Alertée par le FBI, la gendarmerie enquête au cœur de la juridiction chargée de traquer les crimes financiers. Les faits décrits restent à établir.
Si elles se confirmaient, les révélations de Jeune Afrique viendraient frapper la juridiction censée incarner la rigueur judiciaire. Des gendarmes enquêtent sur des soupçons de corruption au sein du Pôle pénal économique et financier (PPEF) du tribunal de première instance d’Abidjan, à partir d’éléments transmis par le FBI.
L’alerte est partie de dossiers d’escroquerie. Des Ivoiriens auraient dépouillé des victimes américaines de plusieurs millions de francs CFA. Ces affaires ont été instruites par le pôle, et des représentants américains ont suivi les procès. Ce suivi a fini par éveiller des soupçons sur la régularité de certaines procédures.
Un “indic” du PPEF mis aux arrêts
Le 27 octobre, un « indic » du PPEF, connu dans les milieux judiciaires, a été placé sous écrou. L’exploitation de son téléphone aurait révélé des extorsions et du trafic d’influence. Selon le magazine, le réseau monnayait des condamnations ainsi que des remises en liberté provisoire ou conditionnelle au profit de délinquants financiers. Les enquêteurs veulent entendre un magistrat, également juge d’instruction, dont le nom est apparu dans leurs investigations.
L’argent circulait par des circuits offshore. Trois comptes bancaires auraient été repérés à Dubaï, à Genève et à l’île Maurice, gérés par l’indic pour le compte de membres du pôle. Une perquisition dans une clinique de Cocody a permis de découvrir un coffre-fort. Il contenait surtout des documents compromettants pour plusieurs personnalités. Une enquête interne vise aussi la cellule d’une vingtaine d’enquêteurs, gendarmes et policiers, installée à Sebroko, l’ancien quartier général de l’ONUCI.
Un coup dur pour une institution-vitrine
L’affaire tombe mal pour une juridiction bâtie sur la promesse d’intégrité. Le PPEF a été créé en janvier 2020, et ses magistrats ont en grande partie été formés par des institutions comme le FBI, la BCEAO ou l’ONUDC. Il traite les affaires d’un montant égal ou supérieur à 100 millions de F CFA, et exerce sa compétence sur l’ensemble du territoire national.
Sa présidente, Blanche Esso Abanet, qui n’est pas citée dans les informations de JA, présentait en mai un bilan flatteur. Depuis 2020, le pôle a traité 1 964 procédures et jugé 819 affaires. Il a saisi 15 milliards de F CFA sur des comptes bancaires depuis 2022, ainsi que 97 immeubles bâtis.
Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’a été donnée sur les faits rapportés. Les personnes citées ou visées bénéficient de la présomption d’innocence. L’enquête doit aller à son terme pour situer toutes les responsabilités. Dès lors sera à la loi pour punir les coupables.
M.Galé



