
Affectation des élèves porteurs de handicap en 6ème /Yéwé Ségali Stéphane (DOB) : « Une mesure d’équité et de justice sociale »
La session 2026 des affectations en Sixième et de l’orientation en Seconde marque un tournant dans la politique éducative ivoirienne. Au-delà de la modernisation des procédures — ouverture des opérations à midi, choix des établissements par les parents, expression des vœux pour les élèves de Seconde et valorisation des filières scientifiques — le ministère place l’éducation inclusive au cœur de ses réformes. Les élèves malvoyants et malentendants pourront désormais être affectés sans être soumis aux tranches de points ; une mesure présentée comme un acte d’équité et de justice sociale.
Vous avez évoqué plusieurs innovations pour la session 2026 concernant les affectations en 6e et l’orientation en 2nde, le mercredi 1er juillet dernier, à la faveur d’un point de presse. Quelle est la principale innovation en faveur de l’éducation inclusive annoncée par le ministère ?
Avant tout propos, je voudrais traduire me remerciements à toute l’équipe de rédaction, au nom de Monsieur le Ministre N’Guessan Koffi. L’État de Côte d’Ivoire a pour mission d’apporter l’éducation à tous les élèves, quelle que soit la situation sociale. Monsieur le ministre a bien voulu, pour cette année, que nous puissions mettre l’accent sur la question de l’éducation inclusive, notamment les élèves porteurs de handicaps sensoriels, malentendants et malvoyants pour permettre à ces élèves de pouvoir aller aisément à l’école. Cette année, le parent d’élève pourra par lui-même affecter son enfant dans un établissement qu’il aura choisi, sans tracasseries administratives. C’est cela la principale innovation, et naturellement cette approche permet au parent d’élève de pouvoir envoyer son enfant sans tenir compte également de ce que nous avons appelé les tranches de points.
Justement, pourquoi ces élèves ne seront-ils pas soumis au système de tranches de points ?
Nous avons estimé qu’il devait permettre à ces élèves de se soumettre à ces critères, afin de favoriser la question de l’inclusion et de l’équité. Ils ont la malchance d’avoir ce handicap, et pour nous, il est bon qu’il y ait une forme de justice sociale. C’est pourquoi nous avons donc décidé, avec l’accord naturellement de Monsieur le Ministre, que ces élèves puissent aller à l’école sans tenir compte des tranches de points.
Comment une telle mesure favorise-t-elle l’égalité des chances ?
Nous sommes un pays qui envisage d’aller vers plus de modernité. Notre Etat cultive des pratiques en lien avec l’humanisme, à savoir permettre à des élèves de pouvoir aller à l’école malgré leur situation de handicap. Cela nous donne donc l’occasion de réparer ce tort social qu’ils subissent. Pouvoir donc être dans les établissements et bénéficier des mêmes conditions d’apprentissage que les élèves dit normaux, nous pensons que c’est également une mesure d’équité, de justice.
Disposez-vous de chiffres, du moins avez -vous une estimation concernant le nombre d’élèves concernés ?
Nous sommes à 72 élèves répartis dans 13 régions éducatives. Ce sont pour les DRENAET Abidjan 2 (lycée moderne Port-Bouët ; lycée moderne Koumassi) ; DRENAET 3 (lycée municipal Gadié Pierre 1-Yopougon ; Lycée Municipal Gadié Pierre Yopougon 2; Lycée moderne Andokoi ; Lycée moderne Yopougon Andokoi) ; DRENAET 4 (Lycée moderne 1 Abobo); Abengourou (lycée moderne Abengourou) ; Agboville (lycée moderne 3) ; Dabou (lycée moderne Leboutou); Daloa (lycée moderne Khalil; Bouaké 1 (collège moderne d’Irdo); Bouaké 2 (lycée moderne Brobo); Gagnoa (lycée moderne Oumé); Korhogo (collège moderne Barthélémy Cardozi ); Man (lycée moderne Dion Robert); Yamoussoukro (lycée mixte 1).
Cette mesure pourrait-elle s’étendre à d’autres catégories d’élèves en situation de handicap ?
L’État de Côte d’Ivoire qui est naturellement soucieux du devenir de tous les élèves, analysera, bien entendu, l’évolution de la situation. Pour l’heure, nous sommes en train de traiter les questions en lien avec les malentendants et les malvoyants. Mais, selon les perspectives de la stratégie nationale de l’inclusion qui est portée d’ailleurs par la Direction des écoles, lycées et collèges. En lien avec cette stratégie nationale, bien entendu, nous pourrions adapter nos stratégies d’affectation et d’orientation pour toucher une cible beaucoup plus grande.
Vous l’évoquiez, ce sont 72 élèves malentendants et malvoyants répartis dans 13 régions administratives. L’Etat aura-t-il les infrastructures nécessaires pour prendre le nombre de requérants, si celui-ci venait à croitre les prochaines années ?
Bien sûr. Déjà pour cette année 2026, il faut noter que nous avons 17 structures inclusives et au sein de ces établissements, nous avons des enseignants qui ont été formés dans ce sens. Pour prendre en charge ces élèves, le type de structure va aller grandissant, selon le nombre d’élèves que nous aurons identifié, porteurs de handicaps.
Tout comme le nombre d’enseignants ?
Absolument. Nous sommes aidés en cela par une structure du ministère qui est la Direction des Ecoles, Lycées et Collèges (DELC). Je voudrais déjà remercier le journal Le Mandat, de nous donner l’occasion de lever le coin du voile sur l’opération d’affectation et d’orientation de l’année 2026. Au terme de cette interview, je voudrais lancer un appel à l’endroit de tous les parents d’élèves. L’éducation est certes la question de l’État, mais elle est avant tout la question des parents d’élèves. C’est ensemble, Etat et familles, que nous pourrons donner la chance à tous les élèves de Côte d’Ivoire en situation de handicaps, tout comme les élèves dits normaux. Nous pourrons leur donner l’occasion de pouvoir se battirent, se construire un avenir.
Entretien réalisé par Mathias Kouamé







