Nouveau centre de direction du RHDP : Alassane Ouattara montre la lune, certains regardent son doigt
La nouvelle instance dirigeante mise en place par Alassane Ouattara au sein du RHDP suscite déjà de nombreuses interprétations. Certains y voient les prémices d’une profonde recomposition du parti présidentiel, avec, en filigrane, des mises à l’écart et de nouveaux positionnements. Une lecture qui paraît toutefois réductrice au regard de la logique d’ensemble de la réforme engagée.
Selon les dernières révélations d’Africa Intelligence, un Comité de direction, doté notamment de prérogatives d’arbitrage, vient désormais compléter le dispositif du RHDP aux côtés du Directoire. À la tête de cette nouvelle instance, Gilbert Koné Kafana occupe la présidence, tandis que Téné Birahima Ouattara en est le numéro deux.
Cette réorganisation a rapidement nourri les commentaires. Pour certains observateurs, la création de ce nouveau centre de décision traduirait un bouleversement de l’architecture politique du RHDP et consacrerait une nouvelle hiérarchie au sein du parti. Les absences de certaines personnalités de cet organe sont notamment interprétées comme le signe d’un recul politique.
Cette lecture mérite pourtant d’être nuancée. La composition d’une instance ne saurait, à elle seule, résumer l’équilibre des pouvoirs au sein d’un parti aussi structuré que le RHDP. Elle ne permet surtout pas de conclure automatiquement à une mise à l’écart des personnalités qui n’y figurent pas.
Une redistribution des responsabilités plutôt qu’une mise à l’écart
Le cas du vice-président Tiémoko Meyliet Koné illustre cette prudence nécessaire. Son nom n’apparaît presque dans l’architecture politique du RHDP. Mais cette situation n’est en rien évocatrice d’une . Le vice-président de la République avait notamment présidé le 2e Congrès ordinaire du RHDP en 2025, signe de la confiance accordée à l’ancien gouverneur de la BCEAO par le président du parti.
La situation du Premier ministre Robert Beugré Mambé appelle une lecture similaire. Ses responsabilités au sein du RHDP restent importantes : il est premier vice-président du Directoire, siège au Présidium et assure la coordination politique de la région des Grands-Ponts.
Il faut surtout tenir compte d’un autre paramètre : Tiémoko Meyliet Koné et Robert Beugré Mambé occupent des fonctions centrales dans l’appareil d’État. À ce titre, leur implication dans la conduite du PND 2026-2030 constitue déjà une responsabilité stratégique majeure.
Le vice-président Tiémoko Meyliet Koné chapeaute ainsi le Conseil présidentiel d’orientation et de suivi, chargé de définir les grandes orientations stratégiques, d’évaluer les résultats et de veiller à la cohérence des politiques publiques avec les objectifs du PND.
Le Premier ministre Robert Beugré Mambé, pour sa part, dirige le Comité de pilotage chargé de la coordination opérationnelle de la mise en œuvre des projets, du suivi de leur exécution et de la mobilisation des administrations concernées.
Dans ce contexte, le choix de ne pas multiplier leurs responsabilités au sein des nouvelles structures partisanes peut aussi se lire comme une volonté de préserver l’efficacité de l’action gouvernementale. Le gouvernement et le parti répondent à des logiques différentes, même s’ils participent à une même dynamique politique.
Téné Birahima Ouattara, une montée en responsabilité à relativiser
La présence de Téné Birahima Ouattara au deuxième rang du nouveau Comité de direction constitue sans doute l’un des éléments les plus commentés de cette réorganisation. Elle traduit incontestablement une responsabilité accrue au sein de l’appareil politique du RHDP.
Mais là encore, il serait hasardeux d’y voir nécessairement un remplacement ou une éviction des autres figures du parti. Il s’agit davantage d’une redistribution des responsabilités, avec un dosage entre les impératifs de la gouvernance politique et ceux de l’action gouvernementale.
Cette logique permet également de comprendre la situation de Kobenan Kouassi Adjoumani. Son rôle de porte-parole principal du Directoire ne souffre, jusqu’ici, d’aucune ambiguïté. Il a en outre été désigné président du Comité des sages et de médiation du RHDP. Loin de traduire une marginalisation, cette nouvelle responsabilité confirme plutôt la volonté de lui confier une fonction spécifique dans le dispositif du parti.
Le pari d’un RHDP plus efficace après la présidentielle
Depuis plusieurs années, Alassane Ouattara procède à des ajustements de l’organisation du RHDP à la suite des grandes échéances électorales. Ces réformes répondent à une nécessité politique : adapter l’appareil du parti à une nouvelle séquence et maintenir sa capacité de mobilisation.
La réforme actuelle semble s’inscrire dans cette continuité. Elle ne traduit pas nécessairement un changement de cap, mais plutôt une recherche d’efficacité dans la répartition des rôles.
L’enjeu est donc moins de savoir qui figure ou non dans telle instance que de comprendre la complémentarité recherchée entre les différents niveaux de responsabilité. À ce jeu, le président du RHDP semble vouloir éviter que les responsabilités partisanes ne viennent perturber la conduite de l’action gouvernementale.
C’est probablement là que se trouve la véritable clé de lecture de cette nouvelle architecture. En faisant évoluer simultanément les leviers de la gouvernance politique et ceux de l’exécutif, Alassane Ouattara cherche à maintenir un équilibre entre continuité, renouvellement et efficacité.
Autrement dit, ceux qui se focalisent uniquement sur les noms et les places dans le nouvel organe risquent de passer à côté de l’essentiel. Le président du RHDP semble moins chercher à écarter qu’à redistribuer les responsabilités en fonction des priorités du moment.
Alassane Ouattara montre peut-être la lune. Certains, eux, continuent de regarder son doigt.
M.Galé







