’AMUGA, le FDTR, la CIE ou CI-Énergie, ainsi que les autorités des districts d’Abidjan et Yamoussoukro et de plusieurs conseils régionaux. Le secteur privé y est fortement représenté par la CGECI, la CCI-CI, le GIPAME ou l’APEME, aux côtés d’organisations féminines engagées comme le RET-PACI, la Fédération des femmes du secteur vivrier, l’Ong GEPALEF, Women and Environment et l’Observatoire national de l’équité et du genre. L’écosystème institutionnel est complété par la Commission nationale du FEM, l’ONUDI, le PNUE et le centre ECREEE de la CEDEAO. Soucieux de cohérence, l’organisation impose une représentativité minimale de 30 % de femmes et 20 % de jeunes au sein de la salle.

L’intégration transversale du genre répond à une exigence devenue centrale chez les bailleurs internationaux. Un rapport répertorié de la FAO a mis en lumière l’extrême vulnérabilité des ménages ruraux dirigés par des femmes face aux chocs climatiques, principalement en raison d’un accès plus restreint à la terre, au crédit et aux équipements. Désormais, des institutions comme le Fonds vert pour le climat et le FEM conditionnent leurs financements à des évaluations et des plans d’action axés sur l’égalité. Un dossier qui néglige cette dimension est d’emblée affaibli. L’atelier intègre donc le genre non pas comme un rajout formel, mais comme un fil conducteur indispensable du cycle de projet.

Lire aussi: Côte d’Ivoire : Le ministre Amadou Koné échange avec l’équipe du projet Mobilité Électrique FEM-UNIDO

Animé par deux spécialistes en finance climatique et en égalité des sexes, le programme prévoit un premier volet consacré au fonctionnement des grands fonds mondiaux et aux raisons des réjections de dossiers, suivi d’une analyse des vulnérabilités spécifiques aux femmes. La seconde journée se veut résolument pragmatique avec l’apprentissage de la chaîne de résultats, la budgétisation sensible au genre et la conception de notes conceptuelles. Cinq groupes de travail élaboreront ainsi des propositions concrètes ancrées dans les territoires pilotes du projet, notamment à Korhogo, Odienné, Yamoussoukro, sur l’axe Soubré-San Pédro, dans le Grand Abidjan ou à Bouaké, avant de soumettre leurs travaux à une évaluation croisée.

Approuvé en novembre 2023 et lancé un an plus tard, ce projet de mobilité électrique de 2,27 millions de dollars financé principalement par le FEM et exécuté par l’ONUDI entre désormais dans sa phase décisionnelle. Alors que le Groupe A3E mène les études techniques de démonstration depuis le mois d’août, la formation des acteurs vise à pérenniser les initiatives et à transformer ces essais en programmes financés à grande échelle. La cérémonie d’ouverture réunira les représentants de la CNFEM, la Représentante pays de l’ONUDI, Volatiana Rakotondrazafy Andriatahina, ainsi que le représentant du ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné. Bien que deux jours ne suffisent pas à finaliser un dossier d’envergure, l’aboutissement d’une seule de ces notes conceptuelles permettrait à la Côte d’Ivoire de décrocher son premier financement du Fonds vert dans le secteur des transports, tout en plaçant les femmes au cœur de la transition énergétique.

Zéphirin Gohia

lemandatexpress.net

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