
Sénégal- Élu président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko sans detour: “Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique”
Lemandatexpress – À peine débarqué de la Primature, Ousmane Sonko ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal. Désormais président de l’Assemblée nationale, le leader du PASTEF a prononcé un discours d’une rare intensité politique et morale, mêlant références philosophiques, mémoire historique et avertissements à peine voilés sur l’avenir du pouvoir sénégalais.
Dans un hémicycle sous tension, l’ancien Premier ministre s’est présenté comme le gardien d’une “révolution citoyenne” née du sacrifice du peuple sénégalais. Loin d’un discours protocolaire, Sonko a choisi le registre de la gravité, assumant une posture de rupture face aux dérives qu’il estime menacer les idéaux portés par l’alternance de 2024.
« Les peuples ne jugent pas seulement les hommes politiques sur leurs victoires. Ils les jugent surtout sur leur capacité à demeurer fidèles à leurs principes lorsque le pouvoir devient inconfortable », a-t-il lancé devant les députés, dans une déclaration applaudie par ses partisans.
Le nouveau patron de l’Assemblée nationale a rapidement élargi le débat au terrain moral, estimant que la crise traversée par le sommet de l’État dépasse les simples querelles de personnes. « Ce qui est en jeu, ce n’est pas une rivalité d’ambition. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique », a insisté Sonko.
Dans une envolée intellectuelle inhabituelle, il a convoqué Aristote, rappelant que « la politique est l’art suprême parce qu’elle a pour finalité le bien commun ». Il a également cité Mamadou Dia, figure historique du Sénégal indépendant, pour dénoncer les dangers d’un État confondu avec des intérêts personnels.
Mais c’est surtout lorsqu’il a évoqué la souffrance du peuple sénégalais que le ton du discours est devenu plus offensif. « Des jeunes sont tombés, des familles ont pleuré, des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil », a-t-il déclaré, rappelant le lourd prix payé avant l’accession du pouvoir par les forces de changement.
Dans l’hémicycle, plusieurs députés de la majorité se sont levés pour applaudir lorsque Sonko a affirmé que « le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élite ».
Le président de l’Assemblée nationale a également adressé un avertissement direct aux dirigeants africains tentés, selon lui, par les compromis de confort et les renoncements. « Une nation peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l’effondrement de sa morale publique », a-t-il martelé.
Reprenant une célèbre réflexion de Saint Augustin, Sonko a lancé cette phrase lourde de sens : « Qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? »
À travers cette prise de parole, Ousmane Sonko semble vouloir installer son pouvoir politique depuis l’Assemblée nationale, en se positionnant comme le défenseur d’une ligne éthique et populaire. Une posture qui risque de redessiner davantage les rapports de force au sommet de l’État sénégalais, dans un contexte politiquement déjà marqué par de fortes turbulences.
Martial Galé







