
Côte d’Ivoire : La sorcellerie, entre traditions et fléau des temps modernes – Thérèse Tra Lou : « 80 % des maladies viennent de la sorcellerie »
Lemandatexpress – En Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, la sorcellerie occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif. Héritage de traditions anciennes, elle est perçue à la fois comme un outil de protection, un moyen de contrôle social, mais aussi comme une force destructrice.
Aujourd’hui, elle est souvent invoquée pour expliquer des situations inexplicables : échecs scolaires répétés, maladies mystérieuses, blocages financiers, infertilité ou encore décès soudains.
Si autrefois la sorcellerie était intégrée aux structures traditionnelles comme régulateur social, elle tend désormais à être perçue comme un fléau. Dans la capitale politique comme ailleurs, de nombreuses familles vivent sous la peur de malédictions ou d’attaques invisibles. Face à cela, des religieux, notamment dans les milieux chrétiens, s’érigent en rempart pour « délivrer » les victimes présumées.
Dans la communauté chrétienne, plusieurs pasteurs, prophètes et prophétesses se présentent comme spécialistes du désenvoûtement et de la guérison spirituelle. Leur message attire des foules en quête d’explications et de solutions. Parmi eux, une figure féminine attire particulièrement l’attention : la prophétesse Thérèse Tra Lou, fondatrice et responsable du Ministère de l’Éternel des Armées, Temple des Vainqueurs, à Yopougon, non loin du Pôle pénitentiaire d’Abidjan.

Le 6 septembre 2025, son église a célébré le 9ᵉ anniversaire de son existence. Dès l’aube, les fidèles ont organisé une procession rythmée de chants et de prières, dans une ambiance festive et spirituelle. Cet événement, au-delà de la célébration, fut aussi l’occasion de lancer une grande collecte de fonds pour la construction d’un nouveau temple moderne.
« 80 % des maladies viennent de la sorcellerie »
Devant ses fidèles et les médias, la prophétesse a rappelé la mission centrale de son ministère : combattre les œuvres de la sorcellerie. Selon elle, « près de 80 % des maladies trouvent leur origine dans la sorcellerie » et seule la délivrance spirituelle peut apporter guérison et restauration. Elle cite de nombreux témoignages : des femmes sorties du coma après des prières; des couples ayant reçu « la grâce de la maternité » après des années de stérilité; des enfants autrefois déscolarisés qui ont repris le chemin de l’école et poursuivent aujourd’hui leurs études.
Ces récits renforcent la conviction de ses fidèles que la foi, alliée à la prière, peut briser les chaînes invisibles attribuées à la sorcellerie.
Entre foi, espoir et débats sociaux
Cependant, l’omniprésence de la sorcellerie dans le discours social ivoirien soulève des débats. Certains y voient une réalité spirituelle incontournable, d’autres un frein au développement et à la responsabilisation individuelle. Pour les premiers, les délivrances apportent des solutions concrètes là où la médecine ou les institutions échouent. Pour les seconds, elles entretiennent la peur et la dépendance à des figures religieuses, au détriment d’explications scientifiques et rationnelles.
Malgré ces controverses, des milliers de personnes continuent d’affluer dans ces temples de prière. Pour beaucoup, la lutte contre la sorcellerie est devenue un combat quotidien qui conditionne leur santé, leur réussite et leur avenir.
Une nouvelle ère de l’Église ivoirienne ?
À travers son projet d’un nouvel édifice, la prophétesse Thérèse Tra Lou ambitionne d’élargir son action. Elle affirme vouloir bâtir un lieu où la délivrance et la guérison spirituelle continueront d’être offertes à ceux qui souffrent dans le silence. Pour ce ambitieux projet, une collecte d’offrande est levée, destinée à la construction d’un futur temple estimé à 300 millions FCFA.
Son initiative illustre une tendance plus large : la montée en puissance des églises dites de délivrance, qui s’imposent comme acteurs spirituels mais aussi sociaux face aux angoisses liées à la sorcellerie.
Dans une Côte d’Ivoire en pleine mutation, la question reste ouverte : la sorcellerie doit-elle être vue comme une simple croyance héritée du passé, ou comme une réalité sociale à laquelle la foi tente d’apporter une réponse ?
I.D







