
Assalé Tiémoko, depuis Tiassalé : « La démocratie ivoirienne est malade, cette maladie dure depuis 30 ans »
Lemandatexpress – Le mouvement politique Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire (ADCI) a tenu sa rentrée politique, samedi 02 mai 2026, à l’esplanade de la mairie de Tiassalé. Une tribune mise à profit par le leader dudit mouvement pour poser un diagnostic sans ménagement de la démocratie en Côte d’Ivoire.
Décidée en février dernier, la rentrée politique de l’ADCI s’est tenue à bonne date, malgré les récents déboires judiciaires de son leader. Les militants, venus des quatre coins du pays, ont investi l’esplanade de la mairie dans une mobilisation des grands jours, saluée par Assalé Tiémoko.
« Votre engagement sans faille, votre courage face aux obstacles et votre détermination dans l’action honorent notre combat. Partout sur le terrain, souvent dans l’ombre, sans calcul et depuis bientôt deux années, vous avez tenu bon, porté nos idées, défendu nos valeurs et refusé le découragement. C’est grâce à cette énergie militante, à cette fidélité et à cette force morale que notre mouvement avance, grandit et s’enracine », a-t-il déclaré.
La démocratie, c’est d’abord des règles claires…
Par la suite, le maire de Tiassalé, fidèle à sa ligne politique, a saisi cette occasion pour jeter une pierre dans le jardin du régime en critiquant vertement la pratique de la démocratie sous nos tropiques.
« Je vous pose une question simple. Est-ce que la démocratie, c’est seulement mettre un bulletin de vote dans une urne ? Non. La démocratie, c’est d’abord des règles claires, des règles que tout le monde comprend, des règles qui n’écartent pas les gens avant de commencer. Quand les règles deviennent floues, quand les décisions tombent sans explication, quand les citoyens doutent, la démocratie tousse. Et quand la démocratie tousse pendant longtemps, elle tombe malade. La démocratie ivoirienne est malade. Et cette maladie dure depuis 30 ans. Car aucune élection depuis 1990 n’a réconcilié les Ivoiriens », a pointé Assalé Tiémoko.
Pour le président de l’ADCI, recalé à la présidentielle d’octobre et dont les candidats ont fait chou blanc aux législatives, il y a urgence en matière électorale.
“Une barrière qui exclut”
Ainsi, met-il en cause le parrainage citoyen. Il estime que ce dispositif du code électoral a complètement dévié. Admettant qu’à l’origine, le processus reposait sur une intention légitime — garantir le sérieux des candidatures et renforcer l’ancrage populaire — Assalé affirme qu’aujourd’hui, pour une large partie de l’opinion nationale, « ce mécanisme n’est plus perçu comme un filtre démocratique, mais comme une barrière politique. Une barrière qui exclut, une barrière qui décourage, une barrière qui oriente le choix d’avance ».
Il va plus loin, soutenant qu’aucun citoyen ne peut vérifier si son parrainage a été pris en compte. De même, affirme-t-il, aucun acteur ne peut comprendre clairement pourquoi des milliers de parrainages sont rejetés.
Dans la même veine, l’ancien député de Tiassalé démonte, pièce après pièce, la Commission électorale indépendante (CEI), rejoignant ainsi une bonne partie de la classe politique. « 25 ans après la création de la Commission électorale indépendante, il est temps de marquer une pause, d’évaluer le chemin parcouru et d’engager une réforme profonde. La liste électorale, aujourd’hui compromise par le nombre impressionnant de personnes décédées qui y figurent encore, par la transhumance qui l’a discréditée dans plusieurs localités, doit être repensée. Nous appelons à une refonte totale, courageuse et sincère de la liste électorale, une reprise à zéro pour restaurer la confiance et garantir l’intégrité du processus démocratique en Côte d’Ivoire », a dénoncé l’opposant sur un ton ferme.
“Quand la maison tremble, on se lève, on parle et on agit”
Il ajoute qu’une seule fraude, une seule manipulation ignorée ou non sanctionnée suffit à affaiblir une démocratie, tout comme une seule crise électorale non traitée en profondeur suffit à fissurer la République.
Pour Assalé, qui se pose comme une alternative crédible à la tête de l’État, l’heure est venue de porter le combat avec courage. « Quand la maison commune craque, quand les murs tremblent, quand le pays ne se porte pas bien, on ne reste pas assis à regarder. On se lève, on parle et on agit », a-t-il lancé.
Il amplifie l’alerte en soumettant son auditoire à un cas pratique : « Soit on continue comme avant, en faisant semblant que tout va bien, soit on a le courage de dire la vérité et de changer ce qui doit l’être. Il y a près de deux ans, nous avons créé à Yamoussoukro l’ADCI, Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire. Nous avons créé l’ADCI, pas pour chercher des places, pas pour faire du bruit, mais pour porter la voix de ceux qu’on n’écoute jamais. »
Aussi il a présenté ce rassemblement non pas une comme simple rentrée politique mais comme « un carrefour, un moment de choix devant les réalités, devant la souffrance, devant la fin du cycle qui arrive ».
Il convient de noter que les partis politiques PDCI-RDA, le PPA-CI et le FPI ont apporté leur soutien à Assalé et à son équipe lors de cette rencontre riche en sons et en couleurs. Le jeune leader d’opinion Jean-François Kouassi (JFK) était également présent.
Martial Galé
Lemandatexpress.net







