
Reforme électorale : Déjà des risques de blocage ?
Lemandatexpress – Un mois à peine après la dissolution de la CEI, le chantier de la reconstruction du système électoral entre dans une zone de fortes turbulences. Si la fin de l’ancienne formule de la CEI fait l’unanimité, la nature de sa remplaçante et les défis techniques à surmonter font déjà craindre une impasse politique.
Mise en place sous le président Laurent Gbagbo en 2001, la Commission électorale indépendante (CEI) aura vécu un quart de siècle sous le feu des critiques. Les principaux partis d’opposition, du PPA-CI au PDCI-RDA, en passant par le FPI et le MGC, n’ont cessé de dénoncer une institution qu’ils jugeaient inféodée au pouvoir.
Le couperet est finalement tombé lors du Conseil des ministres du 7 mai dernier. Le gouvernement a prononcé la dissolution de l’organe électoral afin de repartir sur de nouvelles bases.
Cette décision a été saluée par plusieurs acteurs, notamment l’Église catholique. Réunis lors de leur 129e assemblée générale, les évêques ivoiriens ont encouragé le gouvernement à poursuivre cette dynamique de réforme dans un esprit d’écoute, de dialogue et de concertation avec l’ensemble des forces vives de la nation.
Toutefois, le dialogue s’annonce délicat.
La guerre des modèles
Dépolitiser l’appareil électoral signifie, par définition, en exclure les partis politiques. Mais la classe politique ivoirienne est-elle réellement prête à confier son destin à un tiers ?
Le débat se déplace déjà vers les critères de choix des futurs « arbitres ». Deux propositions majeures s’affrontent sur l’identité des nouveaux commissaires, même si elles s’accordent sur un format resserré à onze membres pour rompre avec la lourdeur de l’ancienne formule.
Derrière ce chiffre se cachent cependant deux visions distinctes de la neutralité. Si le RHDP insiste sur la mise en place d’un organe véritablement indépendant, inclusif, crédible et professionnel, l’opposition reste vigilante face au pouvoir.
Le spectre du blocage technique
Au-delà de la querelle des sièges, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage. Les risques de blocage technique sont immenses.
Dissoudre est un acte politique instantané ; reconstruire est un processus logistique lourd. La transition des compétences s’annonce particulièrement délicate. L’ancienne CEI ne se résumait pas à un conseil central : elle disposait d’un savoir-faire unique, d’une cartographie électorale complexe, de commissions locales et de la gestion exclusive du fichier électoral.
Le nouvel organe devra absorber cette mémoire institutionnelle et potentiellement une partie du personnel technique de l’ex-CEI sans provoquer de rupture de continuité.
Le temps est désormais l’ennemi des acteurs politiques. Entre l’écriture des nouvelles lois organiques, leur adoption à l’Assemblée nationale, la nomination des membres et le déploiement de la nouvelle structure sur l’ensemble du territoire, le défi chronologique semble presque insurmontable dans les délais constitutionnels.
Si le gouvernement et l’opposition ne trouvent pas rapidement un accord sur l’identité des nouveaux arbitres, le vide institutionnel actuel pourrait bien se transformer en blocage politique majeur.
Source: Le Mandat







