
Crise et célébration des 80 ans du PDCI-RDA à Yamoussoukro: Allah Kouadio Remi, VP, met le pied dans le plat : « Il faut être réaliste et reconnaître la difficulté dans laquelle nous sommes aujourd’hui »
Lemandatexpress – Allah-Kouadio Rémi, Vice-président du PDCI-RDA et ministre, a accordé un entretien au quotidien Le Nouveau Réveil. Réalisé à Toumodi par Jean Paul Loukou.
Votre Parti célèbre ses 80 ans d’existence. Pour vous qu’on peut qualifier de militant de troisième génération après les pères fondateurs, qu’est-ce que cela revêt ?
Cela revêt tout simplement une fierté pour nous. Toute l’Afrique sait que l’ANC a été le premier parti politique. Il a été mis en place pour le bonheur des populations d’Afrique du Sud. Après l’ANC, c’est le PDCI qui a été mis en place pour le bonheur des populations de la Côte d’Ivoire. Mais en fin de compte, le PDCI a débouché sur le RDA, le Rassemblement Démocratique Africain. Et dans chacune des entités de l’époque, des partis calés sur le modèle du PDCI ont été mis en place. Donc, il y a eu de nombreux « partis démocratiques » qui ont été créés. Mais avant la naissance du RDA, le PDCI était. Donc, je le répète pour souligner le rôle fondateur du PDCI dans l’émancipation des peuples d’Afrique noire francophone. Parce qu’en fait, presque tous les pays de cette zone sont partis de là. Et dans les autres pays, ces partis issus du RDA ont fini par décliner fortement sinon disparaître. Heureusement, le PDCI a continué sur sa lancée, s’est montré résilient.
On pourrait se demander qu’est-ce qui fait la force de ce Parti qui résiste au temps ?
Le PDCI-RDA s’est forgé dans la lutte coloniale. Il a traversé des combats assez difficiles. Nous avons eu les événements de 1950, où la répression était tellement forte que le Parti a été vraiment ébranlé. Mais malgré cela, les Ivoiriens ont tenu bon, le PDCI a tenu bon. Et nous sommes arrivés à l’indépendance avec le PDCI qui, pendant 40 ans, a placé la Côte d’Ivoire dans la position où elle se trouve aujourd’hui. Les uns et les autres ont fait et font de leur mieux pour le maintenir là où ils l’ont trouvé. Donc, on peut les remercier que nous n’ayons pas régressé. C’est déjà ça.
À partir de là, quels autres sentiments pouvons-nous éprouver que de la fierté ? Je dis bien, pas seulement pour les militants du PDCI, mais pour tous les Ivoiriens. Parce que quel que soit le Parti dont on se réclame aujourd’hui, qui n’a pas un parent, qui n’est pas d’une région qui a contribué à la réussite du PDCI ? Vous posez la question de savoir ce qui fait que le PDCI résiste au temps, mais ce sont les valeurs qu’il a toujours prônées ; à savoir le dialogue, la paix, l’unité, la vérité etc. etc. qui sont des valeurs auxquelles nous devons revenir.
Le PDCI comme l’ANC continue d’émerveiller le monde et l’Afrique par sa durée.
Bien entendu ! Lorsque nous parlons politique en Afrique, et pour nous qui avons exercé certaines modestes fonctions, qui nous ont amené à aller en mission dans différents pays africains, c’est souvent qu’entre collègues, on parle de ces choses-là. Évidemment, il arrive que nous parlions de nos Partis respectifs. Mais chaque fois, lorsque mon tour arrive, et que j’annonce que notre Parti à nous a été créé en 1946, c’est l’émoi, c’est l’émerveillement, ce sont les félicitations. Donc, ces 80 ans-là, pour moi, sont une fierté pour toute la Côte d’Ivoire. Il faut absolument que cela soit compris ainsi. A partir de là, commémorer les 80 ans du PDCI devient une obligation. Autrement, quand on regarde la situation actuelle du PDCI, on n’a pas le cœur à la fête, en ce qui me concerne, je le dis, on n’a pas le cœur à la fête. Mais ce n’est pas parce qu’une situation nous semble très difficile que cela doit nous amener à nier l’existence et surtout les performances et les mérites du PDCI-RDA. Je voudrais donc encourager et féliciter le Comité d’organisation qui est à pied d’œuvre pour faire en sorte que, malgré la situation non enviable du PDCI aujourd’hui, toute la Côte d’Ivoire sache que ce Parti a 80 ans, a travaillé pour la Côte d’Ivoire et continue de faire espérer les Ivoiriens.
Le PDCI continue de faire espérer les Ivoiriens. Ce parti, vous l’avez souligné, a traversé plusieurs difficultés, dont les récentes, sont celles vécues avec le président Bédié, et aujourd’hui avec le président Tidjane Thiam. Ce parti est résilient certes, mais pensez-vous qu’il pourrait survivre encore longtemps de toutes ces difficultés ?
Vous savez, lorsque quelqu’un est atteint d’un mal, c’est un diagnostic pertinent qui permet de choisir le médicament et de guérir le mal. Donc, tant que le PDCI ne se pliera pas à cet exercice de vérité, et qu’on continuera à faire comme si de rien n’était, je ne vois pas d’amélioration possible. Pour ma part, c’est l’observation que je voudrais faire. J’ai dit, oui, le PDCI continue à faire espérer, mais pour que cette espérance-là ne soit pas vaine, il faut que le PDCI se reprenne en main, se remette en question, se remette en cause. Je le dis et je le répète, il faut un exercice de vérité, un diagnostic. Qu’est-ce qui n’a pas marché, et que les responsabilités de cette situation inédite soient situées au niveau du Parti, du plus haut niveau au plus petit niveau ? Tant que les gens auront peur de faire cela, ce n’est pas la peine de se fatiguer.
Alors Toumodi, première sous-section du PDCI-RDA après sa création à Treichville, compte dans l’histoire de ce Parti. Toumodi sera-t-elle à Yamoussoukro pour prendre sa part dans ces 80 ans du PDCI-RDA ?
Bon, disons que, à mon avis, ce sont les militants de toutes les régions qui, aujourd’hui, doivent se sentir concernés. Le choix des organisateurs s’est fait pour Yamoussoukro, Toumodi étant dans la proximité, effectivement, ses militants se sentent concernés. Yamoussoukro est un choix géographique, et donc, nous appelons tous nos frères et sœurs, des différentes délégations que compte l’ensemble du Département de Toumodi à faire en sorte que cette fête, cette commémoration, se fasse dans les meilleures conditions avec la mobilisation qui va avec. Ceci pour dire que les militants de Toumodi apporteront leurs modestes contributions, et par leur proximité, certainement, pour que nous ayons la mobilisation attendue. Cependant, c’est une organisation qui concerne tous les militants de toutes les zones, de toutes les régions, et chacun doit y mettre un peu du sien, malgré la situation qui n’est pas reluisante.
Pourrait-on dire qu’avec ce rassemblement, le PDCI-RDA amorce un nouveau départ pour des lendemains meilleurs ?
Je ne peux pas me prononcer sur quoi que ce soit. Je vous ai dit la condition pour qu’on puisse essayer d’avancer. Donc, nous n’en sommes pas encore là. Mais ce n’est pas parce que nous n’en sommes pas encore là que nous allons obérer cette commémoration-là qui, pour moi, est une nécessité. Nous devons faire abstraction de toutes les réserves que les uns et les autres ont, parce qu’il s’agit tout simplement de ne pas nier l’existence du PDCI et ce que le PDCI a apporté au pays. Donc, c’est cette commémoration qui va rappeler à tous les Ivoiriens quel que soit ce que nous sommes en train de voir aujourd’hui que le PDCI, c’est le PDCI.
Le PDCI est un patrimoine national et cela doit demeurer dans le cœur de tous et de chacun. C’est le message que vous lancez ?
C’est le message que j’ai lancé dès le départ. Le PDCI est un patrimoine national. Il nous appartient à nous tous. C’est une fierté pour nous tous. Quand dans votre pays, il y a le deuxième Parti le plus ancien d’Afrique qui est reconnu comme un Parti de gouvernement certes, nos députés ont diminué à l’Assemblée nationale mais toujours est-il que ce n’est que cette année. Sinon, jusqu’à ces derniers temps, nous avions plus de 20% des élus à l’Assemblée nationale. Il y a eu un accident de parcours cette année certes, mais ce n’est pas pour autant que le PDCI n’existe plus. De ce côté-là, il n’y a pas tant à s’en faire, mais il faut être réaliste et reconnaître la difficulté dans laquelle nous sommes aujourd’hui. On n’a pas pour l’instant commencé un début du diagnostic. On n’a pas manifesté une véritable détermination de dépasser, de reconnaître, d’identifier nos erreurs, nos manquements et essayer de remédier à cela. Pour moi, je ne l’ai pas encore vu. Sans cela, il n’est pas utile d’être là pour faire espérer les militants. Non, non, non. Je dirais peut-être que cette commémoration est la bienvenue que chacun doit y mettre du sien. Cela peut apporter quelque chose, cela peut aider. Cela peut aider et surtout à la prise de conscience des uns et des autres pour dire que même si la situation est difficile, il s’agit du PDCI. Mais de notre côté aussi, reconnaissons que la situation n’est pas reluisante, qu’il y a un travail à faire qui n’est pas encore fait. C’est ça qui est la réalité.
Source : Le Nouveau Réveil







