Aka Maguy (Promotrice de l’autotest de dépistage) : « J’ai fait l’autotest de dépistage parce que c’est confidentiel »

Après son test de dépistage, Aka Maguy, couturière à Songon (Yopougon), est devenue promotrice de l’autotest de dépistage. Dans l’entretien qui suit, elle expose son expérience.

Comment est arrivée la décision de faire l’autotest de dépistage du VIH/SIDA ?

J’ai été approchée par une fille, agent communautaire de l’Ong COVIE. Elle m’a proposé de faire le test de sérologie pour connaître mon statut. Elle m’a expliqué que c’est une bonne chose pour ma sécurité et ma santé. Je dois dire que, moi j’ai horreur des aiguilles. Elle m’a proposé les deux tests, j’ai préféré l’autotest.

La peur de l’aiguille vous a conduit à opter pour l’autotest ?

Oui, exactement !

Aviez-vous auparavant fait des tests de dépistage du VIH/SIDA ?

 Oui, j’ai une fois fait le test de dépistage.

Aviez-vous déjà entendu parler de l’autotest de dépistage ?

Non. J’ignorais l’existence de cette approche en Côte d’Ivoire. Cette ignorance m’a fait douter de la fiabilité de ce test. Mais l’agent communautaire m’a rassurée et j’ai accepté de faire le test.

Quels arguments a-t-elle défendu pour vous convaincre ?

Elle m’a convaincue par sa manière de me sensibiliser. Elle a dit qu’aujourd’hui, il n’y a plus de raison d’avoir peur du SIDA. La médecine a évolué et des solutions existent. L’autotest est comme la porte d’entrée.

Et au sujet de l’autotest ?

Elle m’a dit que l’autotest est crédible. Il est tout aussi valable que le test sanguin que tout le monde connait. Et lorsque le résultat est positif, vous êtes orienté vers une structure de santé qui peut vérifier et confirmer le résultat.

Au début, vous avez douté, puis après vous vous êtes ressaisie. N’avez-vous pas eu peur de découvrir que vous êtes séronégative ou séropositive ?

 C’est logique que cela peut être négatif comme positif. Comme je l’avais indiqué plus haut, on est allé un peu à l’école, donc on connaît un peu les implications. Mais elle m’a déjà dit aussi que même si le résultat est positif, il y a des médicaments qui sont là. C’est gratuit. Elle m’a convaincue. Voilà pourquoi j’ai fait le test.

Si je vous suis, le caractère confidentiel a été déterminant dans votre décision ?

Effectivement. Parce que le test est confidentiel, et c’est moi-même qui l’ai fait à la maison, puis j’ai appelé pour donner le résultat. Elle m’a même dit auparavant que si je l’appelle pour lui dire le résultat, cela ne sortira nulle part. Juste qu’elle va m’accompagner à l’hôpital pour aller chez le médecin pour le traitement au cas où c’est positif.

Auriez-vous accepté de faire le test, si elle s’était présentée uniquement avec le test sanguin avec les mêmes arguments ?

 Non.

Pourquoi ?

Je n’aime pas qu’on me pique. 

Avez-vous eu des difficultés lorsque vous étiez en train de faire le test ?

 Un peu. Comme elle m’a dit qu’il y a une notice dedans qu’il fallait regarder, j’ai suivi les instructions. C’est ce qui était dans le test.

Aujourd’hui vous êtes une promotrice de l’autotest. Pourquoi cette décision ?

J’ai décidé de le faire parce que j’ai vu que c’est plus confidentiel. Moi, je parle de ça à mes camarades. Pour qu’elles puissent utiliser l’autotest. Parce que tu peux le faire à la maison. Beaucoup de personnes me disent qu’elles ne veulent pas faire le test. Parce que si c’est positif, tout le monde le saura et elles seront stigmatisées. Donc, je leur ai dit que ce n’est pas le cas avec l’autotest. Vraiment, tu peux faire ta chose à la maison. C’est vrai que nous sommes des copines, mais tu n’es pas obligée de venir me dire ton résultat. Cela fait que beaucoup de mes connaissances préfèrent utiliser l’autotest aussi.

Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez une idée du nombre de personnes qui ont accepté de faire le test ?

Beaucoup de femmes se font dépister. Au moins 150. Puisque je suis dans des associations. Je parle de ça, quand il y a des réunions, il y a des personnes qui demandent, puis elles appellent.

Peut-on dire qu’il y a de l’engouement ?

Oui, il y a de l’engouement parce que c’est plus confidentiel. Quand les gens entendent déjà le mot confidentiel, ils préfèrent faire ça à la maison. Déjà, moi-même, je leur ai dit que s’il s’avère que le test est positif, elles vont faire des tests sanguins ; des tests de confirmation. Autre argument, c’est que moi-même, je ne vais pas avoir le résultat.

Si vous êtes en face de quelqu’un qui est sceptique, qu’est-ce que vous lui dites concrètement, à part ce que vous venez de me dire ?

C’est vraiment très important de se faire tester. C’est très important de connaître son statut. Parce que tu peux être en bonne santé, pourtant tu souffres d’une maladie que tu ne sais pas. Si par hasard, tu es contaminé, les médicaments du VIH sont gratuits. On ne paye absolument rien. Je dis souvent, imaginez qu’on dise que tu as le cancer. Entre le cancer et le VIH, qu’est-ce que tu préfères ?

Comment réagissent-ils en général ?

Certaines personnes disent qu’elles préfèrent quand on les pique, là, ça va se passer vite. D’autres sont favorables au test. Parce que c’est plus confidentiel. Tu fais ça à la maison, ni tes enfants, ni ton mari ne sont obligés de voir ton résultat. Je demande aux populations d’utiliser l’autotest, parce que c’est confidentiel.

Interview réalisée par César Ebrokié

Une réponse aux attentes de la lutte contre le VIH

L’autotest de dépistage du VIH/SIDA n’est pas une trouvaille ex-nihilo. C’est une réponse adaptée aux exigences de la lutte contre la propagation du Syndrome d’Immunodéficience Acquise (SIDA). En effet, l’ONUSIDA a demandé que d’ici 2030, les Etats relèvent le défi des 3×95 (ou 95-95-95). C’est-à-dire, que 95 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) connaissent leur statut sérologique. Et par ricochet, 95 % des personnes diagnostiquées séropositives au VIH reçoivent un traitement antirétroviral durable ; 95 % des personnes sous traitement ARV aient une charge virale supprimée.

L’introduction de l’autotest en Côte d’Ivoire s’inscrit dans ce contexte. Le ministère de la Santé et de l’hygiène publique entend booster l’élan des dépistages, en créant les conditions qui s’y prêtent. L’autotest n’est pas le seul instrument. Il fait partie de l’arsenal dénommé « dépistage différencié ».

 « Le dépistage différencié, c’est le fait d’adapter les modalités du dépistage du VIH selon le profil de risque, les besoins et le contexte de chaque personne ou groupe de personnes », explique Dr Kouamé, du Programme national de lutte contre le VIH/SIDA.

Outre l’autotest de dépistage, l’on distingue le Conseil Dépistage à l’Initiative du Client : CDIC/CDV, le Dépistage en communauté, le Conseil Dépistage à l’Initiative du Prestataire (CDIP) et l’Index-testing.

César Ebrokié

lemandatexpress.net

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