
Lagune Ébrié, pollution, orpaillage clandestin…: Abou Bamba apporte des éclairages sur les préoccupations des Ivoiriens
Lemandatexpress – Invité de l’émission « RTI reçoit » mardi dernier, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a dressé un état des lieux sans détour de la situation environnementale en Côte d’Ivoire.
Face aux journalistes et aux téléspectateurs, il a répondu aux nombreuses préoccupations liées à la pollution, à la lagune Ébrié, à l’orpaillage clandestin et aux enjeux de la transition écologique. Durant cette émission marquant ses 100 premiers jours à la tête du ministère, le ministre a insisté sur l’urgence d’agir. « La situation de l’environnement est préoccupante. Les matrices environnementales montrent des signaux d’alerte », a-t-il déclaré.
Le débat, organisé autour du thème « Protection de l’Environnement et Développement économique : comment bâtir une Côte d’Ivoire durable, résiliente et prospère ? », a permis d’aborder plusieurs dossiers sensibles. Abou Bamba a pointé du doigt certaines activités industrielles ( cimenteries, centrales à béton) et la pollution liée au transport urbain. Il a souligné, entre autres, l’exposition aux particules en suspension, les émissions de dioxyde d’azote et de monoxyde de carbone provenant des véhicules de transport en commun fonctionnant au diesel.

Une vaste opération de dépollution
La pollution de la lagune Ébrié a occupé une large partie des échanges. Selon le ministre, 90 points de rejets polluants ont été identifiés. Les eaux usées sont constamment déversées dans la lagune. Pour limiter les odeurs pestilentielles, des mesures provisoires sont actuellement utilisées. « Nous avons recours à des vaporisateurs qui détruisent les molécules responsables des mauvaises odeurs. C’est une solution d’appoint », a précisé Abou Bamba.
Le gouvernement prépare désormais une vaste opération de dépollution. «On a un échéancier. D’ici un an, un an et demi, on devrait être en mesure d’avoir stoppé tous ces apports. C’est seulement après, que nous allons, avec les technologies dont nous disposons ici en Côte d’Ivoire, procéder à la dépollution soit par microorganismes soit par dragage. C’est un processus qui en cours. D’ici, un an voire un an et demi, on aura procédé à la dépollution de la lagune Ebrié », a expliqué le ministre.
Abou Bamba toutefois relativisé l’étendue de la pollution. Sur les 1200 kilomètres de la lagune Ébrié, « seulement 20 % sont réellement pollués », principalement dans les baies de Cocody et certains points critiques. Concernant le remblayage frauduleux de la baie du Banco, Abou Bamba a assuré que le ministère a obtenu gain de cause face à l’opérateur économique devant le Conseil d’État. Aussi, le ministre a annoncé un renforcement des contrôles environnementaux et des sanctions contre les entreprises polluantes. « Trois entreprises ont été fermées et huit autres mises en demeure de cesser de polluer », a-t-il révélé, assurant que le principe du « pollueur-payeur » sera appliqué dans toute sa rigueur.
Le ministre a aussi évoqué le renforcement des mesures coercitives contre l’orpaillage clandestin, considéré comme une grave menace pour les forêts et les cours d’eau. A ce titre, le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage artisanal illégal (GSOA) reste mobilisé sur le terrain avec ses quelque 1500 agents.
Transformer les modèles économiques
Au-delà des urgences environnementales, Abou Bamba a insisté sur la nécessité de transformer les modèles économiques et les habitudes de consommation. « La transition écologique est un levier essentiel pour bâtir une Côte d’Ivoire plus verte et plus résiliente », a-t-il soutenu.
Le ministre voit dans cette transition de nombreuses opportunités économiques, notamment dans la biomasse, la valorisation des déchets agricoles et l’écotourisme. « Nous avons une économie verte avec un potentiel énorme qui n’est pas encore suffisamment exploité », a-t-il souligné. Il a enfin rappelé l’existence d’importants financements climatiques internationaux. « Plus de 30 milliards de dollars de financements verts existent aujourd’hui. Les financements se rapprochent de la Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré.
À travers cette intervention, Abou Bamba a affiché la volonté du gouvernement de concilier développement économique et protection durable de l’environnement. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a livré une véritable masterclass.
M. Galé






