
Transition au Gabon: Macron affiche son soutien et prône un partenariat «gagnant-gagnant »
En visite à Libreville, Emmanuel Macron a salué le « tournant » politique opéré par Brice Clotaire Oligui Nguéma depuis le putsch de 2023 et assuré que la France resterait un partenaire « à sa juste place ». Entre coopération militaire allégée, nouveaux engagements économiques et volonté commune de tourner la page de l’économie de rente, Paris et Libreville affichent un rapprochement assumé.
À Libreville, le chef de l’État français a salué la transition politique menée par son homologue gabonais après l’ère Bongo. Emmanuel Macron a rappelé la juste place de la France aux côtés des forces gabonaises dans une optique de formation, et à la faveur de partenariats économiques « gagnant-gagnant ».
« La France sera là, à sa juste place » : le président français Emmanuel Macron a salué, le 23 novembre, le « tournant » au Gabon après le putsch de 2023 et promis d’« accompagner » le nouveau président Brice Clotaire Oligui Nguéma, à l’origine du coup d’État, dans le renouveau et la transformation économique du pays. « Le 30 août 2023 a été un tournant dans l’histoire politique du Gabon. Vous avez ouvert une nouvelle ère fondée sur le renouveau, l’inclusivité, la pluralité des opinions que nos deux pays partagent profondément », a déclaré le chef de l’État français en référence au putsch qui a mis fin à cinquante-cinq ans de dynastie des Bongo. « Sachez une chose, la France sera là, à sa juste place, c’est-à-dire celle d’un ami qui peut vous aider à réussir avec esprit de respect », a-t-il ajouté en promettant des « partenariats gagnant-gagnant ».
Le général Oligui, élu président en avril à l’issue de dix-neuf mois de transition, a insisté de son côté sur la nécessaire diversification de l’économie gabonaise, encore trop dépendante des hydrocarbures.
« L’industrialisation en est l’un des principaux piliers, notamment par la transformation locale de nos matières premières », a-t-il martelé en référence notamment au manganèse dont le Gabon est l’un des leaders mondiaux. Appelant les « entreprises françaises à être exemplaires », il a critiqué au passage le groupe minier français Eramet, jugé trop long à acter cette transformation, et sollicité son hôte pour que l’entreprise « respecte ses engagements ».
Vers la fin de l’économie de rente
« Notre avenir commun passe nécessairement par la suppression de l’économie de rente », a poursuivi le président gabonais, en appelant aussi à la « coopération judiciaire » de la France pour aider son pays à récupérer « les avoirs détournés » par son prédécesseur Ali Bongo.
Contrairement à plusieurs pays du Sahel qui ont tourné le dos à la France, ex-puissance coloniale, entre 2021 et 2023 après des coups d’État, le nouveau président gabonais a pleinement maintenu les liens. Signe d’une relation au « beau fixe », il a d’ailleurs accueilli son hôte avec tous les honneurs dès sa descente d’avion, au rythme de 21 coups de canon. Revue de troupes, défilé militaire sur le tarmac et, à la sortie de l’aéroport, des milliers de personnes acclamant les deux présidents dans une ambiance survoltée… la présidence gabonaise avait sorti le grand jeu.
Les deux dirigeants ont ensuite pris place à bord d’une limousine décapotable pour se rendre vers le palais présidentiel.
« Partenariat gagnant-gagnant »
D’immenses portraits des deux chefs d’État proclamant « un partenariat gagnant-gagnant » avaient été disposés à travers Libreville, des drapeaux français hissés sur les axes principaux de la capitale, embellis et rénovés pour l’occasion. Après sa prise de pouvoir, le général Oligui a aussi renouvelé le partenariat de défense avec la France pour deux ans. Cet accord devra de nouveau être approuvé en janvier prochain. Déconfiturant son dispositif militaire en Afrique, la France a réduit sa présence militaire au Gabon à une centaine d’hommes – loin des 1 200 des années 2000. Cette présence est désormais axée sur la formation des forces gabonaises.
Une académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles, formant des cadres spécialisés dans la lutte contre le braconnage et l’orpaillage illégal, va ainsi être installée au Camp de Gaulle, où sont basés les soldats français. Les entreprises françaises espèrent de leur côté renforcer leur implantation dans le pays où elles sont déjà très présentes dans les hydrocarbures, le manganèse et le bois. L’Agence française de développement (AfD) a de son côté confirmé un prêt de 173 millions d’euros (plus de 100 milliards de fcfa) et une subvention de 30 millions d’euros (plus de 19 milliards de fcfa) sur fonds européens pour la réhabilitation du Transgabonaise, l’unique voie ferrée du pays, vitale pour le transport de manganèse.
Un plan de rénovation lancé en 2024 prévoit de remplacer 270 des 648 km de traverses et de rails d’ici à 2027 – un effort colossal en raison des sols instables, de la densité de la forêt tropicale et d’une pluviométrie importante.
Jeune Afrique
NB: Le titre et le chapeau sont de la rédaction







