
Focus’portrait: Clotchor Secongo, l’entrepreneur qui cultive ses racines pour voler plus haut
Lemandatexpress – Dans les entrailles du nord de la Côte d’Ivoire, la terre conserve la mémoire des ancêtres. Clotchor Sekongo, né de cette terre sénoufo, porte cette identité non comme un fardeau, mais comme un moteur.
« Je suis profondément attaché à mes valeurs ancestrales, à ma tradition et à la spiritualité de mes ancêtres », affirme-t-il avec une sérénité qui détonne dans l’univers souvent aseptisé de la haute technologie. Dans un monde entrepreneurial qui célèbre la rupture et l’oubli du passé, cette déclaration surprend. Elle est pourtant la clé de voûte de toute sa trajectoire.
Il porte la tradition comme vision du monde. Cette dimension culturelle, loin d’être une simple anecdote biographique, dirige sa vision du monde et sa manière d’entreprendre. Clotchor Sekongo se définit d’ailleurs comme un « artisan ». « J’aime sculpter des idées, bâtir des projets pour apporter ma contribution à l’édification d’un monde favorable à l’expression de notre humanité », explique-t-il.
Patience, minutie et conscience
La métaphore de l’artisanat, centrale dans son discours, prend tout son sens lorsqu’on l’observe à l’œuvre. Dans la culture sénoufo, l’artisan n’est pas un simple producteur ; il est un médiateur entre le visible et l’invisible, un gardien de savoirs transmis. Transposée à l’univers du digital et de la data, cette figure permet de comprendre l’approche de Secongo : patience, minutie et conscience que chaque innovation doit s’inscrire dans une chaîne de transmission humaine.
Il se veut l’entrepreneur comme griot des temps modernes. Le griot est traditionnellement le gardien de la mémoire collective. Clotchor Sekongo en assume une version contemporaine en racontant l’Afrique sous un prisme nouveau. Il rejette le pessimisme structurel pour promouvoir un récit de compétence et d’audace. « Nous devons traduire notre Africanité », martèle-t-il, non comme un repli identitaire, mais comme l’affirmation d’un paradigme propre, capable de générer des solutions souveraines.
“L’excellence technologique n’est plus l’apanage de l’Occident.”
Cette narration vise à réenchanter l’imaginaire de la jeunesse africaine. En démontrant que la souveraineté numérique est accessible — notamment à travers la création de la première monnaie électronique souveraine pour le Trésor Public ivoirien — il prouve que l’excellence technologique n’est plus l’apanage de l’Occident.
La spiritualité comme éthique du travail. Pour Clotchor Sekongo, la « spiritualité des ancêtres » se traduit par une discipline de fer et une foi inébranlable en ses capacités. Ces vertus nourrissent ce qu’il appelle la « volonté de puissance », un concept essentiel pour relever les défis du continent.
C’est surtout dans sa conception du leadership que cette dimension spirituelle se manifeste. « Un leader a une vision qui peut aller au-delà de sa propre existence », dit-il en citant l’image du vieillard plantant un arbre pour les générations futures. Cette perspective à long terme structure son engagement : il ne s’agit pas de profits rapides, mais de « mériter l’héritage que nos ancêtres nous ont laissé » pour transmettre des outils renforcés aux descendants.
L’Afrique ccomme phare du monde
La vision finale de Clotchor Sekongo est d’une ambition historique : l’Afrique comme phare du monde. Pour lui, l’Afrique est le véritable « rendez-vous du 21e siècle ». Il rappelle avec fierté que les ancêtres africains ont été, pendant des millénaires, les guides de l’humanité. La situation actuelle du continent n’est à ses yeux qu’une parenthèse qu’il appartient à sa génération de refermer.
Entre le village du nord de la Côte d’Ivoire et les sommets de la FinTech, Clotchor Sekongo tient un fil conducteur : la dignité retrouvée. Ni inférieure, ni supérieure, mais distincte et légitime, son action contribue à bâtir une Afrique qui ne se contente plus de suivre le train du développement, mais qui aspire à le diriger. Un message de souveraineté que ce « griot du digital » propage avec la conviction profonde de celui qui sait enfin d’où il vient pour mieux savoir où il va.
Martial Galé







